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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres

Le Procès de la sorcière (Le Chant de l’Oiseau de nuit tome 1) – Robert Mc Cammon.

Bragelonne, 2008.

 

Il est étonnant de voir comment des auteurs qui se sont fait un nom dans le domaine de la terreur, du fantastique ou de la SF sont capables d’investir un autre genre et d’y connaître la même réussite. Je pense à des auteurs comme Serge Brussolo, Jean-Pierre Andrevon ou Michel Jeury, pour ne citer que des Français. Nous allons étudier le cas de Robert Mc Cammon, journaliste et auteur américain qui s’est fait connaître dans le domaine de la terreur. Ces romans Scorpion ou le Mystère du Lac restent pour moi des souvenirs de lecture assez prenantes, dans lesquelles l’irrationnel était fortement promu par une écriture nerveuse et inventive. Mc Cammon a pris sa retraite d’écrivain dans les années 1990 (à à peine 40 ans), mais est revenu sur sa décision en lançant la publication du Chant de l’Oiseau de nuit, dont le premier tome, Le procès de la sorcière, sort aujourd’hui en France.

Les premières pages révèlent un style intact, et même meilleur que ce qu’il faisait précédemment, au service d’un polar médiéval de haute tenue.

 

Les citoyens de Fount Royal, petit village de Caroline, croient leur ville maudite par une sorcière. Comment expliquer autrement les incendies spontanés, les récoltes gâtées et les meurtres épouvantables ? Persuadés que la trop belle Rachel Howarth, la veuve du pasteur récemment décédé, est responsable de ces maux, ils la jettent en prison en attendant son procès et son exécution. Le juge itinérant Isaac Woodward vient bâcler l’enquête et présider un procès écrit d’avance, avec l’aide de son astucieux clerc Matthew, qui, en dépit de tout, croit à l’innocence de Rachel. Et ce qu’il va découvrir va en effet bouleverser ses croyances et sa vision du monde… Parviendra-t-il à sauver une innocente ? Ou va-t-il au contraire tomber dans le piège d’une femme aux charmes trompeurs et diaboliques ?

 

J’ai très vite été pris dans l’histoire. Pas forcément du fait de son sujet – que l’on nous présente comme se situant entre le Nom de la Rose et Sleepy Hollow-, mais plutôt par les éléments d’écriture que l’auteur y insère. En effet il prend le parti de bien nous présenter ses personnages, en particulier Woodward et Matthew, en leur installant qui un passé formidablement décrit, qui une zone d’ombre concernant son passé. Le tandem traditionnel des polars est ainsi réinventé, avec des postures narratives bien différentes. Ces deux personnages sont d’ailleurs les seuls, dans ce premier volet, à être ceux dans les pensées desquels le lecteur s’immisce. Là encore, cela donne deux points de vue parfois bien différents sur un même évènement, ce qui lui confère une importance accrue.

 

Le roman se situe en 1699, dans le sud de l’Amérique naissante, à une époque où la chasse aux sorcières battait son plein. Arkham, 18 exécutions, Salem, 25 exécutions. Qu’en sera-t-il à Fount Royal ? Fount Royal, où les preuves contre Rachel Howarth s’accumulent. Plusieurs habitants l’ont vue s’adonner à des pratiques contre nature avec le diable en personne. On a trouvé des poupées apparemment sacrificielles dans sa maison. Pourtant la plupart des témoignages semblent contenir une faille, une incohérence qui n’apparaît pas à première vue. Pendant ce temps, Fount Royal se vide lentement de sa population, Fount Royal se meurt. La disparition de la sorcière pourra-t-elle inverser la tendance ? Nombreux sont ceux qui souhaitent voir aboutir très rapidement le procès. Mais une affliction fiévreuse du magistrat et l’incarcération temporaire de son clerc retardent l’échéance, un répit que tous deux mettent à profit pour tenter d’élargir leurs investigations.

 

Le roman constitue la première partie d’une somme plus importante, puisque le tome 2 est prévu pour septembre (déjà !), et que l’auteur vient d’achever le tome 3. Le héros de cette somme est clairement Matthew Corbett le clerc. Intelligent, mais pas trop dans le sens où il est un peu téméraire, plutôt ouvert, c’est un personnage intéressant. Le roman est très prenant, car il nous plonge, comme je l’ai dit, non seulement dans les pensées des deux personnages principaux, mais nous permet également de suivre une enquête judiciaire telle qu’elle devait de passer à la fin du 17ème siècle. Comportant des éléments de modernité, c’est une époque encore engoncée dans une pensée obscurantiste, comme en témoigne la récente affaire de Salem. Mc Cammon n’appuie pas sur le registre fantastique, essayant de réaliser une étude sociologique plutôt fine d’une ville-utopie de cette époque, avec l’environnement correspondant. Il y a finalement assez peu d’action dans ce premier tome, puisque Mc Cammon pose les bases de son univers, très réaliste. Un classique, sous réserve de lecture de la suite.


A voir sur le site officiel du roman (http://www.leprocesdelasorciere.com/), une bande-annonce.


Spooky.

 

Retrouvez cette critique sur Babelio.

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SBM 03/07/2008 22:19

Waouh, un livre avec une bande annonce : ils ont des sous chez Bragelonne ! je l'ai ce livre et ton billet me donne envie de m'y mettre : vais peut-être lui faire une place dans mes cartons de livres à emporter en vacances...

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