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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

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Cet ouvage est une sorte de relique. Il est en effet l'une des premières exégèses de l'oeuvre du Professeur... de son vivant. Il est sorti pour la première fois en 1969, soit quatre ans avant la disparition de JRR Tolkien. Auteur de nombreux romans de fantasy, Lin Carter a donc proposé un pan important, sinon fondateur, de l'appareil critique sur Le Seigneur des Anneaux.

 

La construction de son essai est somme toute classique. La biographie de l'écrivain est passée en revue, de sa naissance en Afrique du Sud à ses années de retraite studieuse, en passant par ses années d'enseignement à Oxford. Il survole ce qui a amené l'écriture du Seigneur des Anneaux, et l'oeuvre de fiction de Tolkien en ces derniers temps des années 1960 (en gros, Bilbo le Hobbit, le SdA, Feuille, de Niggle et Smith of Wootton Major (non encore traduit à l'époque). Il évoque la rédaction en cours du Silmarillion, tout en spéculant sur le contenu de ce dernier (et se trompant modérément), car n'ayant pas de rapports directs avec Tolkien.

 

Lin Carter entre ensuite dans le vif du sujet, en présentant la Terre du Milieu telle qu'elle apparaît dans Bilbo le Hobbit, puis livre un large résumé de ce roman et du suivant, Livre par Livre, avec quelques commentaires liminaires, qui couvrent presque la moitié de l'ouvrage avec les chapitres initiaux et "factuels". 

 

Qu'est-ce que le Seigneur des Anneaux ? S'agit-il d'une allégorie ? Non, Tolkien avait ce genre en horreur, et a toujours réfuté le rapprochement fait par des commentateurs, avec la montée du nazisme ou encore la Guerre Froide. S'agit-il d'une satire ? Pas plus. S'agit-il d'un conte de fées ? Bien que la plupart des récits que l'on classe ainsi ne parlent pas de fées, on pourrait dire qu'en effet, le roman entre dans cette catégorie ; car Tolkien, qui a consacré une célèbre conférence à la question, reprise en essai, indique que le conte de fées est un récit qui parle de faërie, terme très vague qu'il serait vain et fastidieux d'expliciter ici. Je note toutefois que Lin Carter affirme que "La science-fiction est une branche de la fantasy, de même que la littérature d'horreur gothique"... Une affirmation qui me laisse pantois, tandis que Carter enchaîne en expliquant que Le SdA relève plus certainement de l'épopée. Et là nous avons droit à une large page historique de ce genre, inventé si j'ose l'écrire, dans le long poème antique sur Gilgamesh, largement développé et popularisé par les poètes grecs. Il est à noter d'ailleurs que l'épopée s'exprimera dans des poèmes pendant très longtemps, jusqu'à l'aube du Moyen-Âge, où les gestes de chevaliers sont contées dans des Chansons, puis, par appauvrissement stylistique, dans des romans. L'Illiade, l'Odyssée, l'Enéide, la Chanson de Roland, pour les oeuvres les plus connues, sont ainsi évoquées. Beowulf est très brièvement effleuré, alors que l'on sait depuis longtemps maintenant que ce fut une inspiration majeure de Tolkien.

 

L'un des chapitres consacrés à ce genre qu'est l'épopée commence par une précision intéressante : le roman est, à l'origine, un récit écrit dans l'une des langues romanes - l'espagnol, l'italien ou le français- issues du latin, qui était la langue des Romains. Sans utiliser cette origine Carter enchaîne sur les différents romans racontant des épopées. Un chapitre vraiment érudit, mais qui à mon avis sort du sujet car vraiment trop long. L'une des oeuvres largement commentées est ainsi Amadis de Gaule, longue somme romanesque de dix ou douze livres. Un titre dont je n'avais jamais entendu parler, malgré mon passé d'études littéraires. Le but de ce chapitre ? Montrer que Le Seigneur des Anneaux s'inscrit complètement dans ces histoires d'exploits guerriers, de rencontres avec des monstres fantastiques, avec parfois une teinte de romance. Le poème épique est peu à peu devenu, avec l'arrivée du Moyen-Âge, chanson de geste, puis roman. La fantasy à l'époque médiévale est donc représentée par plusieurs oeuvres, au premier rang desquelles Amadis de Gaule, à nouveau cité, qui a connu de nombreux continuateurs.

