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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

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Oui, vous avez bien lu, les super-héros ont subi la censure... en France. Ce documentaire, acheté en librairie BD, retrace l'une de ces actions de censure. Après la seconde guerre mondiale, l'emprise politique et culturelle des Etats-Unis sur l'Hexagone était très forte. A tel point que les bandes dessinées américaines ont déferlé sur le pays. Afin de protéger nos chères têtes blondes (ok, ce sont nos parents maintenant), une loi fut votée en juillet 1949, assujetissant les publications destinées à la jeunesse à un certain nombre d'exigences. Une commission fut mise sur pied quelques mois plus tard. Ces deux instances sont toujours actives à l'heure actuelle, même si leur action est plus symbolique que dans les années 1950 et 1960.

 

Il faut savoir qu'à l'époque les associations d'obédience catholique, au premier rang desquelles l'UNAF (Union nationale des associations familiales) étaient plus influentes sur la vie politique. Et qu'elles en ont abusé, essayant de limiter l'arrivée de titres transatlantiques pour des motifs parfois farfelus. Ainsi Mandrake a-t-il été censuré car imprimé en Italie, et non pas en France. Ainsi Zorro et Flash Gordon se sont-ils vus retirer leurs masques dans les éditions françaises, car le masque, c'est le mensonge, et le mensonge, c'est pas bien. Ainsi certains épisodes de Tarzan n'ont pu être publiés à l'époque dans notre beau pays car on y montrait -par exemple- des gorilles trop proches de l'homme sauvage... Les robots, également, avaient mauvaise presse...

 

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Ainsi les Editions Lug, qui dans les années 1960 ont commencé à publier certaines histoires réalisées par les Editions Marvel, en ont fortement pâti. La revue Fantask a ainsi été menacée d'interdiction de publication en 1969, pour, je cite, "ses couleurs violentes, ses monstres impressionnants...". Lug a pris note de ces restrictions, a arrêté la revue qui s'est scindée en deux nouveaux titres, Strange et Marvel, pour lesquelles tout un atelier a été monté à l'époque. Traductrices, lettreurs, dessinateurs ont ainsi travaillé à rendre les comics de super-héros plus acceptables aux yeux de messieurs les censeurs. Jean-Yves Mitton et Reed Man, deux anciens de la maison Lug, témoignent en expliquant qu'il leur arrivait fréquemment de "gommer" des détails des planches (des armes, des perforations, du sang, les onomatopées, les expressions grimaçantes de certains personnages...). Les règles de publication pour la jeunesse obligeaient également les éditeurs à encarter des "reportages" n'ayant rien à voir avec le magazine (sur les trains, comment changer une roue...) ; bref, ça devenait un peu n'importe quoi, même si le talent des retoucheurs était réel et que leur travail n'empêchera pas plusieurs générations de jeunes lecteurs -dont votre serviteur- à parcourir émerveillé ces pages. Les équipes de Lug en étaient même arrivées à s'auto-censurer, à devancer les demandes de la commission de censure... Le documentaire montre d'ailleurs plusieurs exemples "avant/après" assez révélateurs...

 

Mais que voulez-vous, quand on reçoit un courrier avec en-tête du Ministère de la Justice menaçant d'une action en justice contre soi, ça fait peur, même si comme le souligne Bernard Joubert, qui a écrit un livre sur la censure envers les livres en France, il y avait peu de chances pour que cette menace aboutisse. A cette époque une seule maison d'édition, Artima, a été réellement interdite de publier.

 

Mais la commission de censure tenait à faire des soucis à Lug, car en février 1971, la revue Marvel se voit obligée de publier, dans son numéro 13, la lettre dont elle fait l'objet, toujours par rapport à son contenu, trop violent. Elle est ainsi interdite de publication aux mineurs... Essentiellement lue par les adolescents, elle va donc disparaître à terme. Les responsables éditoriaux, la mort dans l'âme, se résolvent à arrêter la publication, rendant le numéro 14 de la revue, pourtant annoncé, impossible à imprimer. Mais d'après Claude Vistel, responsable éditoriale (oui, c'est une femme) de Lug, il existait des épreuves de ce numéro 14, et peut-être même des deux suivants, car son équipe travaillait sur trois mois à l'avance. Lors de la vente du catalogue Lug à Semic, en 1998, les équipes et le matériel sont transférés de Lyon à Paris ; cela ne s'est pas fait sans remous, les anciens de Lug s'étant quelque peu révoltés contre leur nouvel employeur, et dans la confusion, il se pourrait que des documents aient été perdus ou même détruits. Ce qui explique que ce Marvel 14 ait acquis un statut de Graal pour les initiés... Des petits malins se sont d'ailleurs amusés à réaliser des faux Marvel 14...

