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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions
Avertissement de l’éditeur :


Cette œuvre est une histoire abracadabrante qui n’intéressera personne hormis les individus concernés par des faits malheureusement réels, romancés, maquillés et édulcorés par l’un des protagonistes.

Nous ne garantissons donc pas son authenticité intégrale, sa transparence ni même sa moralité.




Il était une fois l’histoire d’une rue résidentielle, la rue des poteaux située à la limite d’une petite ville appelée Vieux-Sac.

Depuis quelques temps y régnait un climat délétère confinant à une guerre larvée, le conflit opposait une seule famille, les Labarbe, à une bonne moitié de ses voisins de trottoir.
Le point de départ de la discorde avait été l’installation d’un terrain de Babel-Ball de fortune afin de distraire (et d’occuper) les jeunes pousses désœuvrées de la rue.
Comment ? Vous ne connaissez pas le Babel-Ball ? C’est pourtant un jeu très simple et ultra-populaire : une sphère en peau de mouffette (ne vous approchez pas d’une mouffette : sa flatulence naturelle vous parfumerait de telle façon que vous seriez aussi indésirable qu’un contrôle fiscal lorsque vous êtes à la tête d’un club de foot...) que deux équipes de trois joueurs se renvoient à l’intérieur d’une grande cage pyramidale en verre, chaque point étant salué par un grand éclat de lumière verte.

La première altercation avec Mme Labarbe (Jéhunpénice Danlatette étant ses prénoms) portait sur le fait que la lumière «empêche de regarder les étoiles et perturbe les hormones».
L’un des garçons, Omiel, précisant qu’il s’agissait là de leur unique moment de détente passé en commun, annonça que l’on ne jouerait plus dans la dernière part-temps de la journée et qu’ainsi elle pourrait observer à loisir la Voie Claquée, même sans lunettes de lune.
Quant à ses hormones, il lui fut répondu qu’elle était «assez vieille pour se contrôler» (et peut-être même assez vieille pour ne plus en avoir l’utilité, pensèrent certains des jeunes gens présents ).
En effet, suivant des formations différentes (Fainéantise, Escroquerie, Manipulations humano-animales...), ils ne pouvaient se retrouver que très tard dans la journée ; le Babel-Ball étant un passe-temps à la mode à l’époque, ils avaient décidé, d’un commun accord, de s’y adonner avec plaisir et sans retenue.
Quelques décades plus tard, les jeunes gens s’étant entraînés au-delà de l’heure convenue, totalement pris par le jeu, ils virent sortir de son antre (avec force cris et fracas) la douce Mme Labarbe intégralement hystérique et échevelée, aboyant à la bande qu’ils avaient «débordé les bornes de la politesse» et qu’elle n’hésiterait pas «à faire appel à la Patrouille Impériale si la violation de nos accords verbaux se prolongeait».
Totalement abasourdis, les adolescents la regardèrent débiter un flot de menaces comparable au Gulf-Stream ; il y avait là Omiel, Padpanic, le plus âgé, Ephédric le sportif, Pétomarc le crack de Babel-Ball, mais également Patine et Patrie, deux filles.

Padpanic était figé dans la position de frapper la balle avec sa palette de titane, bouche-bée face à la scène grand-guignolesque.
Omiel s’étant avancé afin de s’excuser du débordement puis lui demander de la mettre en veilleuse -avec ménagement-, elle a viré du rosé au rouge pivoine et, interpellant son tendre époux, a commencé à critiquer vertement l’éducation que leurs parents inculquaient aux jeunes gens.
Cette remarque ayant fait bondir et se diriger ceux-ci vers l’entrée de leur résidence, les Labarbe décidèrent de battre précipitamment en retraite, sous les quolibets et les noms d’oiseaux délivrés par les adolescents furieux.
Renonçant à les suivre, ils décidèrent de rentrer chez eux et de tout raconter à leurs parents éberlués. Par la suite, bien des soirées furent consacrées à commenter l’incident dans tous les sens ; on avait par exemple compris, grâce à des éclats de voix ponctués d’insultes fleuries, que c’était Madame qui portait la culotte dans le ménage Labarbe ; mais plus étonnante était la couardise démasquée du cher mari, prénommé Peurard, qui passait auparavant pour un homme éminemment sympathique, voire chaleureux.
Le plus triste dans l’affaire était que les enfants du couple terrible, Clope-Camel et Camomille, que déjà on voyait relativement peu, ne sortaient plus à découvert en vue d’un voisin, alors que les «pauvres chérubins» n’étaient pour rien dans l’affaire.

L’atmosphère passa donc en quelques décades de la quasi-amitié chaleureuse à l’indifférence haineuse teintée d’un sentiment de gâchis insurmontable. Mais le pire restait à venir...


A peine deux révolutions après ces premières escarmouches vint la fraise sur le gâteau (ou la fleur sur la tige, si vous préférez). Un jour de saison chaude, la glace et la cellulite fondaient à vue d’œil, les pins frémissaient de plaisir sous la caresse bienfaisante et lascive des rayons dorés bercés par une brise maritime hélas trop courte pour être véritablement rafraîchissante, les criquets et les starlettes chantaient à tue-tête qu’ils étaient les plus beaux, la température était élevée et faisait suer à grosses gouttes mains, aisselles et pieds (vous voyez, j’essaie d’installer l’atmosphère, tout en ménageant un suspense insoutenable).

Donc, ce jour-là, Pétomarc et Patine étaient les seuls membres de la bande à jouer dans la petite tour de verre, les autres étant partis en vacances ou ayant d’autres obligations à remplir.
Pétomarc étant allé chez lui afin d’aller chercher un outil (je l’ai écrit, c’est un terrain de fortune), il fut surpris, en revenant, de voir Peurard Labarbe courir vers la pyramide avec un marteau à air comprimé dans la main ; en effet, pour mettre le terrain hors-service, il suffirait de briser l’une des arêtes.

Patine s’étant interposée, Peurard tenta de la frapper avec le marteau. Alerté par les cris de la jeune fille, Omiel sortit de chez lui en trombe et prit l’homme à la gorge, ce qui lui fit lâcher son arme et rentrer au galop chez lui, où il se claquemura.

Mis au courant des événements, Vivier, le père de Patrie, voulut à plusieurs reprises s’expliquer «physiquement» avec l’agresseur de sa fille, mais Pétomarc réussit à l’en dissuader. De ce jour, les parents concernés se mirent à honnir la maison du coin de la rue et tout ce qui y avait trait, allant jusqu’à y envoyer des tracts émis par des sectes idéologiques illuminées.
De plus, les noms des nouvelles amitiés du couple Labarbe témoignaient du vide relationnel dans lequel ils avaient sombré : Jambon Aryen, Julot Grosnaseaux, Godefroy de Couillon de la Trouille Pissante...


Mais en tous les cas, personne ne sait comment l’histoire s’est conclue. D’aucuns prétendent que le père d’Omiel, entrepreneur impérial, aurait fait fermer le Manoir Labarbe (raison officielle : vermine grouillante...) et y aurait fait construire le plus grand complexe mondial de Babel-Ball ; on dit aussi que le père d’Ephédric, patron d’une agence de voyages, aurait fait déménager sans ménagement le ménage au Pôle Sud, où les jours et les nuits durent six mois (il faut contenter tout le monde, disait Constipus, le philosophe), et là seules les otaries jouent au ballon...


31 mai 1994



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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

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Les romans de vampires sont tellement à la mode en ce moment qu'il commence à devenir difficile d'y voir clair. Au ilieu de l'omniprésence des équivalents dentus du clafoutis, à savoir la saga Twilight, on trouve des petites perles, des oeuvres qui sortent réellement du lot.

