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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
X-Men: Days of Future Past

Années 2020. L'Humanité est à l'aube de sa disparition. Les Sentinelles, robots géants initialement créés pour traquer et détruire les mutants, ont attaqué des humains voulant les aider, et entraîné le monde dans le chaos. Retranchés dans les montagnes au coeur de la Chine, les X-Men voient leur fin arriver, lorsque Kitty Pryde leur explique qu'elle est capable de faire partir l'un d'entre eux dans le passé pour empêcher l'évènement ayant déclenché la production à grande échelle de ces Sentinelles, à savoir l'assassinat par Mystique la métamorphe de Bolivar Trask, l'industriel à l'origine des Sentinelles, avec l'aide des ennemis d'alors, Charles Xavier et Magneto. Mais le voyage risque d'être extrêmement éprouvant pour celui qui repart dans le passé, et seul Wolverine est suffisamment résistant pour le faire.

Ce nouvel opus était annoncé comme une sorte de blockbuster ultime, rempli de super-héros, réunissant en outre les deux "générations" de X-Men aperçues précédemment l'espace de quatre films, une prouesse scénaristique due au voyage dans le temps.

Disons-le tout net, il y a pas mal d'incohérences et d'anachronismes dans le film. Comment, dans le passé, l'assassinat de Trask peut-il empêcher la future traque des mutants, alors même que sa création a la même finalité, même si le Congrès refuse de le financer ? Le scénario prend place en grande partie en 1973, une époque où le baladeur, l'alimentation électrique sans fil et l'étude de l'ADN ne sont encore que des projets, au mieux... Des invraisemblances qui risquent de décevoir de nombreux spectateurs.

A côté de ça, il faut avouer que ce cinquième épisode ne manque pas de souffle. Les scènes d'action sont toujours bien gérées, même si les Sentinelles manquent un peu d'épaisseur à mon sens. Comme dans le deuxième épisode avec Diablo, le réalisateur Bryan Singer offre une magnifique scène à Vif-Argent, cette fois-ci avec beaucoup d'humour, et... un bel anachronisme. Un Vif-Argent que l'on ne verra quasiment plus par la suite, et c'est bien dommage ; gageons que sa présence, ainsi que celle de sa soeur surnommée la Sorcière Rouge dans la scène post-générique d'Avengers leur promet une place de choix dans le prochain épisode de l'une ou l'autre des franchises... A côté de cela, outre les classiques Storm, Cyclope, Jean Grey, Le Fauve, Rogue , Iceberg, Pyro, Colossus, Havoc, le Crapaud, on trouve de "nouveaux" mutants, tels que Bishop, Blink ou Warpath. Rajoutez à cela le Président Nixon, le capitaine William Stryker... Un casting énorme, même si l'histoire est centrée sur 4 ou 5 personnages principaux.

Le récit est dense, complexe, encore une fois centré sur la menace que représente (ou pas) les mutants. Les enjeux des uns ou des autres nécessite des effets spéciaux colossaux, comprenant des dizaines de Sentinelles (versions 1973 et 2020), un stade de football, ou des rafales de feu ou de glace. Il se passe beaucoup de choses, pas forcément bien gérées par Singer : certaines séquences, comme la prise de décision d'aller dans le passé, sont expédiées, d'autres tirent en longueur. Les bonus DVD et Blu-ray devraient comporter pas mal de scènes coupées à fort potentiel, comme souvent dans ce genre de film. Et le scénario jongle entre deux époques : l'attaque des Sentinelles dans le futur et la quête de Wolverine dans le passé. Pour ma part j'ai trouvé que l'ensemble se tenait à peu près, sans tenir compte des incohérences. Ce n'est qu'à froid qu'elles me sont apparues peu à peu. Et attention, je vous mettrai un gros [SPOILER] en fin d'article, après ma signature pour vous parler du futur de la franchise...

