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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

http://www.albin-michel.fr/images/couv/3/4/9/9782226246943g.jpg 

 

Jake Epping, professeur d’anglais à Lisbon Falls, n’a pu refuser d’accéder à la requête d’un ami mourant : empêcher l’assassinat de Kennedy. Une fissure dans le temps va l’entraîner dans un fascinant voyage dans le passé, en 1958, l’époque d’Elvis et de JFK, des Plymouth Fury et des Everly Brothers, d’un taré solitaire nommé Lee Harvey Oswald et d’une jolie bibliothécaire qui deviendra le grand amour de Jake, un amour qui transgresse toutes les lois du temps.

 

Ce 22/11/63 était précédé d'une réputation très flatteuse. 

 

En effet, ce roman énorme (plus de 900 pages pour l'édition française, écrit plus petit que d'habitude, sur un papier également plus fin pour rendre moins épais le bouquin) ramène l'auteur sur certaines de ses terres préférées. Pas celles de l'enfance, qu'il a largement explorées (mais j'y reviendrai dans un autre post), mais bel et bien celles de l'Amérique profonde, celle qui trouve les racines de sa culture actuelle dans les années 1950-1960, lorsque plusieurs évènements tragiques ont marqué leur histoire. Car dans la foulée de l'assassinat de JFK, c'est celui de Martin Luther King qui survient, puis l'engagement au Vietnam, dans lequel s'embourbent les Américains, etc.

 

Encore une fois l'élément fantastique n'est qu'un prétexte. Celui qui lui permet de nous montrer ces Etats-Unis des années 50, de son Maine natal au Texas semi-rural, en passant par la Floride. L'occasion de raccrocher ce nouveau roman à sa mythologie personnelle, puisque la ville de Derry, dévorée de l'intérieur par le Mal, y est une nouvelle fois montrée (après Ça, Simetierre, Sac d'os et Insomnie), est le théâtre d'une partie du roman, et que le personnage principal y croise des protagonistes de Ça en particulier. Il va donc par la suite à Dallas, théâtre de l'attentat sur la président, vite comparée à Derry : une ville moche, sans attrait, où il décide de ne pas rester. Très vite il s'installe à Jodie, petite ville à taille humaine, comme les apprécie King. Là, il va faire son trou, se construire une nouvelle vie, au point de ne plus avoir envie de rentrer dans sa "véritable" époque... Et King sait s'y prendre pour nous faire aimer une époque, un lieu : la confiance des gens, leur simplicité... Mais loin de se comporter comme un nostalgique un brin réac (pour info Stephen King avait entre 12 et 18 ans à l'époque), il sait remettre les choses à leur place. Juste après un passage "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", il vous balance comme ça, sans prévenir, un petit rappel de la condition des personnes de couleur, en prenant comme exemple les "toilettes" qui leur sont réservées sur une aire d'autoroute...

 

Autre clin d'oeil en passant, Jake voit à plusieurs reprises une plymouth Fury 1958, une voiture chargée d'histoire puisqu'elle est l'héroïne-titre de Christine, l'un de premiers succès de l'auteur dans les années 1958. King l'intègre même de façon plus forte dans le récit, puisqu'à chaque fois que le héros en croise une, il ressent une sorte de tintement de cloche dans son esprit, peut-être une manifestation du passé, du destin, lui signifiant qu'ils sont à l'oeuvre pour l'empêcher de les changer.

 

22/11/63 c'est aussi une petite mise en abyme de la vie de Stephen King ; comme lui, Jake Epping est enseignant en anglais ; comme lui, il se met à écrire pour raconter la société dans laquelle il vit ; et bien sûr, le bouquin qu'il écrit (enfin, l'un des deux, puisque 22/11/63 est son oeuvre principale, le roman étant à la première personne) raconte une ville possédée par le Mal (ce qui est raconté dans Ça, si vous avez suivi...). Tout est lié, chez King.

 

Le rythme de ce roman est branché sur courant alternatif. Le roman a un peu de mal à décoller avant la page 200, mais après il est suivi par plusieurs moments d'anthologie : les rencontres des adolescents de Derry ; la station-service dont j'ai déjà parlé ; la scène de représentation théâtrale des lycéens de Jodie, la disparition de plusieurs personnages secondaires attachants... Jake, alias George, avait réussi à s'installer dans une certaine routine à Jodie, et le récit a connu, entre les lignes, quelques petites longueurs.

 

Vous l'aurez compris, cette lecture fut assez frustrante. Pour les raisons déjà évoquées, mais aussi du fait que King reste, malgré les évolutions récentes dans son oeuvre, un page-turner de compétition, une qualité qui devient un défaut dans un roman où on a l'impression que chaque détail compte, puisque tout ce que Jake fait, les gens dont il influence la vie, tout peut avoir une résonance plus ou moins forte dans le futur, qu'il soit de quelques jours ou de cinquante ans... Il prend soin de ne pas influer sur l'affaire qui l'a mené en cette époque, à savoir l'assassinat de JFK, mais sa présence va bien sûr changer quelques destinées, d'autant plus en tant qu'enseignant...