 

Le chapitre suivant est un peu plus intéressant, puisqu'il s'attache à recenser les auteurs qui ont "fait" la fantasy, d'un point de vue plus moderne. Celui qui aurait réformé le genre est William Morris, qui naquit en 1834, et dont le roman The Well at the World's End a fait forte impression sur Carter. Celui qui prit en quelque sorte le relais s'est fait appeler Lord Dunsany ; son roman La Fille du Roi des Elfes, écrit en 1924, fait partie d'une oeuvre qui a inspiré beaucoup de successeurs. Personnellement j'ai lu ce roman, et je l'ai trouvé verbeux, pompeux et peu dynamique, bien que connaissant déjà le contexte historique et littéraire qui l'entourait. A peu près à la même époque, E. R. Eddison sortit son roman The Worm Ouroboros, qui raconte la grande guerre entre les seigneurs du Demonland et un roi. Le roman souffre d'un gros défaut, le décor est longuement planté avant que l'action commence réellement. Chacune des oeuvres est largement commentée, avec l'éclairage de l'oeuvre plus globale de chaque auteur. Carter évoqué également Fletcher Pratt, Mervyn Peake.

 

N'ayant que peu d'informations sur les sources de Tolkien, Carter affirme être tombé par hasard sur certains éléments, comme l'Ancienne Edda, où se trouvent de nombreux noms de personnages tolkienniens (en particulier la plupart des Nains de Bilbo le Hobbit). D'autres éléments de la saga finlandaise sont également intéressants. Siegfried est aussi une influence évidente, avec la place centrale d'un Anneau, l'épée brisée et ressoudée, la querelle de deux Nains ou géants pour la possession de l'Anneau, etc. La Gesta danorum, par l'historien danois Saxo Grammaticus, est citée, tout comme le fameux Beowulf. Il cite d'autres sources de légendes nordiques, et l'inspiration donnée par le vieil anglais.

 

Dans une courte postface, Lin Carter cite quelques auteurs que l'on pourrait qualifier d'héritiers de Tolkien : Carol Kendall, dont The Gammage Cup semble très inspiré de Bilbo le Hobbit ; The Weirdstone of Brisingamen, d'Alan Garner, semble devoir beaucoup au SdA ; Lloyd Alexander, auteur américain, avait écrit (jusqu'alors) 5 romans très proches également de la trilogie, et Lin carter ne tarit pas d'éloges sur lui. Il est à noter que ces auteurs écrivent essentiellement pour la jeunesse, et que Carter ne note pas d'auteur "adulte" parmi ces continuateurs, si ce n'est... lui-même, au travers Khymyrium, une oeuvre homérique qu'il était en train d'écrire mais qui n'a jamais été achevée ; le début a été publié dans des fanzines.

 

L'ouvrage de Lin Carter ne constitute pas l'essai le plus complet ni le plus informé sur Tolkien. La faute en premier lieu à l'éloignement (Lin Carter est américain, tandis que Tolkien vit retiré en Angleterre), mais aussi à l'époque (l'appareil critique sur l'auteur et son oeuvre était alors balbutiant). Cependant il constitute une approche basique très accessible pour qui veut découvrir le Seigneur des Anneaux, mais aussi un ouvrage érudit sur certains courants littéraires.

 

Spooky.

Commenter cet article

pierig 09/12/2011 13:51


Vu les moyens de l'époque, ça devait être déjà du bon boulot ... tu en auras donc jamais fini avec Tolkien? ;)

Spooky 09/12/2011 16:08



Non, jamais. Tu m'aurais posé la question il y a quelques mois, je t'aurais répondu qu'il me semblait ne plus y avoir beaucoup de bouquins sur le sujet, mais depuis j'ai fait des recherches
bibliographiques et c'est juste monstrueux :)



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