 

Les Radley est de ceux-là. Ca commence comme une gentille parodie de la série précitée (et d'autres), puis soudainement le virage du sérieux est pris, et l'on est malgré soi embarqué.

 

Dans la petite ville de Bishopthrope, en Angleterre et de nos jours, les Radley tentent tant bien que mal de vivre une vie normale malgré leur condition de vampires. Peter, le père, est médecin, et maintient son mariage à flot grâce à l'amour qu'il porte à Helen mais qui n'est pas partagé. Helen quant à elle ne peut aimer Peter comme elle le souhaiterait car elle a été convertie secrètement par le frère de celui-ci, Will. La conversion est un rituel vampirique qui consiste à échanger les sangs entre un vampire et l'une de ses victimes, la transformant irrémédiblement en créature de la nuit et en en faisant des amoureux intemporels. Un syndrome Tristan et Iseult horrifique en quelque sorte. Leurs deux enfants adolescents n'ont pas conscience de leur véritable nature. En effet leurs parents ont décidé avant leur naissance de devenir abstinents, c'est à dire d'éviter autant que possible de sucer le sang humain. Cela signifie se nourrir au maximum de viande rouge fraîche et crue, se protéger la peau avec de l'écran total indice 60... Mais un incident va tout changer.

 

En effet au cours d'une soirée lycéenne la jeune Clara va devoir repousser les avances alccolisées d'un camarade, qui insiste trop. Cédant à ses instincts, la jeune fille finit par saigner à mort son agresseur. Elle appelle à l'aide ses parents, qui vont devoir escamoter le corps, non sans avoir auparavant fait appel à l'oncle Will, qui entraîne dans son sillage une unité d'enquêteurs spécialisés dans les quenottes. S'ensuit une succession de situations diverses, oscillant entre l'ouvertement grotesque et le trépidant. 

 

Matt Haig n'est pas un spécialiste du vampirisme, mais c'est un bon écrivain. Il découpe son roman de façon très nerveuse, avec des chapitres courts (4 ou 5 pages en moyenne), alternant les scènes avec les différents protagonistes (une dizaine au total) vers un crescendo total et final. On est très vite happé par son écriture à la fois dynamique et moderne, et on ne lâche pas le bouquin avant la dernière page, ce qui m'est arrivé rarement ces derniers temps. Je n'oserais dire que ce bouquin a renouvelé le genre vampirique, mais il en propose une variation très intéressante, qui ne verse pas dans le gothique larmoyant ou le pseudo-romantisme à deux sous. De plus on baigne dans une ambiance d'humour noir britannique (mais pas absurde, attention !). Les vampires en question peuvent voler, certains hypnotiser leurs interlocuteurs, mais Haig a le mérite de ne pas abuser de ces pouvoirs, pour rendre ses personnages plus attachants. Le decorum vampirique est donc relativement discret, et la lecture de ce livre pourra sans doute contenter les amateurs de fantastique (et pas seulement les vampirophiles) et les lecteurs avides de qualité d'écriture.

 

Lisez-le ou je vous mords !

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

L’appel fut entendu.

Dans un immense champ de blé enflammé par une lumière crépusculaire, des aiguilles de pierre frémissaient d’excitation, caressées par un tiède vent d’automne. Leurs ombres déchiquetées s’étiraient paresseusement au milieu des jeunes tiges. Seuls quelques criquets lançaient leurs frottements aigus à la rencontre des lucioles qui erraient ça et là avant de disparaître progressivement. Erigées en des temps immémoriaux et obscurs, certaines de ces pierres étaient gravées de runes arctiques et oubliées. Le soleil blafard achevait de se diluer dans la mer d’encre au loin. Le ciel, décliné du rouge flamboyant au noir glacial, semblait protester encore par une fine bande outremer et indigo qui se fondit bientôt dans l’ombre expansionniste. Les seules lumières subsistantes étaient celles de la lune et des étoiles se mirant dans l’écume furieuse et les aiguilles de pierres. Celles-ci désignaient désormais un ciel ténébreux où scintillait la Voie Lactée dans sa totalité. Soudain surgit une nouvelle lumière là où l’instant précédent sommeillait le néant. La palpitation de ses consœurs sembla s’intensifier lorsque la nouvelle venue accrut son rayonnement, qui s’accompagnait d’un frottement muet. Puis le ciel bascula vers le cadran perrin. Il y eut un grand éclair blanc, révélant le monde qui se drapait dans le voile pudique de la nuit, malgré l’absence totale de nuages. L’atmosphère diffusa une forte odeur d’ozone et de métal chaud. L’étoile se posa dans la foulée de l’éclair au centre de l’assemblée monolithique. Dans le prolongement des rayons ténus projetés par l’étoile, les menhirs semblaient se trémousser de plaisir (ou de peur ?). L’herbe brûlée dégageait une forte vapeur entre les pieds de l’intrus céleste. Un chuintement étouffé se fit entendre, s’amplifia et des arcs électriques pluricolores jaillirent de l’ouverture par laquelle filtrait une lumière aveuglante qui semblait figer l’herbe haute et la pierre dans une blancheur gelée. Emergeant comme d’un rêve de la brume parcourue de parasites multicolores qui régnaient à l’intérieur de l’engin, une créature frêle se dirigea avec maladresse vers l’ouverture, appuyant ses crochets sur la rambarde luisante plongeant vers le sol. Risquant sa tête glabre au dehors, elle tourna la tête de tous côtés. Visiblement satisfaite, elle poussa un petit râle suivi de sons gutturaux : répondant à son signal, plusieurs de ses congénères s’extirpèrent avec peine du vaisseau.

Posant des pieds mal assurés sur l’herbe grillée par les réacteurs (à présent silencieux ), ils se déployèrent tout en discourant vivement dans le champ enluneillé. Chaque créature se rapprochait d’un menhir et y appliqua ses crochets comme s’il voulait l’arracher à la pesanteur de la terre. Une mélopée gutturale et mélancolique s’échappa d’entre leurs crocs et s’éleva vers les immensités glacées. L’air semblait de plus en plus épais tandis que quelques lucioles volaient ça et là, sans but précis. Les chanteurs accentuèrent leur cantilène et soudain la scène fut éclairée plus fort qu’en pleine journée. Sans cesser de murmurer, ils se tournèrent vers le centre du cercle. Une lumière phosphorescente enflammait le vaisseau et s’élevait en une colonne tremblotante dont le faîte était invisible dans le ciel constellé, tel un totem vivant cherchant à rejoindre le dieu auquel il était dédié. Des étoiles se mirent alors à bouger et à entamer un étrange ballet. Une constellation spiralée se forma dans l’espace et grossit tout en s’approchant de la planète. La chanson s’était changée en acclamations joyeuses et triomphales, et les créatures élevaient leurs membres vers la formation céleste plus proche d’instant en instant. Soudain les runes gravées dans l’âme des pierres se mirent à scintiller et à chanter une mélodie sirupeuse s’harmonisant avec le gémissement croissant des énormes réacteurs. La scène vit son éclairage augmenter jusqu’à être comparable à celui du milieu de jour d’été : les menhirs et leurs amants trans-spaciaux n’avaient pas d’ombre. Le monde, pour un observateur placé au milieu de la scène, aurait paru figé dans une blancheur ruisselante uniforme durant quelques secondes interminables. Puis tout redevint soudain silencieux et ténébreux. De grandes portes grinçantes s’ouvrirent lourdement dans la nuit et les gueules lumineuses vomirent des hordes éructantes et impatientes sur l’herbe carbonisée. Une multitude grouillante remplissait à présent les espaces entre les vaisseaux cliquetants commençant à refroidir. La mer, dont le murmure avait été éclipsé par le débarquement céleste, rappelait à tous sa présence en redoublant de fureur contre les brisants luisants dans une indicible suite d’explosions liquides. Mais les envahisseurs n’y prêtaient pas le moindre intérêt, car la grande étendue liquide serait bientôt à leur merci, tout comme le reste de la planète.



