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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

http://sparks.free.fr/vampires/pictures/simmons_les_fils_des_tenebres_lp14120.jpg

 

Dan Simmons est peut-être l’un des auteurs les plus importants de la littérature fantastique de ces vingt dernières années. Avant de secouer la SF avec son Hypérion, qui est très vite devenu un incontournable du genre, il ne s’était fait connaître que par des romans de terreur de qualité assez honnête. Avec Les Fils des ténèbres, il s’attaque au roman vampirique, et quand il s’essaye à un nouveau genre, ce n’est pas pour rien, et pas n’importe comment.

 

Car il aborde ce sous-genre via l’angle scientifique. Oui, c’est possible.


Jeune et brillante hématologue américaine, Kate Neuman débarque à Bucarest afin de se consacrer aux orphelins atteints du SIDA. Là, elle découvre l’étrange cas de Joshua, un bébé qui, à chaque transfusion, développe pendant un court laps de temps une formidable résistance à la maladie… Kate ne se doute pas encore que Joshua l’amènera à s’aventurer dans les mystères d’un pays encore marqué par les légendes de vampires et le souvenir du terrible Vlad Tepes, dont la férocité sanguinaire n’eut d’égale que celle du dictateur Ceaucescu, fusillé peu de temps plus tôt.

 

Nous sommes donc en Roumanie, au tout début des années 1990, une Roumanie encore sous la peur de la Securitate, qui n’a pas disparu avec le régime précédent, un pays où les conditions d’hygiène sont hallucinantes et où les infrastructures feraient pâle figure à côté des pays les plus pauvres du monde. Kate, touchée par la situation dramatique de Joshua, atteint de plusieurs formes de maladies immuno-déficientes, décide de l’adopter et de le ramener à Boulder, au Colorado, avec l’aide d’un jeune étudiant en médecine et d’un prêtre américian pour le moins étrange. Rentrée chez elle, elle met son équipe de spécialistes au chevet de son fils, afin de découvrir quel est cet étrange processus qui permet à son fils de recouvrer temporairement totalement la santé. Ce qu’elle découvre bientôt est effrayant : c’est bel et bien la transfusion sanguine qui permet cette métamorphose. Les implications d’une telle décvouverte sont incalculables : en effet le sida et certaines formes de cancer pourraient être traités. Mais ce dont Kate était à cent lieues de se douter, c’est que Joshua compte aussi énormément pour certaines personnes restées en Roumanie…

 

D’emblée Simmons fait valoir ses belles qualités d’écriture. Son style efficace permet de suivre sans heurts l’avancée du récit, même quand celui-ci se ralentit au moment des explications scientifiques. Si on y est allergique, on peut sauter ces passages sans dommages pour la compréhension du récit. A plusieurs reprises l’action devient échevelée, surtout lors de l’enlèvement de Joshua, mais aussi lors de l’équipée –en side-car !- de Kate et ses amis en Roumanie… Là encore ça fonctionne bien, et seule une séquence, que je qualifierais de jamesbondienne, gâche un peu le final.

 

Le roman contient plusieurs originalités ; d'abord cette attache scientifique qui permet de donner une touche moderne au genre vampirique, bien avant que certains accolent des lycéennes aux suceurs de sang. L'autre originalité est la double narration, qui nous met dans l'esprit de Kate, mais aussi d'un personnage... disons hitoriquement très important pour la Roumanie et pour le genre vampirique... La psychologie des personnages est ainsi très bien rendue, ce qui rend ce récit réellement très agréable à lire. De plus, la vision de la Roumanie de l'immédiat après-Ceaucescu, si elle n'est pas toujours tendre, évite tout de même le cliché du misérabilisme. Une lecture à recommander, même et surtout si les saigneurs de la nuit ne sont pas votre tasse de thé.

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

Pour rendre un petit hommage à une personne que lui et moi aimons bien, l'ami pierig avait depuis quelques temps réalisé un chouette dessin le représentant en plantigrade. M'ayant demandé de rédiger un texte pour l'accompagner, je mis du temps à l'écrire, la récente crise d'inspiration ne m'ayant pas aidé. Puis un jour c'est sorti, et plutôt que de rédiger une sorte de note zoologique hasardeuse, et comme je ne suis pas sûr de mon humour, mon récit a très vite dévié vers le suspense, voire l'horreur, même si le récit se termine e façon opportune. Comme une nouvelle fois nous avons collaboré, c'est donc le texte, dont je suis moyennement satisfait au final, ainsi que l'illustration que je vous livre. Vous trouverez la même chose sur le blog de pierig. Une fois de plus, bonne lecture.

 

Spooky.

 

http://i30.photobucket.com/albums/c302/pierig/MacArthurOurscoulblog.jpg Observons le Didier dans son habitat naturel…

 

Pour ce faire, rendons-nous dans les hautes Fagnes, cette région sauvage où peu de personnes saines d’esprit osent s’aventurer…

 

Après la Baraque à Michel, une auberge fagnarde qui marque la limite de la civilisation, enfonçons-nous dans les bois touffus. Attention où vous mettez les pieds, des bornes-frontières et des tourbières sont encore des pièges pour les promeneurs inattentifs. Bientôt vous entendez un chuintement ténu, qui bientôt se transforme en murmure persistant. C’est le Baheyon, une rivière à l’aspect tranquille mais qui abrite des habitants redoutables. Encore une petite heure de marche, et votre pas se fait plus furtif, car vous approchez du territoire de chasse d’une créature unique.

 

Vous vous arrêtez, car vous avez entendu des bruits étranges. Vous tendez l’oreille. Oui, c’est bien un mélange de murmures étouffés, de bruits de mastication et d’éructations ursines. Pas de doute, un spécimen du Didius mac arthurus, surnommé Didier, est proche. Doucement vous vous approchez au sein des fougères qui bouchent la vue, en prenant garde à ne pas briser de brindille sous vos pas. Bientôt une clairière s’ouvre à vous, et il vous faut un examen approfondi de l’endroit pour repérer l’animal sauvage, tant son pelage se fond avec le décor. Mais il est bien là, vous l’avez trouvé.