Au centre de l'intrigue, outre Wolverine qui est définitivement le héros de la série, se trouve Mystique. Partagée entre son désir fou de sauver les mutants de l'extinction auxquels ils sont voués de par la tendance de l'opinion, et son amour fraternel (ou pas) pour Xavier, elle est le véritable moteur de l'intrigue. Et pour l'incarner, il fallait quelqu'un de plus expressif et talentueux que la sculpturale Rebecca Romijn-Stamos. Pour la version jeune de la métamorphe à peau bleue, c'est donc Jennifer Lawrence qui s'y colle depuis First Class. Et ça marche bien, elle parvient à faire passer son jeu sous son maquillage pourtant assez lourd. L'ensemble du casting est plutôt bon, un grand nombre étant d'ailleurs rodé à leurs personnages depuis deux films au minimum.

Le récit est complexe, d'autant plus qu'il comporte des "easter eggs", terme intraduisible en français, mais que l'on pourrait définir comme des éléments discrets mais appelant des éclaircissements ou des développements dans la suite de la franchise... Ainsi nous parle-t-on de l'assassinat de Kennedy, de l'ascendance de Vif-Argent, clin d'oeil aussi au Watergate, références à Star Trek, Terminator, Ken le Survivant (mais oui !)... A noter qu'ici Stan Lee ne fait pas de cameo, mais Chris Claremont et Len Wein, auteurs du comic-book dont est tiré le film, apparaissent furtivement. Sur le plan marketing, les créatifs de chez Fox ont mis le paquet, par exemple en créant un site viral consacré à Magneto et JFK, ainsi qu'un faux site présentant Trask Industries, ses innovations technologiques et tout un chapitre consacré à la mutation.

Tourné entièrement en caméra 3D, le film s'avère très regardable dans cette version. Au final, s'il ne s'agit pas du meilleur film de la franchise, surtout à cause d'anachronismes et d'incohérences (même si on est loin de Prometheus), ce DoFP est un excellent moment de cinéma, riche en scènes spectaculaires et en rebondissements, jouissant d'une véritable écriture complexe et à tiroirs. Le réalisateur a déjà annoncé la sortie du volet suivant de la franchise, X-Men Apocalypse, prévu dans les salles en mai 2016.

Spooky

[SPOILER] Attention, la fin du film risque de déplaire à nombre de personnes, puisque la résolution du problème par Wolverine dans le passé efface nombre de choses, y compris ce qu'il s'est passé dans les trois premiers films de la franchise. Et oui, des personnages disparus reviennent... De quoi favoriser un reboot de la franchise s'il y a "besoin"...

Autre élément, la traditionnelle scène post-générique fait le lien avec le prochain film, programmé pour dans deux ans, et met en scène un personnage majeur de la série...

[/ FIN SPOILER]

L'une des affiches teaser de Trask Industries

L'une des affiches teaser de Trask Industries

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Publié le par Spooky
La Chute d'Arthur

La Chute d'Arthur est un poème de mille vers, écrit par J. R. R. Tolkien et inspiré de l'histoire du roi Arthur. Arthur règne sur la Bretagne et ses chevaliers dits de la Table ronde. A la fidélité de Gauvain répond la trahison de Mordret, neveu du roi et régent durant son absence ; lequel est envoûté par une Guenièvre énigmatique, elle-même objet de passion pour un Lancelot tourmenté.

Philologue de génie et spécialiste de littérature anglo-saxonne, Tolkien a ainsi voulu donner sa version de l'un des textes de base de la culture anglaise, une version différente de celle du Morte Arthur ou de la Mort Artu.

C'est, comme toujours, Christopher Tolkien qui édite ce texte, en montrant comment il dialogue et se démarque de ces versions médiévales, mais aussi avec le monde du Silmarillion, puisqu'un lieu y est appelé Avallon, avec une fonction proche, pour ne pas dire identique, de celle de la légende arthurienne...