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Un coup sourd réveilla le renard. A la fin de l’automne, il s’était lové au fond de ce terrier afin de passer l’hiver à l’abri. Ses Fonctions s’étaient ralenties dans l’exiguïté paisible et sombre pendant quelques jours. Le bruit à présent ressemblait à un cliquetis métallique ponctuant un ronronnement lugubre. La terre vibrait en écho, ce qui fit trembler le renard qui laisser échapper quelques petits gémissements terrifiés. L’étrange et inquiétante rumeur se prolongea durant plusieurs heures, écrasant tous les petits bruits du bois. Bien longtemps après que les derniers échos se furent atténués au loin, le renard se décida timidement à se diriger vers la sortie de son antre. La lumière blafarde qui pénétrait dans le tunnel humide exhalait un arôme chaud de métal, enivrant pour le petit prédateur car apparenté à celui du sang. Lorsqu’il émergea à l’air libre, la senteur se fit plus forte, obligeant le renard à rentrer précipitamment dans son trou, sous la menace d’un évanouissement dû à l’asphyxie. Il avait cependant eu le temps de jeter un bref regard circulaire sur ce qui aurait dû être un sous-bois ombragé et moussu. Ce n’était devenu qu’un champ désolé, jonché de troncs écorchés et pourris. Une étrange vapeur gris-vert survolait érotiquement le lieu.



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Pour un observateur céleste, le globe habituellement bleu et brun était en train de subir une dégénérescence irréversible. De longs sillons argentés, crus et flous, ravageaient les étendues terrestres, laissant d’immenses balafres de plus en plus rapprochées, baignant dans une glauque gangue gazeuse, substitut de l’ancienne atmosphère translucide. Sous l’effet de la chaleur extrême, les mers et océans fondirent instantanément, donnant à la planète bleue un visage peu engageant, aussi ridée, pustuleuse et crevassée que sa compagne-rejeton qui lui tourne autour depuis des temps plus anciens que la vie elle-même. Au bout d’un temps qui n’avait plus d’importance pour ce qui fut les habitants de la planète, des traits lumineux jaillirent de sa surface tel un fugace feu follet d’artifice pour rapidement s’évanouir dans les abysses sidéraux. Puis le silence redevint universel.

Peu à peu la brume verdâtre se dilua dans l’ozone, modifiant les proportions de ses différents éléments gazeux propices aux premiers frémissements. Une poussière d’étoile se désolidarisa de ses consœurs flottantes pour errer de-ci de-là à la recherche de son évolution, frissonnant au contact de l’air de plus en plus froid et humide. Les nuages se crevèrent sous l’impulsion d’éclairs orangés résultant du frottement des petites particules grouillant dans les hautes couches du ciel. Les creux assoiffés de la croûte martyre connurent à nouveau l’ivresse ascendante de contenir de l’eau, dispensatrice de beaucoup de bienfaits. La petite poussière, plaquée par les gouttes, tomba dans une nouvelle mer qui recouvrait presque toute la surface du globe. A très faible profondeur, réchauffée par la caresse lainée du soleil filtrant, la poussière grossit un peu, acquit un cerveau minuscule prolongé par les antennes cristallines lui permettant de ressentir ce qui l’entourait. Un temps plus tard, elle ressentit le besoin de se déplacer dans l’élément liquide et des petites membranes dentelées apparurent sur ses flancs, de chaque côté d’une cavité buccale lui permettant d’avaler les autres poussières en suspension, sa seule nourriture. Bientôt poussèrent des globes oculaires et lorsqu’elle émergeait sa tête difforme de l’eau, la poussière contemplait les limites solides de son domaine, parsemées de petites plantes vertes (tout comme le fond de l’eau). Un moment elle voulut en voir plus et s’approcha du rivage, aidée par le ressac. Ne pouvant se hisser sur le sable où elle se serait embourbée sans le retour régulier de l’océan, elle se mit à longer la plage sans relâche, s’appuyant sur ses faibles nageoires ; celles-ci se raffermirent bientôt et lui permirent d’évoluer sur le sol. Elle se nourrit des plantes que son olfactif appendice lui permit de sélectionner, grimpa sur celles-ci, car certaines s’élevaient vers les cieux, portant des fruits juteux et vénéneux. Du sommet de l’un des arbres, la poussière d’étoile contempla ses semblables qui avaient accompli le même chemin mais avaient bifurqué du point de vue morphologique. Certains se servaient d’outils pour fabriquer des armes, d’autres parquaient des animaux divers, d’autres encore tentaient d’établir un langage commun et cohérent afin de vénérer les dieux.

Un jour, ceux qui s’appelaient des hommes essayèrent une nouvelle arme. Elle se manifesta par un énorme champignon de poussière en même temps qu’une éblouissante lumière embrasait les cieux. Le poison se dispersa dans l’atmosphère, vouant toute vie à une mort inéluctable. Des relais sophistiqués disséminés aux points sensibles enregistrèrent l’événement et toutes ses conséquences ; ayant acquis une somme suffisante d’informations, ils envoyèrent un signal dans les solitudes éthérées, en direction d’une lointaine civilisation évoluée. La réception du signal entraîna une grande effervescence dans la cité stellaire. Un premier vaisseau de reconnaissance est envoyé vers l’origine de l’appel, en attendant l’organisation de l’expédition d’invasion, beaucoup plus massive. Les réacteurs rugirent pour arracher les superstructures métalliques au sol spongieux. Le but du voyage étant très éloigné, l’ordinateur de bord passa en pilotage automatique et l’équipage se glissa dans des alvéoles frémissantes pour un sommeil artificiel et prolongé. Dans des solitudes glacées, le vaisseau glissait silencieusement car il n’y avait aucune créatures pour l’entendre et le son ne se propage pas dans l’éther ; il se dirigeait lentement et sûrement vers la petite planète qui avait commis la faute fatale d’utiliser la faute fatale d’utiliser l’arme ultime. Par rédemption, le peuple des étoiles portait en même temps l’absolution et l’anéantissement, afin d’éliminer un éventuel futur rival dans la conquête de l’espace. Le destin arriva au-dessus de la petite planète cent révolution après l’expérience fatale, choisissant un point plongé dans l’obscurité de la nuit pour épouser sa surface, tandis que la force d’invasion arrivait à son tour.



