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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Qu'est donc Janua Vera ? Rien dans l'introduction ou dans le développement ne semble élucider ce titre énigmatique, aux consonances harmonieuses. Nous opterons pour le nom secret du Vieux Royaume, que Jean-Philippe Jaworski, au travers des huit nouvelles proposées, tentera de nous initier. L'auteur, apparemment un grand fan de jeu de rôles puisqu'il est le créateur de deux JdR déjà (Te Deum pour un massacre, et Tiers Âge), réussit brillamment son coup. Bien qu'on soit dans un premier temps surpris par sa prose si délicate, on finit par accrocher aux histoires qui nous sont narrées avec tant de talent.

En effet, la plume de Jaworski est décidément exquise. Elle effleure le verbe, caresse le papier et stimule nos sens. Jaworski brode comme un maître tisserand, il emploie des fils d'or, d'argent et de multiples autres teintes exquises, qu'il s'amuse avec passion à coudre ensemble, pour former au final un motif majestueux. Et clairement, quand je dis qu'il brode, c'est à prendre également au figuré. Car sous les frusques étincelantes, se cache la plupart du temps une histoire peu haletante, qui sous la plume d'un autre eut souffert d'un développement moins harmonieux. Oui, les histoires ne sont pas toujours passionnantes. Ca traîne même en longueur. Mais ce rythme paresseux de l'auteur est voulue, il souhaite nous faire profiter de son style inimitable, décrivant avec un souci du détail les environnements, les changements d'état, les micro-variations.


En revanche, dès que la scène s'anime et que les protagonistes passent à l'action, l'immersion enveloppe encore un peu plus le lecteur de son manteau brodé, et ainsi calé, bien au chaud, le spectateur ne peut que vivre l'action qui se déroule sous ses yeux. Moult détails et gestes anodins poussent le lecteur à plonger en apnée sous l'écriture délictueuse de Jarowski. Tout comme les paysages alentours, les faciès et comportements sont longuement étudiés et fidèlement rendus. Il faut reconnaître à l'auteur, en sus de sa narration exemplaire, une maîtrise très poussée du français et de termes désuets. C'est surtout à propos des vêtements que l'on notera une minutie époustouflante, de locutions peu parlantes, mais finalement si immersives.


Mais le lecteur que je suis déplorera par instants le manque de dialogues, qui auraient certainement dynamisé le récit. En effet, il y a peu de dialogues dans Janua Vera. Le style est éminemment rapporté, ce qui n'exclue pas une psychologie plutôt réussie des protagonistes. Mais le point de vue omniscient peut parfois lasser, et l'on souhaiterait alors plus de discours léchés comme il nous en est parfois servis. Car à l'instar du reste, les rares échanges sont très réussis. Mais j'ai parfois eu l'impression d'être en décalage avec les personnages et la narration. Par exemple, l'introspection omnisciente d'un barbare m'a donné une idée plutôt intelligente du guerrier, alors qu'il s'avère plutôt benêt, des dires du narrateur. A l'opposé, quand Jaworski raconte des batailles (celle de Kaellsbruck en particulier), on ne peut être que captivé par le réalisme de la situation. De même, lorsqu'il s'essaie brièvement à l'humour, il réussit avec brio à mixer histoire et malice.


Cependant, il est dommageable que les nouvelles ne bénéficient pas d'une histoire plus attirante. Non pas qu'elles soient fades, mais si on extirpe les faits en eux-mêmes, les histoires n'ont rien d'exceptionnel. Certaines comme celle de l'assassin sont vraiment réussies, et d'autres un peu moins, comme Le Conte de Suzelle, beaucoup plus prévisible. A ce titre, les deux nouvelles narrées à la première personne m'ont le plus plu, bien que Le Confident, dernière nouvelle du recueil, ne fasse qu'une trentaine de pages. Et il semble que Benvenuto, l'assassin que l'on rencontre dans Mauvaise Donne, la meilleure nouvelle selon moi, soit le protagoniste de la suite de ce très bon livre introductif du Vieil Empire. Au vu des critiques, il y a des chances pour que Gagner la guerre soit de meilleur niveau que Janua Vera, qui, rappelons-le, est le premier livre de Jean-Philippe Jaworski. Chapeau l'artiste pour ce premier essai, d'entrée transformé, surtout aux yeux d'un piètre admirateur de la Fantasy.


Du très bon divertissement, et peut-être un auteur qui me fera épisodiquement zieuter sur ce genre dont je ne suis pas le plus fervent défenseur.

 

GiZeus.

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GiZeus 15/07/2010 18:56



En effet, c'est une réponse de goût ;)



PAco 15/07/2010 09:46



"A peine le temps de me pencher au dessus du bastingage : mon dernier repas arrosé de piquette, a jailli hors de mes lèvres. Il a suivi une trajectoire fétide avant de se perdre dans l'écume
des vagues. Encore convulsé par les hauts-le-coeur, j'ai essuyé les filaments baveux qui me poissaient le menton. Deux toises plus bas, l'océan se soulevait et bouillannait, cinglé en cadence par
les longues rangées de rame.


Je n'ai jamais aimé la mer.


Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n'ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle
comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière ; et c'est plus gras, c'est plus trouble et plus limoneux que le pot d'aisance de feu grand-maman. Beauté
des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c'est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l'ivresse."


Voilà donc comment commence ce fabuleux récit et qui répond par là même à ta question ;)



GiZeus 09/07/2010 19:20



Au fait PAco, la narration de "Gagner la guerre" est également à la première personne ou à la troisième? Simplement pour info, je ne base pas dessus.



GiZeus 09/07/2010 13:47



# Et le "défaut de dialogues" dont tu fais état, est largement compensé dans ce titre


Question de point de vue. Je préfère quand la personnalité des protagonistes s'instaure via les dialogues. C'est plus Je trouve plus agréable de découvrir la fourberie ou autre trait de caractère
d'un individu selon ses dires plutôt que le rapporté.



PAco 09/07/2010 10:53



 


"Gagner la guerre" ( Qui fait suite à une des nouvelles tirée de ce recueil) est un pur bonheur ! Une de mes meilleurs lecture de cette année.



Et le "défaut de dialogues" dont tu fais état, est largement compensé dans ce titre. La verve de notre personnage principal n'a d'égal que son cynisme !



Ca pue l'intrigue à plein nez ! Ce récit d'un assassin au service d'un grand de la République de Ciudalia... Un univers fantasy très méditerranéen inspiré et melangeant les regimes et moeurs de
l'espagne et de l'italie tout en y integrant de façon subtile les charmes de la fantasy... Sorcier, elfes et autres ingredients sulfureux y prennent place de façon intelligente et parcimonieuse.
Et le style et la trucculence du recit de notre assassin et de son humour noir nous portent facilement à le suivre dans ses aventures enlevées et pourries par ses frequentations...



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