 

D’une taille comparable à celle d’un grand homme, c'est-à-dire haut de six bons pieds, le plantigrade, qui vous tourne le dos, porte une abondante fourrure brune, parsemée de taches plus sombres, l’ensemble pouvant rappeler vaguement une chemise à carreaux de trappeur du Grand Nord. Les traces de différents combats ou repas subsistent encore ça et là sur la robe massive. Le Didier ne se lave pas souvent. Les éructations, les mouvements irréguliers de la tête ainsi que la position des pattes puissantes de l’individu suggèrent que l’animal est en train, justement, de déguster son dernier repas. L’instant est rare, vous ne souhaitez pas le gâcher.

 

Soudain la créature semble marquer une pause dans son festin. Elle se tourne légèrement pour humer l’air. Vous apercevez son groin difforme et l’un de ses petits yeux malins. Son appendice nasal se retrousse à plusieurs reprises. Vous vous rendez soudain compte que le vent, très léger, souffle dans votre dos. Erreur monumentale de la part d’un chasseur ou d’un scientifique…

 

Le Didier, visiblement un mâle en pleine possession de ses moyens, se tourna alors vers vous. Ses babine se retroussèrent hideusement pour découvrir des crocs d’une quinzaine de centimètres de long. Une langue sombre vint marquer l’intérêt du prédateur pour votre personne. Depuis plusieurs minutes, votre raison vous hurle de fuir à toutes jambes. Mais vous ne pouvez pas. Ce moment est tout simplement le sommet de votre carrière. Votre rencontre avec une créature légendaire… Qui va probablement faire de vous son dessert, puisqu’elle se met à quatre pattes, puis galope dans votre direction.

 

Vous n’avez aucune chance.

 

Vous êtes mort.

 

Mais heureux.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Reportages

http://www.lyonbeefsteakclub.com/wp-content/uploads/2010/08/affiche-salon-2010.jpg

 

Comme vous le savez peut-être, je collabore occasionnellement au site vampirisme.com, un site qui parle de la culture vampirique sous toutes ses formes. Les vampires sont la passion d'Adrien Party, alias Vladkergan, son fondateur et webmaster, depuis la lecture du  Prince de la Nuit, une bande dessinée d'Yves Swolfs éditée par Glénat. Le site compte près de 850 articles pour une douzaine de contributeurs en un peu plus de 4 ans.

 

Constatant l'absence de manifestation consacrée au genre dans l'Hexagone, certains des habitués du site se sont dit que ce serait sans doute intéressant d'en organiser une. Ainsi est d'abord née une association pour porter l'évènement, progressivement les intervenants et musiciens ont été contactés et depuis quelques mois l'activité d'Adrien et de ceux qui l'entourent s'est d'abord reportée sur l'évènement, sans pour autant négliger le site. En ce début du mois de décembre les membres du Lyon Beefsteak Club ont donc accueilli les visiteurs au sein du Bal des Ardents, une librairie étonnante dans le secteur des Cordeliers à Lyon.

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A 15h, Anne, secrétaire de l'association et organisatrice de l'évènement, a ouvert la manifestation en rappelant les objectifs et le programme. Puis Adrien entame son exposé sur la figure vampirique, des années 1976 à nos jours. Pourquoi 1976 ? Parce qu'avant cette date le mythe vampirique était figé dans des archétypes : le vampire est en effet une représentation quasi-canonique du mal, une créature vile et tentatrice, mue par des instincts diaboliques, qui ne vit que pour boire du sang humain. En 1976 arrive Anne Rice avec son Entretien avec un vampire, qui change radicalement la perception de la figure littéraire. Pour Anne Rice, le vampire est avant tout une personne qui a vaincu le temps et est devenue immortelle. Il transcende, par sa seule existence, le mépris des valeurs morales. Le vampire est une créature pensante, qui a des désirs, des tourments, et Anne Rice a su développer cette dimension. Le vampire exerce un "vrai" métier, s'efforce de s'intégrer à la société.

 

http://kobold94.free.fr/perso/salonduvampire/P1080399.JPG

 

Après Louis et Lestat dans l'oeuvre de Rice, c'est la figure de Buffy qui va influencer durablement le genre. Héroïne de la série TV éponyme (Buffy, chasseuse de vampires), Buffy est une lycéenne dotée de pouvoirs paranormaux qui chasse les créatures maléfiques, tout en essayant de mener une vie normale. L'adolescente va aussi se poser des questions sur sa vie, ses préférences sexuelles, la mort, l'amour... Des thèmes qui préfigurent la bit-lit qui a le vent en poupe actuellement. De nombreux auteurs (surtout des femmes) vont suivre ce mouvement. Et la figure féminine va suivre l'évolution politique et sociale des dernières décennies. Elle va cesser d'être un faire-valoir, un objet sexuel ou une scream queen pour se battre à égalité avec les hommes. Petit détour par la chick-lit pour parler de ces éléments, laquelle chick-lit a donné naissance à la bit-lit qui comprend une dimension fantastique. Adrien appuie ensuite sur le rôle essentiel que joue l'éditeur Milady/Bragelonne dans le développement en France de cette littérature, en montrant qu'il est réellement à l'origine de la vague bit-lit.

 

Dernière oeuvre phare du genre, la saga Twilight de l'Américaine Stephenie Meyer. Parfois lue comme une apologie de l'abstinence (rappelons que l'auteure est mormone), Twilight prend pied dans les années lycée, où les thèmes du secret, de la tentation et des questionnements sont forts. Les vampires sont urbains, essaient de s'intégrer du mieux possible au monde qui les entoure, y compris en retournant en classe. Contrairement à Rice, Meyer concocte un mélange différent de la nature vampirique, amenuisant la part de violence pour augmenter le potentiel sensuel (le magnétisme animal, pourrait-on dire) de ses créatures de la nuit.

