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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Reportages

 

Alors à quoi ressemble un festival d'Angoulême pour un visiteur comme votre serviteur, qui dispose d'une accréditation presse ?

 

Le festival commence pour moi le jeudi matin. Accompagné de mes camarades, je vais retirer mon badge à l'espace presse, situé dans les somptueux salons de l'Hôtel de Ville d'Angoulême, un bâtiment qui ressemble à un château (époque ?). Par la suite, n'ayant pas de rendez-vous précis, je déambule dans les principaux espaces dédiés à la bande dessinée durant le festival : la bulle New York/Nouveau Monde, occupée par les éditeurs indépentants, dont le succès grandit d'année en année, les bulles du Champ de Mars, avec les "gros" éditeurs, mais aussi des stands associatifs, ou encore l'espace Asia/para-BD. L'occasion de croiser beaucoup de monde, de discuter et prendre des contacts sereinement avant la foule. D'avoir quelques dédicaces aussi, sans stress.

 

 

Dans l'après-midi a lieu la deuxième édition des Etats Généraux de la Bande dessinée, où après un exposé de Thierry Groensteen (ancien éditeur, historien, journaliste) rappelant les différents mouvements d'auteurs de BD, des années 1950 à nos jours. Le plat de résistance est constitué par les résultats de l'enquête consacrée aux auteurs les derniers mois. Sur les 3 000 auteurs (estimation) que compte l'espace francophone, près de 1 500 ont livré leurs réponses, ce qui constitue peu ou prou un panel représentatif de la profession. Des résultats inquiétants, pour ne pas dire alarmants. Car au-delà des données de genre, de nationalité ou d'appellation (27% de femmes, 12% de belges, par exemple), les données relatives au niveau de vie sont glaçantes : 53% des sondés se déclarent "précaires", sont payés sous le SMIC annuel brut (67% chez les femmes), et parmi eux, 36% sont sous le seuil de pauvreté (50% chez les femmes)... D'où le développement d'un emploi parallèle. Je n'irai pas plus loin, pour les curieux on retrouve ces résultats ici. A noter que la séance s'est conclue par le carnet de doléances du SNAC-BD, principal syndicat des auteurs. Les Etats Généraux ont connu une deuxième session le dimanche matin, cette fois-ci ouverte au public, contenant notamment le cahier de doléances du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme. Leur site est accessible ici.

 

 

Et le soir, direction un complexe consacré au futsal en périphérie de la ville, pour jouer un tournoi en compagnie d'auteurs, éditeurs et représentants des media accrédités sur le festival. Sur place nous sommes 4 équipes, une vingtaine de joueurs (le futsal se joue à 5 contre 5). Un moment de grand plaisir, de camaraderie et de défouloir aussi.

 

Le festival international de la BD d'Angoulême, c'est en principe l'occasion de voir des expositions de haut niveau, sur des grands noms et des jeunes talents. Il y avait ainsi une expo sur l'art de Morris, dans le cadre du Musée de la BD, et juste à côté, une expo multimedia sur Lastman, la série-évènement de Balak, Sanlaville et Vivès chez Casterman. Entre les deux, les planches du concours scolaire, avec les lauréats par catégories d'âge. Les editions bamboo ont commencé à adapter l'oeuvre de marcel pagnol, et l'on pouvait voir quelques planches et se faire dédicacer les albums à la CCi d'angoulême. On pouvait également, à quelques mètres de là, déambuler dans l'adolescence de pauline Aubry, élément principal de sa BD les Mutants (les Arènes). La charmante auteure était d'ailleurs présente au coeur de l'expo, et vendait et dédicaçait ses albums à tour de bras. La seule présence, en termes artistiques, de katsuhiro otomo, était une reproduction de la moto de kaneda, héros d'Akira, sur laquelle on pouvait monter et se faire prendre en photo, à condition de gagner à un tirage au sort. Il y avait aussi une expo "hommage" à otomo, avec des illustrations de très haut niveau. mais rien d'otomo lui-même, un manque sans doute lié à l'origine de l'artiste, les Japonais n'exposant pas leurs travaux. Le maître était toutefois présent, on pouvait le rencontrer lors d'une conférence... payante.

