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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

Il s’est passé une chose étrange avec Gros temps. Je voulais écrire un «petit truc» sur le mythe du loup-garou.
Je laissais mon imagination construire un scénario (un peu faible, à mon goût ) et l’écrivis en une nuit, comme c’est souvent le cas.
Pour les personnages de Pierre et Raquette, je m’étais directement inspiré de mes grands-parents, qui reposent en paix. Ceux-ci, après la lecture de la nouvelle finie, me demandèrent qui m’avait raconté cette histoire.

Ma nouvelle raconte l’attaque d’un poulailler par un loup-garou. Quelques années avant l’écriture, le poulailler de mon grand-père avait été totalement dévasté par des rats et les détails étaient les mêmes. Je me souviens toujours de cet incident...


C’était un jour de pluie, de grande pluie. On aurait dit que les écluses du ciel s’étaient ouvertes d’un seul coup pour livrer le passage aux eaux des fleuves aériens accumulées depuis des siècles. La Gironde ne semblait avoir pour relief qu’un mur infranchissable et sans fin. Du fait de la tempête, toutes les activités quotidiennes avaient été suspendues, paralysées dans le département et chacun était resté chez soi en ce mardi d’août. Les anges et les saints avaient soulagé leurs vessies pendant toute la journée et la Lune, pleine, s’étaient levée sans qu’on puisse la distinguer à travers la pénombre blafarde et sinistre engendrée par l’afflux des nuages gonflés. Les Girondins, alarmés par les roulements incessants du tonnerre, n’osaient allumer le moindre appareil électrique. André se préparait à piquer un sprint pour rentrer chez lui. Il se maudit à haute voix d’avoir installé son atelier à l’écart de sa demeure ; à l’époque ou cela s’était réalisé, il lui semblait que l’isolement serait bénéfique pour son inspiration créatrice (André était dessinateur de Bandes Dessinées ). Son amertume fut en partie effacée par la pensée d’un repas chaud qui l’attendait, préparé par Dominique, sa femme, il s’élança donc sur les vingt mètres qui le séparaient de son foyer douillet. A ce moment précis la pluie s’arrêta à l’improviste et André, levant la tête, put voir la lune sortir des nuages sombres, brillante comme un doublon d’or. Mais sa contemplation fut tout de suite interrompue par une étrange sensation chatouilleuse sur tout son corps. Lui qui possédait un épiderme plutôt glabre, sa peau était à présent cachée par une impressionnante toison de poils bruns et drus. Il aurait pu éclater de rire si de sa gorge n’était sorti un grondement étouffé. Son groin monstrueux frissonna et éternua bruyamment, puis l’homme perdit conscience. L a bête hurla à la face de la lune et huma l’air en roulant follement des yeux. Avec un rire hystérique, elle bondit au-dessus de la clôture et disparut dans la nuit et la pluie s’était remise à marteler le sol.

********************

Pierre fut brutalement tiré de sa somnolence par sa femme Raoulette. Il rêvait qu’il était revenu au bon temps, celui de la guerre, quand il s’occupait des avions alliés en Angleterre. Mais ce temps était révolu et à sa retraite il s’était mis à élever des poulets dans la banlieue de Bordeaux. Sa femme, à l’énergie débordante, le secouait comme un cocotier tout en lui criant dans les oreilles : Perrotte ! J’entends les poules crier ! Va voir ce qui se passe ! Sa femme ayant la fâcheuse habitude de donner des ordres et de déranger tout le monde n’importe quand, il lui lança un regard noir accompagné d’une malédiction silencieuse. Il se leva finalement et enfila son imperméable tout en prenant sa lampe-torche :



- C’est encore ce renard qui essaie d’entrer dans le poulailler afin de compléter son menu. Dès qu’il verra le faisceau de la lampe, il déguerpira, maugréa-t-il.

Il sortit en bougonnant sous la pluie, suivi du regard inquisiteur de Raoulette. Sa lampe-torche balayant l’obscurité torrentielle, Pierre progressait avec circonspection sur le sol boueux de sa cour ; il était guidé par les cris de terreur de sa volaille, parfois couverts par le tonnerre, semblables au son du choc entre deux boules de billard répercuté et amplifié dans une énorme caisse de résonance.
Les poulets cessèrent de crier brusquement. Proférant un juron relatif au renard, Pierre accéléra le pas. Il manqua rentrer tête baissée dans le grillage du poulailler.
Braquant sa torche vers l’intérieur, il contempla avec horreur le contenu : des plumes rousses, collées par du sang poisseux, semblaient dessiner une étrange fresque sur les murs de bois, le sol en terre battue et le toit en tôle.
Des lambeaux de chair enrobant des éclats d’os gisaient ça et là dégageant un effluve chaud et métallique. Détournant son visage afin de réprimer un haut-le-cœur, Pierre entendit un grondement à quelques pas de lui.
Ses chiennes étant bouclées dans un appentis, il braqua sa torche sur sa gauche afin de voir l’animal responsable du carnage, remarquant au passage un grand trou dans le grillage. Il réprima un cri.

********************

Tandis que le ciel avait lâché un craquement épouvantable, il avait aperçu furtivement une forme ramassée de la taille d’un homme - d’un grand homme - et un long museau brun sur lequel clapotait la pluie.
Le temps d’un battement de cils, l’apparition s’était évaporée. Enervé et fatigué, Pierre décida de jouer la carte de l’intimidation et cria :
-Qui que tu sois, homme ou animal, il vaut mieux pour toi que tu déguerpisses en quatrième vitesse si tu ne veux pas garnir mon tableau de chasse !

Seul le murmure de la pluie battante lui répondit. Au bout de plusieurs secondes qui coulaient comme des siècles partit de derrière lui un grognement étouffé allant crescendo ; en même temps, il entendit quelqu’un courir sur le sol mouillé dans sa direction.
Ne voyant rien d’autre que de l’eau en cataracte, Pierre ne put rien faire d’autre que lever ses bras en un geste dérisoire de défense et pousser un cri de détresse.
Au moment où le grondement allait l’engloutir, il lui sembla qu’une détonation claquait, mais le son lui parvint confusément ; dans la seconde qui suivit, le cri de la bête s’étrangla dans un «Outch ! » d’étonnement.
Pierre entendit une masse s’abattre lourdement avec un bruit mouillé. La partie de billard céleste devait être terminée car la pluie cessa presque instantanément de tomber.
Ouvrant les yeux, le retraité vit s’avancer vers lui une forme vermeille. Un autre battement de cils et il reconnut Raoulette étrangement fagotée dans son imperméable rouge.
Elle arborait son fusil de chasse, de la gueule duquel sortait une fumée serpentine.

-C’était un chien enragé ? demanda-t-elle en s’assurant que son mari n’était pas blessé.

-Je ne sais... commença Pierre en se retournant afin de voir le cadavre de la bête. Il eut un choc : un homme nu était couché dans la boue imprégné du sang dans lequel il baignait.
Raoulette s’approcha pour essayer de l’identifier ; ne le reconnaissant pas, elle fut interloquée par le sourire qui ornait son visage, comme s’il avait été libéré d’un grand poids.

 

Spooky.

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Stéph 22/10/2010 16:35



Vraiment bien tourné ce texte ! encore un scénario en puissance pour les crayons de Pierig ??



Spooky 22/10/2010 21:47



Je n'en sais rien, si ça l'inspire, pourquoi pas ? :)



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