Bien évidemment le poème est incomplet (ce ne serait pas du Tolkien autrement), mais le fils de l'auteur en donne la version la plus aboutie possible, composée à partir de notes éparses qu'il a pu récupérer. Une histoire et une évolution dans la composition qu'il détaille donc dans l'avant-dernière partie du présent volume, avant de reproduire un entretien radiodiffusé en janvier 1936 que fit le Professeur Tolkien, consacré à la poésie vieil anglaise.

Globalement, c'est une lecture qui est loin d'être inintéressante, mais qui intéressera peu ceux qui sont attirés par le Legendarium de Tolkien. Ceux qui souhaitent appréhender son oeuvre de manière globale, notamment via ses influences, y trouveront une nouvelle pierre pour leur édifice.

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres
Cahier de croquis du Seigneur des Anneaux

Alan Lee est, avec John Howe, l'un de mes illustrateurs préférés de l'univers de Tolkien. Ça tombe bien, ils avaient tous les deux été choisis pour travailler aux effets visuels de la trilogie de Peter Jackson. Un boulot de six mois, au départ, qui s'est transformé en une expérience de six ans, le plus souvent en Nouvelle-Zélande, à travailler sur la pré-production, la réalisation des décors, costumes et accessoires, puis sur l'habillage visuel voire matériel des éditions spéciales en DVD.

Alan Lee n'a donc pas résisté à l'envie de montrer son travail préliminaire, qui peut aller de la simple esquisse au croquis très très poussé, proche de l'illustration finale. Des Hobbits aux statues de l'Argonath en passant par la forteresse lugubre de Cirith Ungol ou encore les Oliphants, Alan Lee a touché à tout, en alternance ou en accord avec Howe, et c'est un pur régal pour les yeux. Au fil des dessins il livre aussi quelques impressions de tournage ou de production, parle de ses relations avec les autorités des films ou les techniciens qui ont dû transformer en réalité ses visions dantesques.

Un must have pour les amateurs de l'univers de Tolkien :)

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

 

Joyland est le nom d'un parc d'attractions situé sur la côte de Caroline du nord. En cet été 1973, Devin Jones, 21 ans, découvre l'endroit un peu par hasard et décide de s'y faire embaucher comme saisonnier. Il va y vivre les plus belles et les plus cruelles pages de sa vie...

 

Quelques années auparavant la réputation de Joyland a été entaché par un drame. Une jeune fille a été retrouvée dans les décors de la Maison de l'Horreur, une attraction du type "train de l'Horreur", et personne n'a retrouvé le coupable, qui est fort probablement son petit ami, à l'identité inconnue, qui l'accompagnait ce jour-là... Depuis, le fantôme de la jeune fille réapparaîtrait de temps à autre aux yeux des visiteurs (qui la prennent comme un élément de l'attraction) ou des employés, qui préfèrent se taire. Intrigué, Devin et l'une de ses amies également engagée comme saisonnière, Erin Cook, commencent à s'y intéresser, et vont découvrir une vérité bien sombre...

 

On n'arrête plus Stephen King. Ce nouveau roman, sorti il y a un an en anglais, sort seulement six mois après Dr Sleep, présenté comme un évènement, et environ six mois avant Mr Mercedes, visiblement plus ou moins inspiré par l'attentat du marathon de Boston, survenu l'an dernier. Joyland est un récit assez court (320 pages tout de même), qui relève plus du policier et du social que du surnaturel, un genre où l'auteur s'est posé en maître, même s'il y en a des soupçons.

 

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, King a livré quelques très bons récits ne relevant pas du surnaturel, certains sous le nom de Richard Bachman, d'autres sous son nom véritable. Je pense par exemple à La petite fille qui aimait Tom Gordon, Misery, Dolorès Claiborne, ou encore le récent 22/11/63. Mais il est difficile de trouver des motifs communs à ces romans, si ce n'est une analyse fine de ses personnages et un ancrage historico-géographique presque sans équivalent... C'est encore une fois le cas avec ce roman, qui voit se croiser (entre autres) un enfant atteint de myopathie, un chien géant qui fait des claquettes, une jeune fille au destin fatal, quelques fantômes et une logeuse adepte de Scrabble.