La Bitlit jeunesse, genre dans lequel on peut ranger Twilight, et la Bitlit adulte, où on retrouve Anita Blake ou encore la Communauté du sud, représentent ainsi la tendance actuelle du mythe littéraire vampirique. Un mythe qui s’est peu à peu débarrassé de sa tendance à la solitude, au manichéisme, sans pour autant renier le couple Eros et Thanatos qui lui est indissociable.

 

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Mais cet effet de mode n'est-il pas, justement, qu'un effet de mode ? Ne peut-on penser que d'ici quelques années la figure vampirique retournera dans son cercueil, et ne ressortia que lorsque les gens auront besoin de nouveaux frissons ? Car certains observateurs ont pu remarquer que la figure vampirique revenait à la mode en temps de crise : dans les années 1930, avec la montée du fascisme, les années 1970 et la crise économique, et donc le début des années 2000... (note : les passages soulignés sont directement extraits de l'exposé d'Adrien Party)

 

A la suite André-François Ruaud et Isabelle Ballester, éditeur, anthologistes et écrivains spécialistes du fantastique prennent place pour évoquer la façon dont ils ont travaillé sur deux anthologies publiées aux Moutons électriques : Vampires et Bit-Lit. Plusieurs participants ont posé des questions, auxquels nos deux experts ont répondu de façon claire et concise, pour le plus grand plaisir de tous. Un nouveau temps de pause, au cours duquel les auteurs ont signé quelques ouvrages. Adrien s'est aussi prêté à l'exercice, puisqu'il a signé certains des textes du petit livre Le Guide de la littérature vampirique à trimballer, édité par ActuSF.

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La salle s'est ensuite un peu dégagée pour que l'on enlève les chaises, et l'on a ensuite pu assister à la projection du documentaire Vampyres, quand la réalité dépasse la fiction, de Laurent Courau. Celui-ci n'a pas comme sujet le mythe vampirique, mais plutôt une communauté qui s'accroît autour du monde, inspirée par la culture vampirique. En effet au fil de ces dernières années de nombreuses communautés, plus ou moins inspirées du mythe, se sont constituées à travers le monde. Certains portent des crocs, d'autres boivent du sang humain, d'autres encore se disent prédateurs... Le documentaire montre un certain nombre de ces communautés, leurs rituels initiatiques (comme cet homme suspendu à des crochets et qui laisse goutter son sang dans des gobelets, brrrrr), leur façon de penser... A la fontière du SM, du gore et du satanisme parfois, le métrage laisse entrevoir des scènes parfois éprouvantes, entrecoupées d'entretiens informels avec des figures de la scène vampyrique (le Y est là à dessein). Parmi eux, Father Sebastiaan, prothésiste dentaire de profession, qui est présent au salon et pose quelques crocs de vampire pendant la diffusion du film. Entendre sa fraiseuse pendant que l'on voit certains vampyres expliquer leur philosophie de prédation, c'est assez efficace, croyez-moi. Pendant quatre ans Laurent Courau promène sa caméra entre Amsterdam, New York, la Nouvelle-Orléans, Venise et nous montre ce monde de la nuit. Mais attention, malgré la tentation sectaire, l'essentiel du mouvement, c'est du moins comme cela que le rappelle Sebastiaan dans le film, est un besoin de profiter de la vie, en goûtant d'autres plaisirs, qui sont interdits.

 

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Le documentaire est vraiment bien fichu, monté de façon très dynamique avec de la musique techno d'ambiance. Après une heure de projection, Laurent Courau (à gauche) et Father Sebastiaan sont venus parler un peu du film et de la philosophie de la scène vampyrique. Moment très sympa, décontracté.

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Après le démontage et le rangement de la salle nous sommes allés au restaurant pour déguster des assiettes (ou plutôt des planches) de charcuterie et de fromage, arrosées de vins rouge et blanc. Sur la photo, Yohann Piga, qui a réalisé l'affiche du festival.

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Le lendemain le salon se poursuit par un ciné-concert sur une péniche, le Sonic, amarrée sur le quais de Saône. Au menu, projection du film Nosferatu de FW Murnau (1922), accompagné par la musique de TAT vs Music for the Space, le film étant muet. La soirée s'est terminée aux alentours d'une heure du matin.

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Cette première édition du Salon du vampire a été un franc succès. Il y avait environ 90 personnes au plus fort de l'après-midi de conférences/projection de documentaires, et la salle du Bal des ardents était trop petite pour accueillir tout le monde. Même affluence au Sonic, là encore on commençait à se sentir à l'étroit. Les premiers échos sont assez enthousiastes, de nombreuses personnes en ont appris beaucoup sur les vampires et leurs ramifications. Sur le plan technique il n'y a pas eu de problème, les projections se sont bien passées. Il n'y a pas eu de débordements, on aurait pu craindre que la manifestation attirerait des personnes un peu marginales. Bien sûr il y avait des "créatures", mais la plupart des participants avaient un aspect à peu près "normal". L'association a enregistré ses premières adhésions, le libraire a vendu pas mal de bouquins, bref, tout le monde en profite, ce qui était le but.

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C'était une première édition, elle fut fructueuse et intéressante, et bien sûr il y a des choses à corriger, mais nul doute que la prochaine sera encore meilleure !

 



Spooky.