*************************



A présent que le moment est venu, je porte la dernière main à ce témoignage. Je m’appelle Faulkner et je suis élémentaliste, ce qui signifie que mon champ d’étude englobe les pierres, les plantes et les arbres. C’est ainsi que j’ai pu, grâce à l’avancement technologique, découvrir l’histoire de la Terre inscrite dans les gènes de la nature. La vie est ici un éternel recommencement : du néant surgit une poussière, la vie se développe lentement jusqu’à parvenir au stade humain. La bombe atomique est expérimentée, ce qui signifie pour nos envahisseurs d’outre-espace que nous devenons dangereux. Alertés par un signal déposé lors des précédentes invasions, ils organisent une expédition destructrice. Ils maintiennent ainsi leur suprématie cosmique et je tremble en me demandant si d’autres mondes subissent le même châtiment. Je sais que mon destin est de disparaître, comme toute vie à la surface de cette planète. Mon intention n’est pas de devenir immortel, mais plutôt de laisser un souvenir, un témoignage de ce qui s’est passé et se passera encore. Je confie ce message à une petite capsule qui va partir graviter autour de la terre. Peut-être pour des millénaires. Mais j’espère que celui, qui le trouvera prendra conscience de la cruauté de ce peuple dont j’ignore jusqu’au nom (si tant est qu’il se donne un nom) et mettra tout en œuvre pour enrayer la purification cosmique dont il est l’auteur. Je vais lancer la capsule d’ici quelques minutes, car je commence à voir bouger les étoiles au-dessus de ma tête. Ici camouflé sous un abri rudimentaire près d’un cromlech d’un champ du Pays de Galles, j’attends l’arrivée de la nef de reconnaissance, pour contempler ces destructeurs avant de mourir.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

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Il y a deux sous-genres à la mode en ce moment dans le cinéma fantastique : les vampires et les zombies. Les histoires d'épidémies sont un peu moins sous le feu des projecteurs, mais de temps en temps un film sort sur le sujet. c'est le cas d'Infectés, qui vient de sortir à la location et à la vente. J'avais lu ici ou là des bons échos, mais je pense qu'il va falloir changer de sources : éviter les critiques grand public, et me fier plutôt aux recommandations des amis dont je connais les goûts. Parce que pour le coup -et le coût- j'ai vraiment eu l'impression de perdre mon temps.

 

Le film débute avec quatre jeunes gens qui semblent fuir quelque chose dans une voiture sur la route. Ils croisent un autre automobiliste, qui demande un peu d'essence. Mais l'apparition derrière la portière d'une petite fille aux traits tirés, dont le visage est protégé par un masque recyclé par Roselyne Bachelot provoque une réaction de panique et les jeunes gens partent sans delmander leur reste. Un accident survenu peu après les oblige à revenir vers le père et sa fille, qui se retrouvent "parqués" à l'arrière de la voiture, après que celle-ci eût été dûment désinfectée... En effet la petite fille, comme visiblement l'immense majorité de l'humanité avant elle est porteuse d'un virus -proche de la grippe aviaire ?- qui tue irrémédiablement ceux qui le contractent. Les jeunes gens roulent vers la côte, vers une station balnéaire où deux d'entre eux, des frères, ont des souvenirs joyeux.

 

Un scénario basique, qui peut donner du très bon, on l'a vu avec La Route, au sujet similaire, mais aussi de l'excessivement médiocre. Et Infectés n'est pas loin d'émarger dans cette catégorie... Commençons par les acteurs. La plus connue du casting est Piper Perabo, qui a joué dans Le Prestige et la Crypte. Quant à Chris Pine, qui joue son petit ami, mis à part la tête d'affiche dans le Star Trek de JJ Abrams, c'est surtout un acteur de télévision., même si on le retrouve à partir de cette semaine dans Unstoppable, de Jake Scott, le fils de Ridley (ou de Tony, je sais plus). Il y a environ cinq autres rôles parlants dans le film, mais c'est tout. C'est quasiment un huis-clos, mais on sent le côté fauché de la production poindre. Un sentiment qui se renforce avec les décors ; certes, ils sont grandioses, on se balade dans le grand Ouest américain, mais les villes traversées sont désertes, alors qu'elles devraient être jonchées de cadavres, et l'essentiel des scènes est tourné à l'intérieur de deux voitures, ou autour d'un feu de camp. Les personnages sont particulièrement idiots (et... propres), comme souvent dans les productions de bas étage américaines, et agissent la plupart du temps au mépris du bon sens. Les jeunes gens récurent une voiture ayant transporté une infectée, mais n'hésitent pas à récupérer un trousseau de clés des mains d'un autre, sans se protéger. D'autres survivants les laissent partir à cause du risque d'infection, mais veulent garder les filles. Quand le risque est sanitaire, on évite de laisser penser son pénis...

 

 

Au-delà de ces défauts narratifs, les frères Pastor, co-scénaristes et réalisateurs, filment de façon molle les pérégrinations de leurs survivants, les évènements sont téléphonés, et tellement rares qu'on les voit venir à cent kilomètres... On frôle la série Z la plupart du temps, quand même.

 

 

Alors bien sûr, le sujet du film est le comportement d'un être humain normal lorsqu'il se retrouve confronté à une situation extrême, mais si les scènes sont déjà vues, le discours est lui complètement banal, même si un fratricide est toujours possible.

 

Pas suffisamment nul ou outré pour en être drôle, relativement mal joué et filmé sans talent, Infectés est une daube.

 

Mauvaise pioche.

 

Spooky.


 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

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Ma première rencontre avec David Day ne fut pas, loin s'en faut, une véritable réussite. Pourtant j'avais gardé à l'esprit qu'il me fallait lire certains de ses autres ouvrages d'éxégèse du monde tolkienien pour parfaire ma connaissance de celui-ci. Ce Tolkien's World n'est pas Tolkien's Ring, du même auteur, mais sa lecture ne fut pas pour autant aussi décevante que la précédente. Et puis soyons honnêtes, le fait de tomber par hasard dessus dans une bouquinerie à un prix trois fois moindre que celui du neuf m'a bien aidé à vaincre mes hésitations.

 

Cet ouvrage, écrit en 2003, s'applique donc à donner des clés de lecture pour Le Seigneur des Anneaux (eh oui, éternellement), en ramenant nombre de ses éélements à la mythologie, ou plutôt aux mythologies. Le sommaire nous propose un découpage relativement étrange de ceux-ci, jugez-en plutôt. On commence par la découverte de la Terre du Milieu, ou une analyse des lieux et des époques relatifs à cette terre imaginaire et mythique. Day s'attache ensuite à nous faire découvrir les différentes divinités, bénéfiques ou maléfiques, qui président à sa destinée, ou pas. Day se rapproche à nouveau de la terre, ou plutôt de ses habitants, en nous parlant des différentes peuplades : Hommes, Elfes, Nains, Hobbits et Ents bien sûr, mais aussi les Trolls, les orques, les dragons... Ensuite les ethnies de chacune de ces peuplades, pour repartir vers les figures mythiques, comme les magiciens, les spectres de l'anneau, les goules (telles Gollum) et les Hommes libres. J'avoue que ce découpage m'a laissé quelque peu circonspect. Pour ma part j'aurais parlé des différentes peuplades sans faire ensuite de croisements transversaux, du moins avec les éléments dont il disposait. Car il n'évite ainsi pas les redites, voire les contradictions, certes rares.

 

Day ramène donc la plupart des ces éléments à des figures mythologiques, qu'elles soient nordiques, celtes, rhénanes, grecques antiques voire hindouistes. Autant pour la plupart des influences européennes (au sens large) je ne peux qu'agréer, en ayant d'ailleurs étudié moi-même, bien que très superficiellement, autant pour d'autres je reste circonspect. On a parfois l'impression que David Day tente d'inscrire l'oeuvre maîtresse de Tolkien à une sorte d'universalité à tout prix, et surtout à celui de la vraisemblance parfois. Il faudrait croire qu'il aurait récupéré presque toutes les figures entre les premiers âges de l'homme jusqu'à son époque, et dans toutes les traditions allant de l'Extremadure au Tibet. J'exagère bien sûr,, Tolkien revendique ces emprunts, du moins ceux dont il est conscient, mais Day n'étaye pas certaines de ses théories, par peur sans doute de ne révéler que le vent qu'elles contiennent. C'est bien dommage, car son ouvrage est tout de même intéressant, pour peu que l'on évite d'approfondir ce qu'il écrit. C'est clairement à l'usage du grand public, et les sorties récentes d'ouvrages de chercheurs (dont quelques-uns sont chroniqués sur le présent blog), sans compter d'autres qu'il liste lui-même en guise de bibliographie en fin d'ouvrage, permettent de nuancer, voire de biaiser complètement certaines de ses affirmations. 