 

Dans une salle du Musée de la BD, Stéphane Beaujean, co-directeur artistique du festival, animait une rencontre avec Matthieu bonhomme, le repreneur de Lucky Luke. Un peu partout dans la ville on pouvait croiser des cosplayeurs, avec cette année une nette prédominance de l'univers Star Wars dans les costumes. Le samedi après-midi eut lieu une course cycliste rassemblant une quinzaine d'auteurs, qui ont bravé les embruns angoumoisins. Le vainqueur s'est fait remettre par le maire d'Angoulême un... critérium, et celui qui a réussi à réaliser un dessin tout en pédalant a gagné un maillot taché par de l'encre. Le tout dans une ambiance joyeuse et bon enfant. Mais le samedi soir celle-ci s'est considérablement assombrie.

 

Ce 43ème FIBD n'a pas commencé sous les meilleurs auspices. Du moins en ce qui concerne la désignation de son Grand prix. Pour rappel, jusqu'en 2012 celui-ci était désigné par un collège rassemblant les Grands Prix précédents. Après le tollé relatif à ce "quant-à-soi", les auteurs crédités étaient invités à voter pour... une sélection de 30 noms. Sauf que cette année, il n'y avait aucun nom féminin dans cette liste. Ce qui a provoqué l'ire du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme, relayé par de grands noms et le retrait d'une dizaine d'auteurs présents dans ladite liste. Devant cette levée de boucliers l'organisation a fait machine arrière, et proposé aux auteurs de voter à nouveau, mais pour le nom de leur choix, à l'exception bien sûr de ceux qui ont déjà reçu la distinction. Ce qui a amené une short-list de trois noms : Alan Moore, Hermann, Claire Wendling. Le vote final a désigné l'auteur de Jeremiah comme récipiendaire, dans une atmosphère houleuse.

 

 

L'ambiance n'était donc pas au beau fixe samedi soir pour la remise des récompenses. Celle-ci a commencé de façon étrange, puisque Richard Gaitet, animateur de la soirée (et de Radio Nova, pour info), a déclaré vouloir faire la remise de récompenses la plus rapide de l'histoire du FIBD. Et a donc égrené des lauréats, tous applaudis par l'audience. Jusqu'à ce qu'une de ses complices à l'animation lui dise qu'il serait temps de passer à la VRAIE cérémonie. On se dit alors qu'il va repasser plus lentement sur les mêmes noms, les mêmes titres... Que nenni, puisque les VRAIS lauréats sont différents. Le malaise dans la salle était palpable. On riait jaune aux vannes de l'animateur. Les éditeurs présents, qui avaient commencé à twitter le premier palmarès, font progressivement des têtes d'enterrement... La blague serait peut-être mieux passée si les faux lauréats n'avaient pas été présents dans la sélection...

 

Pour avoir une idée plus large du "problème" FIBD, je vous invite à lire cette page de la Charente Libre, qui reprend deux lettres ouvertes d'auteurs angoumoisins. A noter que l'éditeur Cornélius, en réaction à la fausse élection de son titre L'Intrus, par Adrian Tomine, a apposé un sticker "faux fauve Angoulême 2016, prix spécial du jury" sur le millier d'exemplaires du livre encore à sa disposition. Une façon de traiter par l'humour, le bon humour, une blague qui a tourné à la catastrophe industrielle. La soirée a été légèrement éclairée par les "vrais" vainqueurs, comme Wandrille Leroy, heureux éditeur de Père et Fils, lauréat du Fauve patrimoine. A noter qu'après que l'animateur Richard Gaitet ait fait son mea culpa et se soit dit seul responsable du dérapage de début de soirée, la société 9ème Art + s'est nettement desolidarisée de celui-ci. Ambiance festive...

 

 

 

Sitôt la cérémonie terminée (dans une ambiance étrange, je ne vous le cache pas), je me suis rendu en un autre point de la ville, au Vaisseau Moebius, pour assister à la projection du film Paul à Québec, adaptation éponyme du roman graophique de Michel Rabagliati. Un chouette film, avec beaucoup d'émotions. A l'issue de la projection l'auteur était présent dans la salle pour répondre à quelques questions. Spirituel, affable, ouvert, Québécois en un mot.

 

Pour les curieux, nous logions dans un gîte de 500 m², en pleine campagne charentaise. 7 chambres, 5 salles de bain, une grande cuisine et un salon immense, dans lequel nous pouvions aussi jouer à différentes activités. Un chouette séjour, comme chaque année. Un Angoulême fort agréable, riche en rencontres, triste par certains autres côtés.

 

Spooky

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