 

Pour voir plus de photos de l'évènement, rendez-vous sur ma page Facebook.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

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C'est la perspective de rentrer en possession d'un lot de vieux bouquins de SF par l'intermédiaire de l'amie Herveline qui m'a fait acquérir ces Maîtres du hasard. E C Tubb, auteur britannique de SF des années 60 à 80, est surtout connu pour sa saga Dumarest, qui vient de connaître les honneurs d'une adaptation en BD chez Soleil. Laquelle n'est pas inoubliable non plus, mais vu que je ne connais pas l'oeuvre du bonhomme, j'ai voulu tester., sans me renseigner au préalable..  Ecrit en 1964, ce roman nous emmène sur la Lune, au sein d'une base britannique, où un psychologue, travaillant pour les services secrets britanniques, est envoyé pour découvrir ce qui ne va pas. Car des accidents étranges surviennent depuis quelques temps, et la visite d'une délégation venue de la base américaine la plus proche ne va pas arranger les choses.

 

Les Maîtres du hasard (Moon base en VO) est, je crois, le second roman écrit par Tubb en 1964. Je ne sais pas si c'est le fait du manque d'expérience, d'entraînement, appelez cela comme vous le sentez, mais il n'y a rien à sauver dans ce bouquin. Tubb a eu une idée, [ATTENTION SPOILER] créer une sorte de super-cerveau qui pourrait capter les pensées et contrôler à distance les machines, toutes les machines, et a essayé de la mettre en oeuvre dans un lieu un peu particulier, le huis clos d'une station militaire et scientifique lunaire. Le seul souci, c'est que sans un minimum de rigueur scientifique et de cohérence narrative, ça ne tient pas 10 secondes. Et c'est le cas ici. les motivations du "cerveau" et de son entourage ne sont pas claires du tout, la façon dont celui-ci agit l'est encore moins, et l'action est d'une indigence crasse. [FIN SPOILER] Regardez l'illustration de couverture (qui n'a d'ailleurs pas grand chose à voir avec l'intrigue du bouquin, mais c'est souvent le cas en SF), c'est ce qu'il y a de mieux ; et pourtant elle n'est pas terrible, vous en conviendrez avec moi...

 

Bref, il faudra que je pense à vérifier la valeur d'un bouquin ou d'un auteur avant de l'acheter.

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Reportages

 

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Il y a quelques temps j'avais été invité par les Editions Bragelonne pour le lancement du label Milady ; cette fois-ci l'éditeur leader sur le marché de l'imaginaire en France a fêté ses 10 ans, et invité probablement un millier de personnes. Environ 500 étaient attendues, dans une salle de restauration en contrebas de leurs nouveaux bureaux dans le 10ème arrondissement de Paris. C'était donc le gotha de l'imaginaire qui s'est retrouvé là (photo suivante : Gérard Guéro, une moitié d'Ange).

 

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Le maître de cérémonie était Stéphane Marsan (que vous ne verrez pas, vu que mes photos sont pourries au possible), directeur éditorial et littéraire, avec Alain nevant, fondateur et gérant, en guise d'aboyeur de salle. :)

Le discours n'a aps été très long, Marsan parlant essentiellement des débuts de la maison d'édition, et rendant hommage à tous ceux qui ont accompagné son parcours. Un hommage appuyé a ainsi été rendu à l'auteur David Gemmell, qui a plus ou moins parrainé les 6 fondateurs.

 

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(ci-dessus : Alain Névant en pleine discussion)

 

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Auteurs, illustrateurs, traducteurs, membres de l'équipe, lecteurs, blogueurs, journalistes, il y avait foule. J'ai ainsi apprécié de pouvoir discuter en aprticulier avec Ayerdhal et Laurent genefort, deux auteurs phares de la SF française.Il y avait aussi Joëlle Wintrebert (deuxième en partant de la gauche sur la photo de groupe), Pierre Pevel, Mélanie Fazi...

 

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Malheureusement une mauvaise crève m'a empêché d'en profiter pleinement, et je suis rentré tôt chez moi.Dommage, la soirée était vraiment très sympa...

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

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Après le retour de Bernard Werber dans mes lectures, voici la découverte d’un autre auteur français, émargeant presque dans le même genre et chez le même éditeur. C’est donc de son dernier roman que je vais vous parler.

 

Léviatemps nous emmène dans le Paris de 1900, en pleine Exposition universelle. Une Paris en pleine mutation, avec l’arrivée de l’électricité, les voitures automobiles… Une Paris en passe de devenir le territoire d’un tueur en série diabolique, dont les victimes sont retrouvées avec une expression de terreur sur le visage. C’est après la mort affreuse de Milaine, une prostituée qu’il appréciait, et l’inertie manifeste des policiers chargés de l’enquête, que l’écrivain Guy de Timée décide de mener ses propres investigations, en compagnie d’une autre « courtisane » et d’un jeune inspecteur de police qui aimait Milaine. Leurs questions vont les emmener au sein de l’Exposition universelle, bien sûr, mais aussi dans les bas-fonds de la ville, les cercles paranormaux, le milieu de la prostitution…

 

Première constatation : c’est bien écrit. Maxime Chattam a un style clair, qui permet de bien comprendre ce qu’il se passe. Le décor est bien planté. On sent que l’auteur a potassé sur l’Expo universelle, sur ce qu’était Paris en 1900, sur les caractères des différents quartiers… Il ne se cantonne en fait que dans deux ou trois zones, mais c’est suffisamment précis pour être documenté. L’intention était probablement de proposer une immersion dans ce lieu et cette période de basculement, puisque c’est le début du règne de l’électricité, règne toujours en cours plus d’un siècle après. On a souvent dit que Jack l’Eventreur avait « inventé » le vingtième siècle. Chattam en propose donc sa version, à Paris, dix ans plus tard, mais avec un personnage aux motivations encore plus dérangeantes que le tueur de Whitechapel… C’est plutôt bien trouvé, l’ambiance est réellement présente, on s’y croirait.