 

Mais dès les premières pages, on sait qu'on lit un King. Avec ces bonds dans le futur par rapport à la trame principale, qui attisent l'attente du lecteur ("mais comment en est-on arrivé là ?"), ces petits détails dont il parsème son récit et qui ont tous leur importance, ces moments où certains personnages disparaissent, laissant le lecteur dans le désarroi... Car bien sûr on a de l'empathie pour ceux-ci, presque quels qu'ils soient, et lorsque l'identité du tueur est découverte, on est presque choqué, au même titre que le héros...

 

Pourtant, malgré tous ces éléments et ces atouts, je n'ai pas trouvé que ce Joyland était l'un des meilleurs bouquins du King. Il est bien écrit, les personnages sont, comme je l'ai dit, empathiques, mais il n'y avait pas tout à fait cette âme, cette énergie qui en font -souvent- un redoutable page-turner. Il conviendra tout à fait à celles et ceux qui ont une âme sensible parmi ses fans, cependant.

 

Spooky

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Publié le par Spooky

 

Je continue à rattraper mon retard sur les traductions de Joe Hill, dans le désordre chronologique.

 

Cette fois-ci c'est un recueil de nouvelles, pour la plupart antérieures à ses romans, qui a retenu mon attention. Le recueil en comporte une quinzaine, portant sur pas mal de thèmes classiques du fantastique ou du thriller. Bien sûr, c'est inégal, mais certaines sortent un peu du lot. A noter que certains récits ont obtenu le Bram Stoker award et le British fantasy award, des prix prestigieux.

 

Ce recueil compte donc une quinzaine de récits courts, qui touchent à pas mal de thèmes classiques du fantastique : un fantôme de jeune fille dans un cinéma, le pouvoir de voler, le dernier souffle des morts, un garçon en plastique (littéralement), une métamorphose à l'instar de celle de Kafka... Il s'attaque à la terreur, avec l'histoire d'un pédophile, ou celle d'un écrivain aux prises avec une famille rien moins qu'étrange. Il y a également une suite/hommage au Dracula de Stoker, ou encore un sympathique clin d'oeil à un classique du cinéma d'horreur, le Zombie de George Romero. L'auteur place également deux de ses courts récits dans un cadre qu'il aime, celui du base-ball.

 

Un recueil fort recommandable, comme l'ensemble de l'oeuvre de Joe Hill.

 

Pour une lecture vampirique, puisque le recueil contient un récit émargeant dans ce genre, vous pouvez également lire ma chronique sur vampirisme.com.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

Voici donc le second volet cinématographique adaptant le triptyque à succès de Suzanne Collins. Pour connaître mon avis sur ce second tome, je vous renvoie vers mon billet. Un coup d'oeil également vers mon avis sur le premier film tiré de la franchise vous montrera que, comme souvent, on est dans le "moins bien". C'est dire que ce second volet était attendu au tournant...

Les producteurs ont semble-t-il réussi à tirer les leçons et choisi de mettre plus l'accent sur l'action. Exit donc le propret et sage Gary Ross, place au plus péchu Francis Lawrence (qui n'est pas parent avec Jennifer Lawrence, la star des films). Le réalisateur s'est fait connaître grâce à Constantine, puis avec Je suis une légende, mettant en vedette Will Smith. Visiblement il a été choisi un peu par défaut pour mettre en scène ce deuxième volet, mais ce second choix s'avère payant. La partie introductive du film, qui dure plus d'une heure, est cette fois réalisée de façon classique, sans sauts de caméra ni cadrages trop proches des acteurs. Et dans la partie "action", toutes les séquences, même celles se passant de nuit, sont d'emblée lisibles, sans en rajouter toutefois. La maîtrise du rythme est remarquable, alors que justement c'est ce qui avait péché pour moi dans le roman... Francis Lawrence devrait en principe réaliser les deux longs métrages qui conclueront la saga à l'écran.