 

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Anecdote amusante, dans ce n°13 de Marvel, la rubrique du courrier des lecteurs accueille un intervenant inattendu, Stan Lee lui-même. Le créateur de Spider-Man, des 4 Fantastiques, du Surfer d'Argent et des X-Men (entre autres) y exprime sa peine de voir la publication des comics US ainsi contrariée. Car les publications françaises étaient de grande qualité -malgré les caviardages dont je parlais précédemment- par rapport aux américaines, en termes de technique : aux petits points se substituaient alors des aplats de couleur. Là encore l'exemple d'un "avant/après" dans le docu est édifiant.

 

Un petit mot tout de même des deux co-réalisateurs, puisqu'ils font l'objet d'une interview filmée par Sci-fi Universe disponible en bonus du DVD du documentaire. Philippe Roure tomba un jour sur un article qui évoquait cette légende urbaine du Marvel 14, et eut l'idée d'en faire un court-métrage mêlant documentaire et fiction, à la manière d'une enquête. Il alla voir Metaluna Productions, dirigées par Jean-Pierre Putters (fondateur de Mad Movies, pour les amateurs de films de genre) et Fabrice Lambot, qui le mit en relation avec un scénariste, Jean Depelley, passionné par les comics et fan en particulier de Jack Kirby (créateur graphique des 4 fantastiques, de Hulk, des X-Men...). Tous deux partirent donc sur un documentaire de 52 minutes, avec une version raccourcie à 26. Leur témoignage me permit d'ailleurs d'apprendre comment Stan Lee fonctionnait avec ses collaborateurs : il donnait un pitch général au dessinateur, qui faisait seul le découpage, le scénario, avec des phylactères blancs, que Lee remplissait après coup, le résultat final étant souvent d'une troublante efficacité. Et voilà comment, un peu par hasard, votre serviteur comprend un élément essentiel qui lui avait échappé à la lecture d'un ouvrage sur les comics.

 

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Parmi les intervenants du documentaire, on trouve également Jean-Pierre Dionnet, fondateur de la revue Métal Hurlant, lui aussi dans le collimateur des censeurs pendant longtemps, et Alain Carrazé, journaliste et fan des comics de super-héros. Le résultat de tout ça est un documentaire franchement intéressant, mais trop court, j'imagine qu'une bonne heure et demie aurait peut-être permis de parler plus précisément de ce phénomène de censure en France dans les années 50 et 60, alors que ce n'était pas du tout le cas chez nos voisins européens...

 

Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, vous pouvez voir la version courte du documentaire (26') sur Youtube.

 

Spooky.

Commenter cet article

SBM 12/03/2013 08:33


Très intéressant, merci pour ce billet.

Spooky 12/03/2013 09:20



Je t'en prie Sandrine :)


N'hésite pas à aller voir la version courte ;)



Olivier 11/03/2013 21:09


Merci beacuoup pour le texte et la vidéo. Je connaissas déjà les retouches sur certaines bd, dnt le Daredevil Born Again de Millier. Pour le reste, c'est assez impresionnant.

Et dire que la loi est toujours dans le Code....

Spooky 12/03/2013 09:22



C'est terrible hein ? Ceci dit je pense que dans les faits la censure est moins présente. Même chez Dupuis ils font des bds adultes :)



Gaël 11/03/2013 17:40


Merci beaucoup pour ce réqumé très instructif. J'ai toujours eu beaucoup de peine en lisant les Strange tout en sachant qu'il manquait des pages ou des cases ... la censure ça craint !

Spooky 12/03/2013 09:20



Le mieux c'est de lire les versions US, car je pense que les recueils reprennent les versions censurées. Il reste les versions US...



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