 

Le voyage dans le temps, a fortiori dans le passé, sous-entend bien sûr des paradoxes temporels, un élément du tapis narratif dans lequel plusieurs générations d'écrivains se sont pris les pieds au cours de leurs tentatives. King évacue la difficulté en plaçant le temps, ou plutôt le passé, comme un acteur à part entière, qui "corrige" en temps réel les éventuelles perturbations sur l'histoire "déjà écrite"... Ainsi plus Jake approche de son objectif, plus les obstacles augmentent, jusqu'à frôler le ridicule parfois. Curieusement, lors de cette séquence, j'ai pensé aux films Destination finale, où une bande d'adolescents échappe de peu à la mort en refusant au dernier moment de monter dans un avion qui va se crasher, et où la mort s'ingénie à vouloir réparer cette erreur. Je digresse mais cette idée que le temps (dont la mort n'est, finalement, qu'une division ou un agent) m'a séduit. Et le Mal est permanent, mais le Bien aussi, puisqu'il est à l'oeuvre, surout dans les dernières pages du roman, très émouvantes. 

 

Au final mon avis sur ce nouvel opus, que King a mis près de deux ans à réaliser (après y avoir songé une première fois en... 1972) est largement positif. L'écriture y est -comme souvent chez l'auteur- maîtrisée, sur le plan technique et sur le plan narratif : truffé de petits détails fort importants, utilisant la boucle à la fois comme motif et comme sujet, proposant des portraits brillants d'une Amérique révolue, c'est un roman qui restera dans les mémoires, non seulement grâce à ces qualités, mais aussi grâce au sujet, l'assassinat de Kennedy, qui marqua un tournant dans l'histoire des Etats-Unis. Cinquante ans après, l'Oncle Sam est encore marqué...

 

A noter deux petites choses dans cette édition française (et certainement déjà présentes dans l'édition en VO) : au début de certains chapitres se trouvent des clichés, datant de l'époque de l'histoire, comme le bâtiment d'où Oswald a tiré sur le Président, d'autres lieux -réels- où se déroule l'action, une scène de danse, puisque la danse est au coeur de plusieurs scènes-clés, ou encore les portraits d'Oswald, du général Walker... Une première dans les romans de King, il me semble ; mais il est vrai qu'il s'agit de son premier roman aussi ancré dans l'Histoire véritable...


L'autre point est la postface, réalisée par King lui-même (comme c'est toujours le cas il me semble), dans laquelle il signale un petit évènement, ou plutôt deux, qui ont changé la direction de cette Histoire véritable. Toujours ce souci des petites choses qui changent tout... Il évoque aussi, rapidement, sa position concernant les armes à feu, une position qu'il développera plus tard dans Guns, sorti aux USA au début de cette année. Il s'agit plus d'un essai que d'un roman. Je suis curieux de le lire, si Albin Michel a acheté les droits.

 

Il ne s'agit peut-être pas du meilleur roman de King (Dôme, sorti il y a deux ans, m'a un peu plus marqué), mais ce roman contient en creux beaucoup d'éléments inhérents à l'oeuvre de King, il s'inscrit dans sa "mythologie" grâce à des personnages ou des décors, et ose affronter frontalement l'un des évènements majeurs du XXème siècle pour son pays, un évènement qui a déjà fait couler énormément d'encre, et va certainement en refaire couler... Il a également traité le 11 septembre dans une novella très intéressante. Comme l'indique King, il ne faut pas prendre pour argent comptant ce qu'il a écrit sur Oswald, il a "arrangé" ce qu'on en sait pour servir son histoire. Et c'est bien normal. C'est un très grand roman.

 

Spooky

 

NB : en complément, la page dédiée sur le site du Club Stephen King

Commenter cet article

Carole meoow 19/05/2016 18:27

Alors moi, j'ai commencé à le lire sur grand format. Et comme tu dis plus haut, ça a du mal à décoller mais pas que. Le papier à cigarette qu'Albin Michel nous a pondu m'a fait c**** au plus haut point. Du coup j'ai laissé béton. Je l'ai repris en petit format et j'sais pas, mais ce fut le déclic. (oui des fois j'suis bizarre). Oui c'est un pavé, oui c'est une romance mais oui c'est du King avant tout. Quand tu tombes par exemple sur les Friches Mortes, c'est juste jouissif pour les connaisseurs... bon et sinon vu que la série est dispo, tu veux en causer ? forcément ils ne peuvent pas condenser le pavé en 8 épisodes mais franchement c'est une série fort plaisante et assez fidèle... Bon je vois que Christelle en a rien à foutre de ton blog haha. bisous KyKy.

Spooky 19/05/2016 21:25

De la série je n'ai vu que les deux premiers épisodes, plutôt plaisants, en effet. il faudra qu'on se fasse un rattrapage un de ces quatre... C'est qui Christelle ?

Christelle PIGERE 09/04/2013 12:55


Retrouvez la critique de ce roman dans la rubrique micro-chronique de mon site : http://www.christelle-pigere-legrand.com/

Spooky 12/04/2013 15:30



Bonjour, quel est VOTRE avis sur MA critique ?



Club Stephen King 18/03/2013 13:00


Excellente review Spooky! Tu as développé bon nombre de points que j'ai délibéremment choisi de ne pas aborder dans celle présente sur mon site, pour éviter de faire un pavé... mais au contraire,
je pense que ta critique donne plus justice que la mienne sur l'ampleur du travail réalisé par King.

Excellente review, très complète :) 

Spooky 18/03/2013 14:50



Merci Herbert, j'ai essayé en effet de brasser assez large. Ca va sans doute décourager pas mal de leteurs potentiels de mon blog, mais tant pis :)


 


Je me rends compte, en lisant ta chronique, que j'ai complètement occulté la partie concernant Harry Dunning, pourtant très bien construite...



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