 

Catniss et Peeta embarqués pour de nouveaux Jeux à l'issue dramatique...

 

L'essentiel du casting du premier film est reconduit, et s'avère bien dirigé ; il faut dire qu'entre Donald Sutherland, Stanley Tucci, Philip Seymour Hoffmann (disparu il y a quelques mois) et Woody Harrelson, il y a du niveau, mais aucun ne marche sur les pieds de l'autre. Seuls Elizabeth Banks et Liam Hemsworth sont transparents, mais finalement ce n'est pas si grave, leurs rôles étant très limités. Un casting toujours dominé de la tête et des épaules par Jennifer Lawrence, qui se construit une belle carrière d'actrice convaincante.

 

La fin du film peut s'avérer frustrante, mais c'est la même que celle du roman, et s'achève sur un gros cliffhanger amenant le spectateur à vouloir la suite vite, très vite. La première partie de Hunger Games : la Révolte sort en novembre prochain, la deuxième un an plus tard. J'ai hâte de les voir.

Spooky

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Publié le par Spoo Ky

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Publié le par Spoo Ky

Ah, et j'allais oublier l'interview de la semaine sur bdtheque.com, réalisée par les duettistes pol et bab. Avec Mathieu Lauffray.

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Publié le par Spoo Ky
*croise encore les doigts*

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres
 

 

La vie de JRR Tolkien fut longue (plus de 80 ans) et riche. L’essayiste John Garth s’est plus particulièrement intéressé à un épisode particulier de celle-ci, la première guerre mondiale, à laquelle il a participé. Nous « fêtons » cette année le centenaire du déclenchement du premier conflit moderne ; l’éditeur Christian Bourgois a donc publié l’ouvrage de référence sur cette période.

 

Lorsque la guerre éclate, en 1914, Tolkien a 22 ans et est étudiant à Oxford. Sa vie venait de prendre un tournant tout à fait intéressant, car malgré ses résultats universitaires relativement médiocres, il avait fondé, avec trois autres camarades, une sorte de club de réflexion artistique et philosophique, appelé le TCBS (Tea Club and Barrovian Society). Outre Tolkien, ce club compta dans ses fondateurs Christopher Luke Wiseman, Robert Quilter Gilson et Geoffrey Bache Smith. Seuls les deux premiers ont survécu au conflit. C’est leur histoire au cours de celui-ci qui nous est contée ici. Au passage, comme l'ont remarqué certains observateurs, ces quatre amis sont un peu comme les quatre Hobbits qui partent ensemble au début du Seigneur des Anneaux, partant pour une aventure dans l'inconnu, dont ils sont loin de mesurer les conséquences...

 

Ils ne voulaient pas y aller. Bien à l’aise dans leurs costumes d’étudiants semi-oisifs, et en pleine phase de construction de leurs œuvres respectives (surtout Tolkien et Smith), les TCBSiens n’étaient pas prêts à aller au Front. Qui l’est, d’ailleurs ? Après avoir fait ses classes de sous-officier affecté aux signaux, Tolkien arrive en France en juin 1916. Il s’est entre-temps marié à Edith Bratt, son amour d’adolescence. Le 11 juillet la bataille de la Somme, à laquelle prend part le 11ème régiment des Lancashire Fusiliers, commence. Au mois d’octobre, souffrant de la fièvre des tranchées (un virus transmis par des poux, qui pullulaient sur place), il est rapatrié en Angleterre, puis va d’un hôpital à un camp militaire. Entretemps son épouse connaîtra plus de 20 domiciles différents, une mobilité due aux aléas économiques et aux déplacements de Tolkien.