 

Deuxième constatation : Chattam est un auteur moderne et moderniste. Il applique à des personnages qui ont vécu un siècle en arrière des pensées et des comportements des années 2000. Ainsi Guy de Timée effectue un véritable  boulot de profileur pour remonter la piste du tueur de prostituées. D’accord, c’est un érudit, aristocrate, qui a beaucoup lu, qui a essayé de fréquenter différentes catégories socio-professionnelles pour les comprendre et en faire des personnages crédibles dans ses romans. Mais la facilité avec laquelle il dresse le portrait-robot du tueur est déconcertante. La scène d’analyse graphologique est, à mon sens, l’une des plus lourdes du bouquin. Il entre facilement dans le Cénacle des Séraphins, un cercle d’amateurs du paranormal soi-disant extrêmement fermé, aussi bien qu’auprès du roi des Pouilleux, une sorte de parrain des travailleurs de rue des bas-fonds. Ca ne devait pas arriver beaucoup en 1900 de pouvoir passer d’un milieu à l’autre comme ça. Autre petit défaut, on n’entre pas dans « l’esprit » d’Hubris, le tueur (c’est comme ça que le surnomme Guy, qui en fait une sorte de personnification du mal, mais dans le sens de sa démesure). Car si l’on découvre in fine son œuvre, on aurait aimé en savoir un peu plus sur ses motivations secrètes, sur la façon dont il « justifie » ses actes. Sauf à une occasion, on reste sur les enquêteurs, Guy et ses deux amis, et il manque une dimension au roman.

 

L’autre bonne idée, narrative celle-là, est d’embarquer le lecteur dans des fausses pistes. Les égouts de Paris sont peuplés d’étranges créatures, les enquêteurs suspectent tel personnage ambivalent, puis tel autre… Sans en faire trop, car on risque vite d’être lassé par ce procédé. Ici la balance est bien équilibrée, on sent la maîtrise narrative sur ces éléments. On sent également une légère influence de Clive Barker pour certains éléments, mais Chattam n’en fait pas trop, pour ne pas non plus se laisser emporter dans le côté délirant (et parfois malsain) de son illustre confrère.

 

Au final, Léviatemps est un roman plutôt bien fichu, à l’ambiance réussie, mais qui souffre de menus défauts, relativement peu handicapants pour apprécier ce thriller. Je pense lire d’autres bouquins de Chattam s’ils sont du même tonneau. Il y a des amateurs dans la salle ?

 

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

Et voici, après Terre des dragons (billet précédent), ma seconde contribution au concours de nouvelles organisé ce trimestre par la communauté Autres Mondes. A noter que j'ai écrit ces deux textes en une seule soirée, d'un jet, sans ajout particulier. Une sorte de petit miracle au milieu du désert imaginatif que je traverse actuellement. Une période de pénurie qui m'a tout de même inspiré ces quelques vers printaniers et délicats.

 

Ô muse de la prose !

Pourquoi donc me fuis-tu ?

Je t'ai offert de belles roses

Laisse-moi prendre ton [...]

 

 

Curieusement, je bloque sur la dernière rime. Ah, l'inspiration est bien joueuse...

 

Bonne lecture !

 

Spooky.

 

 

 

La faim d’aventure avait repris Poughkeepsie. Après avoir pris du bon temps à Bree, à l’enseigne du Poney fringant, il avait décidé, contre l’avis de ses compagnons de beuverie, d’aller vers le sud. C’est au milieu de l’après-midi qu’il entama son voyage.

 

On disait cette région infestée de brigands à la solde de Sharcoux, cet homme mystérieux surgi du néant. De fait, dès les collines situées à trois lieues de la ville, il avait aperçu des guetteurs, des mouvements furtifs. Il s’était donc écarté du Chemin vert pour se dissimuler dans les fourrés qui longeaient la muraille rocheuse qui menait à Andrath. Bientôt il perçut des clameurs, des discussions parsemées de jurons. Arrivé derrière un gros rocher, Pough s’arrêté et regarda vers le haut. L’antique fort qui gardait la passe le toisait de sa silhouette sombre. Plusieurs hommes aux mines patibulaires déambulaient sur les remparts branlants, s’invectivant ou partageant des victuailles. D’autres entraient et sortaient par la porte à double battant à laquelle menait un court raidillon en contrebas. De toute évidence il ne pourrait se faufiler par là sans être vu. Il allait falloir ruser. C’était le moment d’essayer un artefact étrange qu’il avait acheté pour trente pièces d’argent à Bree, à une étrange vieille femme qui lui avait affirmé qu’il lui permettrait de traverser sans être vu, mais pour des durées très limitées, les endroits les plus dangereux. Il s’agissait d’une couverture un peu miteuse, qui, une fois enroulée sur son dos, était censée vous rendre invisible aux yeux de ceux qui vous entourent. Seul souci, un tel artefact ne fonctionne qu’une fois. Et la vieille folle n’avait su dire à Pough si elle avait déjà servi. N’ayant pas osé l’essayer avant d’en avoir besoin, il allait donc tenter sa chance cette fois-ci.

S’armant de son courage et de sa fidèle épée courte, il s’enveloppa de la vieille peau –qui sentait fortement l’ovidé pas très hygiénique- et s’avança tant bien que mal vers la double porte, pour l’heure grande ouverte. Fort heureusement par endroits la peau était suffisamment usée pour être percée, et Pough pouvait y glisser l’un de ses yeux. Avec précaution, il réussit ainsi à pénétrer dans la petite enceinte en bois. Autour de lui les conversations et les allées et venues des brigands continuaient, et c’était comme s’il n’avait jamais existé. Ça marchait ! Mais pour combien de temps ? C’est pourquoi il pressa le pas dans la montée, tout en contournant la tour de pierre qui surplombait le fort. Sans toutefois courir de peur de faire du bruit, il vit bientôt les portes opposées. C’est le moment que choisit un brigand pour lui rentrer dedans par-derrière. Le Hobbit trébucha, et sa couverture glissa à ses pieds, le révélant aux yeux de tout le camp. Son adversaire commença à hurler dans une langue gutturale tout en le désignant. Plusieurs malandrins dégainèrent bruyamment leurs armes. Avisant la sortie, Pough s’élança.