 

Je suis volontairement assez critique car son ouvrage a des atours séduisants. La maquette est splendide, très aérée, illustrée par de nombreux dessins dont je ne connaissais pas les auteurs, et dont certaines valent réellement le coup d'oeil. Disons que pour une première approche interprétative de l'oeuvre du professeur, ce n'est pas mal. Mais si l'on veut bien saisir l'essence de son oeuvre, mieux vaut se tourner vers d'autres sources, plus sérieuses.

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres
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A comme Association est le projet de deux auteurs français : Pierre Bottero, décédé il y a un an, et Erik L'Homme. Les deux auteurs avaient envisagé ensemble cette saga jeunesse dans un univers fantastique qui tient autant de la Bitlit (version soft, public jeunesse oblige) que de Harry Potter. A l'origine, chaque auteur allait avoir son personnage dans cet univers, personnage qu'ils feraient chacun évoluer à leur tour. Pierre Bottero décédé, Erik L'Homme a pris le temps de réfléchir à l'intérêt de sortir quand même la série, sachant que plusieurs opus étaient déjà prêts. Par respect pour le travail de son ami et leur création commune, il a finalement décidé de publier les tomes existant,s et de prendre en main les deux personnages à la suite.
Le premier opus mettait ainsi en scène Jasper, un jeune sorcier aux prises avec un trafic de drogue destiné aux vampires. Une histoire à la croisée des chemins entre polar, fantastique et roman jeunesse. Un premier opus rafraîchissant, assez axé humour.

Le second tome reprend la chronologie à son départ mais va s'intéresser à un autre personnage :
Elle s'appelle Ombe, est lycéenne à Paris et adore la moto. Elle a aussi l'incroyable pouvoir d'être incassable ou presque. C'est pourquoi L'Association l'a recrutée comme agent stagiaire. Une stagiaire de choc, qui fait des débuts remarqués en explosant une bande de gobelins devant tous ses camarades de classe. Le problème ? La discrétion est une obligation absolue au sein de L'Association, comme le lui rappelle Walter, son directeur. Et à force de foncer tête baissée, Ombe l'incassable risque fort de comprendre ce que «ou presque» veut dire.

Après avoir suivi Jasper sur les traces d'un trafic de drogue vampirique, c'est ainsi au tour d'Ombe de prendre le lead de l'histoire, et à Pierre Bottero de nous ramener à cet univers réalistico-fantastique qu'il a mis sur pied avec son compère Erik l'Homme. Le résultat est bien sympathique, voire un léger cran au-dessus du précédent. L'univers étant maintenant en partie jalonné, Pierre Bottero a sans doute eu plus de facilité à faire évoluer son personnage, qui nous avait déjà été introduit à travers ses échanges avec Jasper. Les deux histoires se déroulent en parallèle, on croise donc avec plaisir Jasper et l'intrigue du premier roman en de nombreux passages. L'intérêt étant cette fois de les envisager sous le point de vue d'Ombe, qui propose une vision tout sauf répétitive.

Psychologiquement plus fouillée, Ombe est un personnage qui semble renfermer plus de mystères que Jasper. On sait d'où viennent les capacités de celui-ci, mais celles d'Ombe, si on parvient à les identifier assez vite, restent d'origine mystérieuse. Le style est assez différent du premier opus, peut-être moins orienté humour mais pas moins amusant. Destiné à un public jeunesse, cette suite souffre à mon sens du même souci que la première histoire, à savoir une trame principale assez rapidement aboutie, même si l'auteur laisse de grosses questions en suspens (qui risquent fort de rejoindre celles posées par les aventures de Jasper).

Vladkergan.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Vie du blog

Ayé, le n°4 du 'zine de notre communauté vient de sortir, et il est chatoyant ! :)

Vous y retrouverez certains des blogs que j'ai déjà présenté succinctement pour vous.

Le comité d'organisation, chapeauté par Alice, a choisi en ce qui me concerne un billet décalé. Vous y trouverez également le résultat du concours de nouvelles "Terre de dragons", auquel j'ai participé.

 

Pierig, Stéph', ça vous dit pas d'intégrer la communauté ?

 

Bonne lecture !

 

Spooky.

 

Autres Mondes - Zine n°4 - été 2010

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

C’est la nuit d’Halloween…

Je regarde par la fenêtre. Dehors, un voisin vient de jeter une bouteille vide dans une poubelle. Sans doute les agapes d’Halloween. Il y a deux heures des enfants sont venus frapper à la porte pour réclamer des bonbons. Je n’ai pas eu le cœur de refuser. Même si j’ai eu du mal à en trouver, quelques biscuits ont rejoint les monceaux de sucreries qui remplissent leurs paniers…

Moi je n’ai pas le cœur à m’amuser. Car cette nuit d’Halloween éveille en moi de sombres échos, remue de tristes souvenirs… La mélancolie me pousse à me remémorer cette triste époque.

 

 

C’était l’année de mes 17 ans. Elodie était pour moi le centre du monde, à la fois mon soleil, mon noyau, mon monde. Nous étions du même lycée, mais pas du même monde. Elle était magique, aérienne, divine, lumineuse, alors que j’étais un garçon ténébreux, timide, terre-à-terre et maladroit. Nous nous étions rencontrés au cours d’une soirée entre lycéens. Une seule chose nous lia alors : l’ennui. Je ne me souviens plus duquel a engagé la conversation sur la terrasse de l’appartement, mais je sais que s’il n’y avait pas eu un couvre-feu, cela aurait duré toute la nuit, et le jour suivant. Nous avons continué dans la rue, puis devant chez elle. Nous nous sommes revus le lendemain, et tous les jours suivants. C’est comme si nous étions deux parties d’un même ensemble, indissociable, cohérent… c’est très adolescent comme façon de voir les choses ; mais nous étions des adolescents alors. Nous nous sommes aimés, bien sûr. Cela s’est passé quelques jours plus tard, chez moi, à la faveur d’une absence de quelques jours de mes parents. Ce fut un grand moment de tendresse, de passion… de serments en promesses, nous étions bien sûr devenus inséparables, sacrifiant parfois nos amitiés et devoirs sur l’autel de l’amour fou.

 

Et puis Halloween arriva. Bien sûr, Elodie et moi avions prévu de faire une soirée avec quelques-uns de nos amis, une soirée costumée, avec de la musique, des cotillons, quelques substances illicites… Oh, trois fois rien, le genre de truc qu’on a tous essayé à l’adolescence… Elodie était déguisée en sorcière. Elle avait beau s’être maquillé avec toutes sortes de postiches, de fausses verrues, de se balader courbée sous le poids de sa bosse dans le dos, je n’arrivais pas à la trouver laide. Sous les gros yeux cernés de noir, je voyais toujours ces yeux en amande, couleur myosotis. Sous le chapeau pointu, qui avait connu bien d’autres batailles, bien d’autres chevauchées en balai, sous les cheveux filasse se trouvait toujours sa crinière sombre, aile-de-corbeau, qui vient vous caresser doucement le visage lorsqu’elle se tourne vers vous en riant de ce rire cristallin. Ce rire si pur, qu’elle déforme en halètement rauque pour singer la sorcière Plume. Une sorcière de sa création, qu’elle faisait vivre de multiples aventures charmantes (au sens premier du terme). J’étais déguisé en épouvantail. Enfin disons que j’étais habillé différemment de mon habitude. Coiffé d’une énorme citrouille trouée aux endroits stratégiques, j’étais habillé d’une vieille combinaison de mécano bleue de mon père, dans laquelle j’avais fourré de la paille en assez grosse quantité. Et un long bâton passé dans les manches me maintenait les bras constamment à l’horizontale. Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très pratique pour danser. Ou attraper un verre. Ou étreindre la fille qui vous aime.

