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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Films


Je sais, je sais, je dois être le dernier amateur de BD et de fantastique sur Terre à voir ce film, adapté du comic encensé d'Alan Moore et Dave Gibbons.
Je n'entrerai pas dans une analyse de fond, d'autres blogueurs et journalistes spécialisés le font avec beaucoup de talent, et comme je souhaite tout de même en parler mais que je manque de temps, ma note sera tout sauf complète.

De quoi ça parle, déjà ? Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, Watchmen - Les Gardiens - se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l'Horloge de l'Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l'Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l'un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu'il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l'un d'entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l'humanité... Mais qui veille sur ces gardiens ?

Watchmen est, au départ, une sorte de digestion/parodie de tous les comics de super-héros que les Etats-Unis produisent à la chaîne depuis les années 1950. C'est une réflexion sur le crépuscule des super-héros, qui au départ sont mus par des convictions, des pensées positives, mais qui peu à peu sont corrompus par le système, mais aussi la spirale dans laquelle ils sont entraînés. Jusqu'à être déclarés illégaux par le président (ici Nixon, réélu 3 fois) et démobilisés. L'histoire commence au moment où l'un d'entre eux, le Comédien, est retrouvé désarticulé sur le trottoir en bas de son appartement, d'où il a été précipité par un agresseur anonyme. Dans l'ombre enquête Rorschach, sorte de spectre au visage mouvant comme une feuille de test du même nom. Il reprend contact avec les autres anciens Watchmen, Ozymandias, le Hibou, Dr Manhattan, et le Spectre soyeux. Certains vivent dans une relative mélancolie, nostalgie de l'époque de leur splendeur, d'autres, comme Ozymandias, ont su profiter de leurs pouvoirs pour s'élever et s'enrichir. Le Dr Manhattan, physicien victime d'une explosion de tachyons, est devenu une sorte de demi-dieu, mais indifférent au monde qui l'entoure, à commencer par sa compagne, le Spectre soyeux.

Il ne s'agit que d'une partie de l'intrigue, puisqu'en même temps le monde est gagné par la fièvre, et que les deux super-puissances mondiales sont prêtes à se lancer dans une guerre atomique qui dévastera le monde dans sa totalité. Il y a cette horloge de l'apocalypse, dont l'existence est explicitée très vite dans le film, alors que dans le bouquin on ne le comprend qu'à la fin... Il y a cette histoire parallèle, dont il est difficile de comprendre l'utilité, que les adaptateurs ont complètement zappé pour le film... Il y a une foultitude de détails qui manquent au film. Mais comme dans beaucoup d'adaptations, la rognure sur certains aspects est nécessaire si on veut toucher le plus grand nombre.
Premier bon point : on garde cet aspect vieillot, ancré dans son époque (les années 80) où l'on pensait qu'une guerre nucléaire était possible entre les deux blocs.
Point négatif : le combat qui oppose au début le Comédien à son agresseur est longue, c'est une vraie scène d'action alors que dans le comics on ne voit pas grand-chose et qu'elle est vite expédiée, le Comédien ayant perdu le goût de la vie après ses découvertes...
Point négatif : les personnages dénaturés. Le Hibou est censé se faire vieux, s'empâter, etc. Dans le film, il est juste un peu moche, et quand il est torse nu, on voit qu'il fait plus de muscu que de repas à base de Big Macs... Son costume ressemble à celui de Batman, alors que dans le comics c'est une sorte de boule allongée qui fait continuellement la gueule... C'est dommage cette standardisation due aux films X-Men, car les costumes vieillots des Watchmen faisaient partie intégrante de leur identité. Maintenant le Spectre soyeux est sexy, le Hibou costaud... Rorschach lui ne change pas beaucoup ; le Dr manhattan est assez fidèle à son personnage de papier, à la fois impressionnant, tangible et éthéré, quasi-divin dans sa façon de penser, c'est à dire à la fois indifférent et interloqué par la marche du monde et le sort des humains...
De même, Watchmen est une oeuvre qui a été pensée comme un feuilleton, avec des parutions espacées, cet aspect a bien sûr disparu de l'adaptation.

Alors quand le projet d'adaptation a été avancé, que les premières images sont apparues, des fans inconditionnels ont crié au sacrilège ; ON a osé toucher à leur oeuvre de référence, ON va sans doute la dénaturer, en faire une oeuvre avec un seul niveau de lecture. Le cinéma, malheureusement, ne permet pas forcément d'en inscrire plus, sauf en de rares occasions (les deux premiers X-Men, justement...), et Watchmen, hélas, n'y échappe pas vraiment. C'est un formidable spectacle visuel, aux effets spéciaux impeccables, qui plaira à tous les amateurs du premier niveau de Matrix, le niveau du divertissement. Pour les autres, les amateurs du comics, c'est une sorte de trahison, puisqu'il ampute le comics original des deux tiers de son intrigue, de ses niveaux de lecture. La première population se divisera en deux : d'une part les feignants, qui se contenteront du film, d'autre part les curieux, qui essaieront d'aller plus loin en lisant l'oeuvre originale. Et qui en trouveront sans nul doute le sel, malgré les couleurs épouvantables (mais qui en sont une part indivisible).

En résumé, Watchmen est un beau film, léché, "visionnaire" comme il est à présent à la mode de qualifier les films de Zack Snyder, mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable aux amateurs du comics orignel, comme votre serviteur, pour qui c'est trop court (comme le slip du Dr Manhattan), trop coupé, trop léché, trop lisse. Il n'y a pas d'âme dans ce film.



A noter que le spin-off "Les Contes du vaisseau noir", qui reprend une sous-intrigue qui découpe la version originale du comic, devrait bientôt sortir en DVD.

Spooky.

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Pierig 04/11/2009 10:09



J'aime bien la concision avec laquelle notre serviteur nous fait état de son opinion. Il faut avoir le slip bien accroché.
Plus sérieusement, bravo pour cette note. Ce n'est pas elle qui me fera voir le film (tu vois, tu n'es pas le dernier!) mais j'ai bien apprécié la syntèse qui en a été faite.



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