 

C’est pourtant pendant ces heures sombres qu’il élabore les bases de son Légendaire. Avant la guerre celui-ci ne comprenait que le lexique d’une langue inventée, le qenya, ainsi qu’un ou deux poèmes notables. A la fin de la Guerre plusieurs textes majeurs, comme La Chute de Gondolin ou l’histoire de Turin Turambar (qui seront plus tard inclus dans les Contes et légendes inachevés ou Le Silmarillion) viennent déjà étayer ce qui constituera l’un des univers romanesques les plus riches de l’histoire de la littérature mondiale. C’est au travers de la correspondance de Tolkien (déjà abondante à l’époque), mais aussi celle de ses amis et de divers registres universitaires et militaires que John Garth a pu reconstituer la chronologie des évènements.

 

Au-delà du simple aspect chronologique, Garth s’attache également, en filigrane puis de manière plus poussée en fin d’ouvrage, à analyser les origines et les motifs de ces prémices. La Chute de Gondolin, par exemple, semble directement, au moins dans sa seconde partie, inspirée de son expérience de la bataille de la Somme. A certains égards, le Melko (appelé plus tard Melkor et Morgoth) présent dans ses poèmes de jeunesse, préfigure certains dictateurs célèbres du XXème siècle. Le conte de Beren et Tinuviel (plus tard rebaptiése Luthien) comporte pour la première fois un motif qui deviendra prépondérant chez Tolkien : le fait que le destin du monde n’est pas entre les mains des seigneurs, des puissants, mais bel et bien entre celles des humbles, des inconnus. Le Conte de Turambar est empreinte de naturalisme, c’est une ode humaine à la nature, face aux machines. Pour John Garth l’existence des Elfes, qui ne vieillissent jamais, dans l’œuvre tolkienienne, semble être une sorte d’hommage à tous ces jeunes gens fauchés dans la fleur de l’âge pendant la guerre. Des jeunes hommes qui auront pour l’éternité 18, 20, 25 ou 30 ans…

 

Se croyant plus ou moins immortels, car ayant –toujours selon eux- reçu un don, une étincelle leur permettant de changer le monde, d’y laisser leur empreinte, les membres du TCBS ont été presque anéantis par la perte de deux des leurs. Oui, en effet, la guerre n’était pas vraiment une menace pour eux, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent en première ligne… En 1940, alors qu’un nouveau conflit de grande ampleur s'annonçait et que son fils Christopher venait d’être appelé à y participer (ou allait être appelé), Tolkien eut ces mots : « Etre emporté en pleine jeunesse par 1914 n’a pas été une expérience moins abominable qu’en 1939… en 1918, tous mes amis proches, sauf un, étaient morts. »

 

Garth fait d’ailleurs remarquer que le peu d’autobiographie présent dans ces écrits de jeunesse a en grande partie été gommé par les réécritures ultérieures. En 1939 le Hobbit était en pleine révision, et Le Seigneur des Anneaux à l’état d’ébauche. John Ronald Reuel Tolkien, qu’on le veuille ou non, et qu’il l’ait reconnu lui-même ou pas, a vécu l’horreur de la guerre, et ses écrits s’en ressentent.

 

L'ouvrage de John Garth a été salué et bien perçu par la critique anglo-saxonne, car il a permis d'éclairer sous un jour nouveau la genèse de son oeuvre, mais aussi la seconde guerre, au travers de la vie de l'un des écrivains qui l'ont traversée en tant que combattants. La lecture en est un peu aride, une bonne partie du contenu (et pour cause) se cantonnant à du factuel. Et par ailleurs il vaut mieux avoir une certaine connaissance du Legendarium tolkienien pour bien saisir certaines remarques. Le portrait, même s'il n'est pas très attirant, est convaincant.

 

A noter dans les bonus, outre une abondante bibliographie ainsi que la liste impressionnante des sources données en notes, une petite chronologie de la bataille de la Somme du côté de Tolkien ainsi qu'une carte des lieux, pas très claire.

 

Spooky

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