 

Les portes commençaient à se refermer lorsqu’il sortit un petit paquet de son sac ; il le défit, et un nuage de mouches vibrionnantes fut jeté en l’air. Armées de dards redoutables, elles volèrent vers les hommes, qui venaient de manger. C’est l’odeur de nourriture fraîche qui les attirait. Profitant de la confusion, Pough put sortir à temps du fort. Il n’arrêta toutefois pas sa course, entendant de nombreux cris derrière lui. Il atteint bientôt le col, et, constatant que ses adversaires avaient abandonné la poursuite, décida de s’arrêter un moment pour se reposer. Avisant une anfractuosité légèrement en hauteur et dissimulée en partie par un buisson d’épineux, il s’y réfugia, regardant à loisir le panorama qui s’offrait à ses yeux tandis qu’il mâchonnait une charcuterie.

 

Il y avait en contrebas le pays du Cardolan, l’un des trois royaumes qui avaient jadis formé l’Arnor. A l’approche du crépuscule, le spectacle était splendide ; sur la droite, vers l’ouest, la rivière Brandevin charriait ses flots bruns pour s’éloigner vers le sud-ouest. Sur la gauche la Fontgrise, grossie par la fonte des glaces des Monts Brumeux, déambulait à travers des zones marécageuses puis suivait finalement un tracé plus ou moins parallèle à sa consœur de l’ouest. Entre les deux, Pough pouvait admirer une vaste plaine, interrompue ça et là par de petites éminences, lesquelles étaient parfois couronnées de pierres dressées, de tumulus ou de ruines. Car le royaume du Cardolan est une contrée laissée à l’abandon. Après la guerre contre l’Angmar, il y a de cela plus d’un siècle, le voisin l’Arthedain avait tenté de l’annexer, mais avait dû l’abandonner, la faute à, dit-on, des esprits malsains qui peuplent certains endroits. Mais on dit qu’un jour un roi, appelé Elessar, pourrait rétablir la dignité de ces royaumes laissés à l’abandon. Notre petit Hobbit, quant à lui, n’y croyait guère.

 

Comme la passe dans laquelle se trouvait Pough était orientée sud-sud-ouest, il put voir le magnifique coucher de soleil qui embrasait cette journée de début de l’hiver. L’approche de la saison froide était l’une de ses raisons de migration vers le sud. Son refuge de pierre ayant des proportions adéquates, il décida d’y passer la nuit ; n’oublions pas les ascendances naines de Poughkeepsie, qui lui permettaient d’accepter la présence de tonnes de pierre au-dessus de sa tête, contrairement à ses amis hobbits de pure souche.

 

Au petit matin, s’étant assuré qu’aucun homme de Sharcoux ne se trouvait dans les environs, Pough descendit dans la plaine. Au bout de plusieurs heures de marche, il parvint à la première localité, dont il ignorait le nom. D’après les restes, il pouvait voir que c’était autrefois un village prospère, actif et sûr. Ceint d’une muraille de trois mètres de haut, dont seuls quelques pans tenaient encore debout, il comportait de nombreux ateliers et échoppes ; forgeron, tisserand, poissonnier, auberges étaient organisés autour d’un puits central. A peine passa-t-il sa tête au-dessus de la cavité que le Hobbit dut la retirer vivement : une odeur méphitique s’en échappait. L’eau même était empoisonnée dans ce lieu qui sentait la mort ; des lambeaux de tissus pendaient sur les décombres de nombreuses maisons qui semblaient avoir brûlé. La désolation imprégnait ces lieux, et Pough n’avait aucune envie d’y rester. Ignorant les appels répétés de son estomac pour une sustentation, il sortit vite du village, car il avait également senti des présences à la fois malveillantes et malheureuses y régner.

 

Il reprit son chemin sans plus attendre.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

Comme tous les trimestres, la communauté Autres-Mondes d'over-blog organise un concours de nouvelles. Cette fois-ci le thème retenu était "royaume en ruine", parmi une dizaine d'autres. Finalement je me suis permis un texte à contrainte assez original, qui traiterait de ce thème, mais aussi des autres qui avaient été proposés mais non retenu (une dizaine au total). Et comme j'étais en forme, j'ai aussi pris le thème du trimestre précédent, à savoir "terre des dragons". Et pour que ce soit bien visible, parce que je ne suis pas un garçon compliqué, j'en ai fait le titre de ce texte court.

 

Bonne lecture.

 

Spooky.

 

 

Il s’envola. De là-haut, il pouvait contempler le chaos, le royaume jadis orgueilleux qui l’avait défié, et qui n’était que désolation. Aussi loin que portait son regard froid, il ne voyait que ruines, cadavres, fumée et puanteur. Pourtant la cité avait été construite dans un recoin isolé de la montagne, afin qu’il ne la retrouve pas lorsqu’il se réveillerait. Mais c’était sans compter sans la malédiction séculaire qui pesait sur les Sans-Cœur, et selon laquelle un dieu de cuivre et d’airain descendrait du ciel en chute libre pour les anéantir.