 

Curieusement, cette particularité m’a peut-être sauvé la vie. Car mes camarades, et Elodie également, en profitaient pour boire un peu, et fumer des substances dont je ne saurais dire le nom. La soirée était bien avancée lorsque la plupart donnaient des signes d’ivresse, ou de vertiges légers. Ca rigolait pas mal dans les coins, j’imagine que ça fricotait aussi. Moi je ne pouvais pas faire grand-chose, à part rire des plaisanteries maladroites des uns, secouer la tête (pas facile, dans une citrouille) aux bêtises des autres, et ouvrir de grands yeux pour contempler celle qui occupait l’immense majorité de mes pensées. Malgré les tentations, elle s’efforçait de ne pas trop consommer, de rester auprès de moi, de discuter comme nous le faisions toujours… Depuis un petit moment, plusieurs de nos camarades s’étaient enfermés dans l’une des pièces de l’appartement. Partouze ? Strip-poker ? Discussion privée ? Tout était possible avec ceux-là, et à vrai dire, je m’en fichais, le seul intérêt que j’avais dans la vie se trouvait devant moi, me souriait, me racontait des histoires envoûtantes…

 

Soudain des cris étouffés se firent entendre. Les rires s’estompèrent, les têtes se tournèrent lentement vers la chambre où s’était enfermé le petit groupe. Une drôle de lueur, rougeâtre, filtrait de dessous la porte. Des chocs sourds commencèrent à se faire entendre, ainsi que des cris stridents. La porte commença à vibrer, puis on sentit que quelqu’un donnait des coups contre le battant. Pour l’ouvrir probablement. Nous étions tous tétanisés, un peu abrutis il est vrai par les vapeurs diverses qui s’étiolaient dans la pièce. Pour ma part, je ne pouvais pas trop bouger.

 

Soudain la porte céda, et plusieurs de nos camarades furent littéralement expulsés dans le salon. Je ne sus alors dire s’il s’agissait de garçons ou de filles, car tous donnaient l’impression d’être passés dans un four à pizza. Tous étaient atrocement brûlés, sur l’intégralité de leur corps. Mais pire que tout, ils n’étaient pas morts. Certains arrivaient encore à gémir, à supplier, à ramper même. Mais nous ne comprenions rien. Je levai la tête vers la porte entrebâillée. Elle s’était ouverte avec tant de violence qu’elle avait buté contre le mur, avant de se rabattre vers l’encadrement. Je n’avais donc qu’une vue partielle de la chambre. Mais cela suffit à me glacer d’effroi. La pièce baignait dans un halo rouge sang, tellement intense que l’on avait l’impression de voir les courants d’air. Certains de mes camarades étaient encore à l’intérieur. Dans des positions impossibles. Suspendus en l’air. Tordus. Un bras énorme, qui n’avait rien d’humain, semblait tenir l’un des cadavres comme si une gueule gigantesque s’apprêtait à l’engloutir. En même temps, un souffle rauque, fait de claquements et de halètements profonds, semblait venir de la chambre, balayant les derniers soupçons de musique, que l’on venait de couper. Mes yeux s’agrandirent d’effroi, mes poils se hérissèrent sur tout mon corps. Je n’étais visiblement pas le seul à commencer à réagir, car je commençai à entendre mes voisines hurler. Je me tournai vers Elodie, pour lui dire de sortir au plus vite de l’appartement. Mais son visage exprima soudain une terreur sans nom, muette. Même comme ça, je n’arrivais pas à la trouver laide. Mais un réflexe primal me fit retourner la tête dans la direction qu’elle désignait, vers la porte… ouverte. Qui avait laissé s’échapper une créature de cauchemar. Sa description ne pourrait que vous apporter que des tourments pour le reste de vos jours. Apparemment la créature avait entendu nos cris, et cela ne lui plut pas. Elle commença à fondre sur nous. Pris de panique, nous commençâmes à courir de tous les côtés, nous heurtant les uns les autres. La créature avalait mes camarades les uns après les autres, en une seule bouchée parfois. Son grondement rauque emplissait toute la pièce.

J’avais réussi à attraper la main d’Elodie pour l’attirer dans un recoin de la grande pièce. Mais hélas, nous n’étions pas les seuls à avoir cette idée. Un de nos camarades trébucha en passant près de nous, et s’étala de tout son long sur moi. J’essayai tant bien que mal de me retenir à une chaise, mais l’élan était trop fort, et je perdis l’équilibre, entraînant Elodie avec moi.

 

Il y eut une seconde d’éternité. Puis un choc immense, quand nous percutâmes la fenêtre qui se trouvait derrière nous. Le fracas était abominable, le grondement du démon se rajoutant aux cris et au bris de verre. Elodie et moi basculâmes dans le vide. De quel étage tombions-nous ? Dans la confusion, mon esprit refusa de délivrer cette information. Deuxième seconde d’éternité. Nos regards se croisèrent. Je ne sais pas ce qu’exprimait le mien, mais celui d’Elodie était éloquent. Elle savait qu’elle allait mourir. Que nous allions mourir ensemble. Son sourire fut la dernière chose que je vis, avant –probablement- de percuter le trottoir.

 

Ce fut le grand trou noir. Je me réveillai dans une chambre d’hôpital, quelques jours plus tard. Les gens parlaient de miraculé. Visiblement, la paille dont j’avais bourré mon costume avait amorti le choc, ce qui fait que je m’en tirai avec de multiples fractures, toutes réduites en l’espace de quelques mois. Mon visage avait subi de sérieux dommages, mais la chirurgie réparatrice avait fait de grands progrès depuis quelques années.

 

Ce qu’il s’était passé ce soir-là avait fait la une des journaux, mais les autorités avaient vite étouffé l’affaire, parlant d’une explosion de gaz. Je mis le temps, mais je finis par découvrir ce qui s’était réellement passé. Le groupe qui s’était enfermé dans la chambre avait voulu faire une invocation satanique. Probablement pour frimer auprès des filles… Autour d’une planche de oui-ja, avec des bougies, quelques signes cabalistiques et des formules proférées à plusieurs reprises, les adolescents avaient entrouvert une porte de l’Enfer. Et un démon s’y était engouffré pour dévorer quelques âmes. Le feu avait commencé à se propager dans l’appartement, parti on ne sait comment, et les pompiers avaient finalement réussi à sauver deux autres enfants du sinistre. Elodie n’était pas parmi eux.

 

C’était la nuit d’Halloween.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

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Il faut vraiment que ce soit un film de vampires, qui plus est précédé d'une bonne réputation pour que je me mette à regarder un film suédois...

Vous riez bêtement, mais imaginez : des personnages avec des coiffures étranges, qui roulent en Lada, des décors qui semblent tout droits sortis des années 1970 en France, slips rouges et bleus compris. Et puis, le cinéma suédois risque de garder sa réputation d'art un peu chiant, avec des scènes contemplatives, des séquences d'ambiance sans intérêt...