 

Ils voulaient à tout prix préserver leur trésor, des champignons miraculeux qui lui revenaient de droit. Son souffle de feu avait permis de les mettre à jour, enfouis dans une cave sous la plus grande de leurs constructions éphémères. C’est là que se trouvaient les rejetons des hommes-champignons, les derniers de leur espèce. Ah, qu’ils avaient été ridicules lorsqu’ils l’avaient aperçu dans le ciel, comme leur panique avait été réconfortante, comme leurs cris avait été source de jouissance lorsqu’il avait réduit en cendres leurs piètres défenses, qu’il avait, juste pour le plaisir, attrapé quelques-uns d’entre eux entre ses crocs d’airain pour en faire des miettes. Il ne les avait pas mangés, oh non, la bile qui leur servait de fluide vital aurait gâté ses neuf estomacs ; non, c’est le plaisir pur qui avait guidé ses actes, leur fin brutale avait été un plaisir infini. Dans sa moisson virtuelle de vies inutiles, il n’avait pas oublié son plaisir ultime : laisser en vie le monarque fantoche de cette cité grotesque, celui-là même dont les ancêtres avaient jadis violé son sanctuaire, détruisant irrémédiablement sa propre couvée sans défense, attirant sur eux l’anathème qui se vérifiait aujourd’hui. Ainsi il pourrait contempler les conséquences que l’acte irréfléchi de ses aïeuls avait provoquées.

 

Ah, que cette journée était belle, que la vue était belle de là-haut… d’un coup d’ailes membraneuses, le dragon repartit dans un rire de soufre.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions
Avertissement de l’éditeur :


Cette œuvre est une histoire abracadabrante qui n’intéressera personne hormis les individus concernés par des faits malheureusement réels, romancés, maquillés et édulcorés par l’un des protagonistes.

Nous ne garantissons donc pas son authenticité intégrale, sa transparence ni même sa moralité.




Il était une fois l’histoire d’une rue résidentielle, la rue des poteaux située à la limite d’une petite ville appelée Vieux-Sac.

Depuis quelques temps y régnait un climat délétère confinant à une guerre larvée, le conflit opposait une seule famille, les Labarbe, à une bonne moitié de ses voisins de trottoir.
Le point de départ de la discorde avait été l’installation d’un terrain de Babel-Ball de fortune afin de distraire (et d’occuper) les jeunes pousses désœuvrées de la rue.
Comment ? Vous ne connaissez pas le Babel-Ball ? C’est pourtant un jeu très simple et ultra-populaire : une sphère en peau de mouffette (ne vous approchez pas d’une mouffette : sa flatulence naturelle vous parfumerait de telle façon que vous seriez aussi indésirable qu’un contrôle fiscal lorsque vous êtes à la tête d’un club de foot...) que deux équipes de trois joueurs se renvoient à l’intérieur d’une grande cage pyramidale en verre, chaque point étant salué par un grand éclat de lumière verte.

La première altercation avec Mme Labarbe (Jéhunpénice Danlatette étant ses prénoms) portait sur le fait que la lumière «empêche de regarder les étoiles et perturbe les hormones».
L’un des garçons, Omiel, précisant qu’il s’agissait là de leur unique moment de détente passé en commun, annonça que l’on ne jouerait plus dans la dernière part-temps de la journée et qu’ainsi elle pourrait observer à loisir la Voie Claquée, même sans lunettes de lune.
Quant à ses hormones, il lui fut répondu qu’elle était «assez vieille pour se contrôler» (et peut-être même assez vieille pour ne plus en avoir l’utilité, pensèrent certains des jeunes gens présents ).
En effet, suivant des formations différentes (Fainéantise, Escroquerie, Manipulations humano-animales...), ils ne pouvaient se retrouver que très tard dans la journée ; le Babel-Ball étant un passe-temps à la mode à l’époque, ils avaient décidé, d’un commun accord, de s’y adonner avec plaisir et sans retenue.
Quelques décades plus tard, les jeunes gens s’étant entraînés au-delà de l’heure convenue, totalement pris par le jeu, ils virent sortir de son antre (avec force cris et fracas) la douce Mme Labarbe intégralement hystérique et échevelée, aboyant à la bande qu’ils avaient «débordé les bornes de la politesse» et qu’elle n’hésiterait pas «à faire appel à la Patrouille Impériale si la violation de nos accords verbaux se prolongeait».
Totalement abasourdis, les adolescents la regardèrent débiter un flot de menaces comparable au Gulf-Stream ; il y avait là Omiel, Padpanic, le plus âgé, Ephédric le sportif, Pétomarc le crack de Babel-Ball, mais également Patine et Patrie, deux filles.

Padpanic était figé dans la position de frapper la balle avec sa palette de titane, bouche-bée face à la scène grand-guignolesque.
Omiel s’étant avancé afin de s’excuser du débordement puis lui demander de la mettre en veilleuse -avec ménagement-, elle a viré du rosé au rouge pivoine et, interpellant son tendre époux, a commencé à critiquer vertement l’éducation que leurs parents inculquaient aux jeunes gens.
Cette remarque ayant fait bondir et se diriger ceux-ci vers l’entrée de leur résidence, les Labarbe décidèrent de battre précipitamment en retraite, sous les quolibets et les noms d’oiseaux délivrés par les adolescents furieux.
Renonçant à les suivre, ils décidèrent de rentrer chez eux et de tout raconter à leurs parents éberlués. Par la suite, bien des soirées furent consacrées à commenter l’incident dans tous les sens ; on avait par exemple compris, grâce à des éclats de voix ponctués d’insultes fleuries, que c’était Madame qui portait la culotte dans le ménage Labarbe ; mais plus étonnante était la couardise démasquée du cher mari, prénommé Peurard, qui passait auparavant pour un homme éminemment sympathique, voire chaleureux.
Le plus triste dans l’affaire était que les enfants du couple terrible, Clope-Camel et Camomille, que déjà on voyait relativement peu, ne sortaient plus à découvert en vue d’un voisin, alors que les «pauvres chérubins» n’étaient pour rien dans l’affaire.

L’atmosphère passa donc en quelques décades de la quasi-amitié chaleureuse à l’indifférence haineuse teintée d’un sentiment de gâchis insurmontable. Mais le pire restait à venir...