Mettons de côté ce dénuement formel pour nous attaquer au fond.

 

Morse nous raconte l'histoire de deux enfants, Eli et Oskar, qui vivent dans deux appartements voisins. Oskar a presque 13 ans, c'est un enfant qui perd peu à peu ses repères après la séparation de ses parents et la persécution que lui infligent des "grands". Il fait la connaissance d'Eli, une fillette de son âge un peu étrange. Elle n'a pas froid alors que lui se gèle les glaoui en discutant avec elle dans le square en bas de leur immeuble ; elle refuse toute nourriture ; elle vit avec son père, qui fait des sorties nocturnes mystérieuses. Mais il est gentil avec elle, et peu à peu Eli brise sa carapace pour laisser apparaître sa vraie nature. [SPOILERS] Eli est un vampire. Pour l'approvisionner en sang, son père va égorger des passants inconnus dans le parc voisin, et recueille leur sang dans des bidons. Mais, lassé par cette vie impossible, il voudra bientôt mettre fin à ses jours.

 

 

 

Malgré son côté contemplatif, le film raconte pas mal de choses, notamment sur la relation amoureuse entre les deux enfants (qui jouent d'ailleurs très bien), et sur les relations filiales de ceux-ci avec leurs parents respectifs, si différentes que soient leurs situations. Le film bénéficie d'une mise en scène sèche, presque clinique, ne s'autorisant que quelques effets par-ci par-là, et relativement discrets. Tout est dans la psychologie des personnages. La petite vampire, qui ne grandira jamais, mais aspire à une vie normale. Le garçon souffre-douleur, qui rêve d'être un jour en mesure de répondre à ses persécuteurs, mais aussi de profiter de ses parents, d'un côté sa mère qui travaille de nuit-probablement dans un magasin, de l'autre son père qui est parti s'isoler dans le désert, mais tue sa mélancolie dans l'alcool avec un voisin. Le père qui veut aider sa fille gravement malade, mais qui doit pour cela tuer de temps en temps...[/SPOILERS]

 

Il y a peu de personnages dans le récit, mais tous ont une importance capitale pour le destin des deux jeunes gens. Qui d'ailleurs ne sont pas forcément ce qu'ils donnent l'impression qu'ils sont. Comme je l'ai dit, c'est une histoire de vampire(s), abordée de façon très psychologique. Le titre du livre dont il est adapté, Let the right one in, laisse d'ailleurs entendre le point intéressant du film : le vampire ne peut entrer chez nous s'il n'y est pas invité... Quant au titre français du film, il fait référence au moyen qu'utilisent les deux enfants pour communiquer lorsqu'ils sont dans leurs appartements respectifs et mitoyens...

 

Adaptation à l'écran du roman de John Ajvide Lindqvist par Tomas Alfredson, Morse est donc un film inattendu, qui intéressera sans doute les amateurs de vampirisme, mais aussi les amateurs de cinéma suédois...

 

Spooky

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

Je me trouvais il y a quelques temps en vacances à l’ouest de la Bretagne (le temps a à présent perdu toute signification à mes yeux, vous comprendrez bientôt pourquoi...).
Une fin d’après-midi, je profitai de la fraîcheur relative pour sortir faire une randonnée en vélo. Je partis au hasard, prenant à chaque croisement le chemin qui me semblait le plus agréable.
Tant et si bien qu’au bout d’un certain temps je me rendis compte que je m’étais égaré, alors que le crépuscule tombait lentement, teintant çà et là le paysage de couleurs chaudes et orangées.

Au bout du chemin bosselé où je me trouvais, j’aperçus comme une trouée : peut-être une clairière ou un croisement avec une voie plus importante ? N’ayant pas d’autre perspective en vue alors que les ombres s’allongeaient, je me rendis en marchant, en poussant mon vélo du bras. Mais ce n’était pas ce à quoi je m’attendais.

Devant moi s’étalait, plane, diaphane, une étendue d’eau de taille moyenne, un étang dont les berges se noyaient dans une brume laiteuse.
Etait-ce le célèbre «Miroir aux Fées» dont parlent certaines légendes arthuriennes, l’un des fameux passages vers «l’autre monde» ?
En tout cas, aucune bulle ne venait crever la surface, aucune grenouille ne manifestait sa présence en ces lieux empreints d’une certaine majesté.
Chaque brin d’herbe, chaque racine naissant dans l’onde semblaient figés dans le temps. Je me rendis compte que le brouillard m’entourait à présent. Mon regard errant sur le pourtour de l’étang s’arrêta sur une avancée à quelques mètres sur ma gauche. Sur une petite corniche herbeuse et moussue se trouvait un être bizarre. C’était un petit humanoïde à la peau blafarde assis en tailleur, comme guettant quelque chose au fil de l’eau. Ses membres graciles, ses dents proéminentes et sa coiffure entrelaçant harmonieusement cheveux gris et feuilles élancées me mirent sur la voie de la vérité : c’était un korrigan, nain légendaire bénéfique ou maléfique.
Je voulus bouger mon pied mais sentis une certaine résistance : j’étais dans la boue. Je me dégageai avec un juron et relevai la tête en entendant à peine un plouf ! étouffé.

La petite corniche était à présent vide. La vision du korrigan est souvent fugitive. Mais un autre plouf ! discret attira mon attention vers le centre de l’étang et me fit me dissimuler.

Quelque part le brouillard sembla danser, décrivant des volutes gazeuses. Peu à peu la brume laissa deviner la forme d’une boule au bout d’un piquet ; non, c’était un crâne humain fiché en guise de figure de proue d’une barque.
Mais plus que l’aspect extérieur, par ailleurs assez repoussant, c’est le contenu de celle-ci qui attira mon regard.

L’équipage était composé d’un seul individu : une ombre noire, de grande taille, la tête encapuchonnée, qui se dirigeait à l’aide d’un long bâton blanc torsadé. Les passagers n’avaient pas fière allure : une dizaine d’êtres chétifs, au teint hâve et courbés comme s’ils portaient toute la misère du monde.

L’embarcation glissait presque sans bruit sur l’étendue de brouillard. C’était un spectacle saisissant ! A ce moment je vis que l’étrange nautonier tournait lentement sa tête dans ma direction et là, dans les sombres profondeurs abyssales de son capuchon, je vis ses yeux.

Deux yeux pastilles argentées sans la moindre expression ; un rire hystérique me parvint alors aux oreilles. Il ne pouvait sortir que de la bouche édentée d’un dément ou... d’un être totalement dénué d’humanité.


Terrifié, je lâchai mon vélo et courus me réfugier derrière un dolmen bordant le chemin accidenté que j’avais emprunté plus tôt, car la sinistre embarcation était sur le point d’accoster.

J’entendis un hennissement, comme un signe de reconnaissance. J’en frissonnais d’épouvante, ne pouvant bouger.

Peu de temps passa. De manière croissante, j’entendis des chocs sur les pierres autour de moi, le brouillard environnant dispersant le moindre son. <

Au bout d’une à deux minutes je réussis à identifier le son : les sabots d’un cheval toquant contre les pierres qui jonchaient le chemin.

La lune qui s’était levée commença à disperser le brouillard. Une nouvelle apparition de cauchemar se dessina devant moi.

Un haut chariot, tiré avec peine par un vieux cheval de somme, avançait en cahotant entre les deux fossés. A ses côtés marchait, tenant toujours sa canne pâle, le nautonier aux yeux d’argent. Dans le chariot se trouvaient les passagers de la barque noire, tous habillés de haillons, tous le regard hanté de désespoir, tous pâles et décharnés...
Une femme maigre, au visage triste, se tenait debout à l’avant de la charrette, serrant son enfant mort-né contre ses seins menus et livides. Au-dessus de l’équipage lugubre se tenait la lune, dardant ses rayons froids sur la scène. J’avais l’impression d’avoir un filtre noir et blanc devant les yeux, et le chariot avançait, sans autre bruit que ceux produits par les sabots et le bâton blanc sur les pierres du sentier.

Lorsque le convoi mortuaire passa devant le dolmen où j’étais blotti, un rayon de lune éclaira le visage du guide : c’était celui de la mort elle-même ! Des yeux enfoncés dans leurs orbites, un visage où apparaissaient ça et là quelques morceaux d’os à travers la chair putréfiée, des dents cariées, jaunes, noires, visibles éternellement dans un rictus figé... Quelques cheveux filasses de couleur grisâtre tombaient en désordre sur cette épouvantable face...

Je m’aperçus que la main qui tenait le bâton blanc comportait beaucoup moins de chair que celle qui reposait sur l’encolure du cheval.

Où que j’aille je me souviendrai toujours de cette scène abominable.

Le temps que je me remette de mes émotions, le chariot s’était enfoncé dans le chemin.

Je me mis à réfléchir. Ce visage d’où pendaient des lambeaux de chair putrescente, c’était celui de l’Ankou, un sinistre personnage qui alimentait nombre de légendes à forte coloration celtique. Cet être peu engageant était le messager de la Mort et lorsqu’il embarque ses «élus» sur sa barque, ceux-ci sont en train de quitter leur vie terrestre. Lorsqu’ils débarquent, ils sont dans «l’Autre Monde» ; mais alors que faisais-je là ? Etais-je mort ? Mais alors comment ? Et pourquoi mon vélo, que j’étais reparti chercher, se trouvait-il avec moi ? Drôle d’histoire !

Je décidai de reprendre ce chemin, n’ayant pas d’autre alternative en vue.


Au bout d’un certain temps, (qui avait probablement perdu toute signification dans cette dimension . . . ) j’entendis des voix sur ma gauche, dans la forêt. Peut-être de l’aide en puissance. Je dissimulai mon vélo dans un fourré de bruyère et m’engageai dans la sente en direction de la voix. Plus j’entendais celle-ci, moins je comprenais ce qu’elle déclamait.

Dans la nuit qui régnait à ce moment, j’aperçus une lueur orangée à mi-distance devant moi : probablement un feu de bois. Je me frayai un chemin oblique, ayant cassé des branches pour marquer mon passage, en direction de la lueur qui était la seule, la lune étant cachée par des nuages d’altitude.

Et là, devant mes yeux éberlués, un spectacle sans pareil se développait. La clairière que je parcourus du regard semblait un concentré de toute la tradition religieuse bretonne. Au centre se dressait un calvaire de cinq ou six mètres de haut, tout en granit. Des dizaines de personnages traditionnels mimaient des scènes saintes sur ses bras de pierre. A proximité se trouvait un arbre mort, totalement peint en or ; ça et là des morceaux de tissus divers étaient embrochés sur les branches, comme des offrandes de fidèles à des divinités animistes. Entre ses racines étaient fichés des dizaines de cierges blancs, mais ce n’était pas eux qui dispensaient le gros de la lumière. Un imposant bûcher crépitait devant le calvaire et produisait des ombres mouvantes du plus troublant effet sur les personnages.

Autour de cette trinité courait un anneau de menhirs, d’une circularité presque parfaite. J’étais dissimulé derrière l’un des mégalithes et contemplais l’étrange cérémonie.

Un groupe de petits lutins dansait la farandole autour du feu de joie, et certains autres jouaient une musique menue, comme chuchotée. Jouer du tambourin, de la flûte de Pan, du biniou leur procurait visiblement du plaisir et, je dois le dire, je n’étais pas loin de sortir de ma cachette pour venir danser avec eux. Mais ils n’auraient peut-être pas apprécié. Ces batifolages étaient agrémentés de libations diverses.


Je n’osais pas me montrer car leur aspect n’était pas humain. Par ailleurs très poilus, leurs crânes chauves renvoyaient les reflets du feu ; tandis que le liquide versait dans leurs gorges, je vis leurs dents déformées ; mais le pire venait de leurs membres inférieurs : c’étaient des pattes de chèvre, avec les sabots et les poils noirs. Les flammes crépitantes projetaient des ombres en une étrange sarabande sur les menhirs alentour.
Presque en face de moi, près des menhirs se trouvait une ombre que je n’avais pas vue auparavant, et mon sang se gela dans mes veines. C’était l’Ankou de tout à l’heure ! Mais il ne participait pas aux festivités, totalement immobile dans son coin. Son chariot et ses victimes étaient invisibles.

Je décidai de m’éclipser et de les laisser s’amuser seuls. Je retrouvai, à force de tâtonnements, la piste de branches cassées et pus rejoindre mon vélo. A la proximité de celui-ci se trouvait un fourré d’assez grande taille. Je tassai quelques tiges et m’y couchai, épuisé. Cette litière improvisée était assez moelleuse.
Après toutes ces émotions, j’avais bien besoin de repos. Tout ce que j’avais vu m’amena tout de même à me poser des questions : Où étais-je ? Ou bien quand étais-je ? Et pourquoi y étais-je arrivé ? Comment pourrais-je revenir dans mon monde ? Ces supputations m’achevèrent et je m’endormis, épuisé.


Je courais dans les bois obscurs, traversés ça et là de quelques rayons blafards. Je fuyais des prédateurs invisibles.

Soudain je me trouvai devant une ombre imposante. Sous le capuchon brillaient deux yeux argentés. L’être se pencha en avant et je vis son sourire crispé.

La créature dit, avec une voix sépulcrale Gekkä dak kenkö ak gada täk ed totägrat.

Des vers tous tout blancs sortaient d’entre ses dents et son haleine pestilentielle me les projeta sur le visage.

Je m’évanouis de dégoût car les larves cherchaient mes orifices pour y rentrer, tandis que j’entendais un rire dément.
Les vers rampaient sur la peau de mon visage en laissant une lymphe blanchâtre...


J’ouvris les yeux. Une forme oblongue se tourna vers moi ; des yeux sombres clignèrent tandis que des petites mandibules remuaient. Une fourmi ! Je m’étais couché sur une fourmilière. J’en avais partout sur le corps. Je me tortillai en tous sens et réussis à en chasser la plus grande partie.

Une fois à peu près tranquille, je regardai autour de moi ; j’étais encore dans le brouillard. Les troncs des chênes s’estompaient dans la purée de pois. J’attrapai mon vélo, recouvert d’une fine pellicule de rosée. La matinée devait être bien avancée, car bientôt les nuées se dissipèrent sous l’action du soleil qui était presque au zénith.

Réprimant les gargouillements de mon estomac, je coupais un sentier que je suivis en direction de l’ouest. Je finirais bien par trouver une ville, une route...
Et effectivement je trouvai quelque chose. Toujours dans la forêt, à une centaine de mètres devant moi se dressait un étrange édifice. Il avait la forme d’un chapiteau de cirque, de couleur blanc cassé, constellé d’excroissances blanches : peut-être des fenêtres ? La construction, d’un diamètre de cinquante mètres, tranchait dans le décor de forêt celtique.


Mais où étais-je encore tombé ?

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