A peine deux révolutions après ces premières escarmouches vint la fraise sur le gâteau (ou la fleur sur la tige, si vous préférez). Un jour de saison chaude, la glace et la cellulite fondaient à vue d’œil, les pins frémissaient de plaisir sous la caresse bienfaisante et lascive des rayons dorés bercés par une brise maritime hélas trop courte pour être véritablement rafraîchissante, les criquets et les starlettes chantaient à tue-tête qu’ils étaient les plus beaux, la température était élevée et faisait suer à grosses gouttes mains, aisselles et pieds (vous voyez, j’essaie d’installer l’atmosphère, tout en ménageant un suspense insoutenable).

Donc, ce jour-là, Pétomarc et Patine étaient les seuls membres de la bande à jouer dans la petite tour de verre, les autres étant partis en vacances ou ayant d’autres obligations à remplir.
Pétomarc étant allé chez lui afin d’aller chercher un outil (je l’ai écrit, c’est un terrain de fortune), il fut surpris, en revenant, de voir Peurard Labarbe courir vers la pyramide avec un marteau à air comprimé dans la main ; en effet, pour mettre le terrain hors-service, il suffirait de briser l’une des arêtes.

Patine s’étant interposée, Peurard tenta de la frapper avec le marteau. Alerté par les cris de la jeune fille, Omiel sortit de chez lui en trombe et prit l’homme à la gorge, ce qui lui fit lâcher son arme et rentrer au galop chez lui, où il se claquemura.

Mis au courant des événements, Vivier, le père de Patrie, voulut à plusieurs reprises s’expliquer «physiquement» avec l’agresseur de sa fille, mais Pétomarc réussit à l’en dissuader. De ce jour, les parents concernés se mirent à honnir la maison du coin de la rue et tout ce qui y avait trait, allant jusqu’à y envoyer des tracts émis par des sectes idéologiques illuminées.
De plus, les noms des nouvelles amitiés du couple Labarbe témoignaient du vide relationnel dans lequel ils avaient sombré : Jambon Aryen, Julot Grosnaseaux, Godefroy de Couillon de la Trouille Pissante...


Mais en tous les cas, personne ne sait comment l’histoire s’est conclue. D’aucuns prétendent que le père d’Omiel, entrepreneur impérial, aurait fait fermer le Manoir Labarbe (raison officielle : vermine grouillante...) et y aurait fait construire le plus grand complexe mondial de Babel-Ball ; on dit aussi que le père d’Ephédric, patron d’une agence de voyages, aurait fait déménager sans ménagement le ménage au Pôle Sud, où les jours et les nuits durent six mois (il faut contenter tout le monde, disait Constipus, le philosophe), et là seules les otaries jouent au ballon...


31 mai 1994



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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

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Les romans de vampires sont tellement à la mode en ce moment qu'il commence à devenir difficile d'y voir clair. Au ilieu de l'omniprésence des équivalents dentus du clafoutis, à savoir la saga Twilight, on trouve des petites perles, des oeuvres qui sortent réellement du lot.

 

Les Radley est de ceux-là. Ca commence comme une gentille parodie de la série précitée (et d'autres), puis soudainement le virage du sérieux est pris, et l'on est malgré soi embarqué.

 

Dans la petite ville de Bishopthrope, en Angleterre et de nos jours, les Radley tentent tant bien que mal de vivre une vie normale malgré leur condition de vampires. Peter, le père, est médecin, et maintient son mariage à flot grâce à l'amour qu'il porte à Helen mais qui n'est pas partagé. Helen quant à elle ne peut aimer Peter comme elle le souhaiterait car elle a été convertie secrètement par le frère de celui-ci, Will. La conversion est un rituel vampirique qui consiste à échanger les sangs entre un vampire et l'une de ses victimes, la transformant irrémédiblement en créature de la nuit et en en faisant des amoureux intemporels. Un syndrome Tristan et Iseult horrifique en quelque sorte. Leurs deux enfants adolescents n'ont pas conscience de leur véritable nature. En effet leurs parents ont décidé avant leur naissance de devenir abstinents, c'est à dire d'éviter autant que possible de sucer le sang humain. Cela signifie se nourrir au maximum de viande rouge fraîche et crue, se protéger la peau avec de l'écran total indice 60... Mais un incident va tout changer.

 

En effet au cours d'une soirée lycéenne la jeune Clara va devoir repousser les avances alccolisées d'un camarade, qui insiste trop. Cédant à ses instincts, la jeune fille finit par saigner à mort son agresseur. Elle appelle à l'aide ses parents, qui vont devoir escamoter le corps, non sans avoir auparavant fait appel à l'oncle Will, qui entraîne dans son sillage une unité d'enquêteurs spécialisés dans les quenottes. S'ensuit une succession de situations diverses, oscillant entre l'ouvertement grotesque et le trépidant. 

 

Matt Haig n'est pas un spécialiste du vampirisme, mais c'est un bon écrivain. Il découpe son roman de façon très nerveuse, avec des chapitres courts (4 ou 5 pages en moyenne), alternant les scènes avec les différents protagonistes (une dizaine au total) vers un crescendo total et final. On est très vite happé par son écriture à la fois dynamique et moderne, et on ne lâche pas le bouquin avant la dernière page, ce qui m'est arrivé rarement ces derniers temps. Je n'oserais dire que ce bouquin a renouvelé le genre vampirique, mais il en propose une variation très intéressante, qui ne verse pas dans le gothique larmoyant ou le pseudo-romantisme à deux sous. De plus on baigne dans une ambiance d'humour noir britannique (mais pas absurde, attention !). Les vampires en question peuvent voler, certains hypnotiser leurs interlocuteurs, mais Haig a le mérite de ne pas abuser de ces pouvoirs, pour rendre ses personnages plus attachants. Le decorum vampirique est donc relativement discret, et la lecture de ce livre pourra sans doute contenter les amateurs de fantastique (et pas seulement les vampirophiles) et les lecteurs avides de qualité d'écriture.

 

Lisez-le ou je vous mords !

 

Spooky.

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