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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

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Il y a deux sous-genres à la mode en ce moment dans le cinéma fantastique : les vampires et les zombies. Les histoires d'épidémies sont un peu moins sous le feu des projecteurs, mais de temps en temps un film sort sur le sujet. c'est le cas d'Infectés, qui vient de sortir à la location et à la vente. J'avais lu ici ou là des bons échos, mais je pense qu'il va falloir changer de sources : éviter les critiques grand public, et me fier plutôt aux recommandations des amis dont je connais les goûts. Parce que pour le coup -et le coût- j'ai vraiment eu l'impression de perdre mon temps.

 

Le film débute avec quatre jeunes gens qui semblent fuir quelque chose dans une voiture sur la route. Ils croisent un autre automobiliste, qui demande un peu d'essence. Mais l'apparition derrière la portière d'une petite fille aux traits tirés, dont le visage est protégé par un masque recyclé par Roselyne Bachelot provoque une réaction de panique et les jeunes gens partent sans delmander leur reste. Un accident survenu peu après les oblige à revenir vers le père et sa fille, qui se retrouvent "parqués" à l'arrière de la voiture, après que celle-ci eût été dûment désinfectée... En effet la petite fille, comme visiblement l'immense majorité de l'humanité avant elle est porteuse d'un virus -proche de la grippe aviaire ?- qui tue irrémédiablement ceux qui le contractent. Les jeunes gens roulent vers la côte, vers une station balnéaire où deux d'entre eux, des frères, ont des souvenirs joyeux.

 

Un scénario basique, qui peut donner du très bon, on l'a vu avec La Route, au sujet similaire, mais aussi de l'excessivement médiocre. Et Infectés n'est pas loin d'émarger dans cette catégorie... Commençons par les acteurs. La plus connue du casting est Piper Perabo, qui a joué dans Le Prestige et la Crypte. Quant à Chris Pine, qui joue son petit ami, mis à part la tête d'affiche dans le Star Trek de JJ Abrams, c'est surtout un acteur de télévision., même si on le retrouve à partir de cette semaine dans Unstoppable, de Jake Scott, le fils de Ridley (ou de Tony, je sais plus). Il y a environ cinq autres rôles parlants dans le film, mais c'est tout. C'est quasiment un huis-clos, mais on sent le côté fauché de la production poindre. Un sentiment qui se renforce avec les décors ; certes, ils sont grandioses, on se balade dans le grand Ouest américain, mais les villes traversées sont désertes, alors qu'elles devraient être jonchées de cadavres, et l'essentiel des scènes est tourné à l'intérieur de deux voitures, ou autour d'un feu de camp. Les personnages sont particulièrement idiots (et... propres), comme souvent dans les productions de bas étage américaines, et agissent la plupart du temps au mépris du bon sens. Les jeunes gens récurent une voiture ayant transporté une infectée, mais n'hésitent pas à récupérer un trousseau de clés des mains d'un autre, sans se protéger. D'autres survivants les laissent partir à cause du risque d'infection, mais veulent garder les filles. Quand le risque est sanitaire, on évite de laisser penser son pénis...

 

 

Au-delà de ces défauts narratifs, les frères Pastor, co-scénaristes et réalisateurs, filment de façon molle les pérégrinations de leurs survivants, les évènements sont téléphonés, et tellement rares qu'on les voit venir à cent kilomètres... On frôle la série Z la plupart du temps, quand même.

 

 

Alors bien sûr, le sujet du film est le comportement d'un être humain normal lorsqu'il se retrouve confronté à une situation extrême, mais si les scènes sont déjà vues, le discours est lui complètement banal, même si un fratricide est toujours possible.

 

Pas suffisamment nul ou outré pour en être drôle, relativement mal joué et filmé sans talent, Infectés est une daube.

 

Mauvaise pioche.

 

Spooky.


 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

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Ma première rencontre avec David Day ne fut pas, loin s'en faut, une véritable réussite. Pourtant j'avais gardé à l'esprit qu'il me fallait lire certains de ses autres ouvrages d'éxégèse du monde tolkienien pour parfaire ma connaissance de celui-ci. Ce Tolkien's World n'est pas Tolkien's Ring, du même auteur, mais sa lecture ne fut pas pour autant aussi décevante que la précédente. Et puis soyons honnêtes, le fait de tomber par hasard dessus dans une bouquinerie à un prix trois fois moindre que celui du neuf m'a bien aidé à vaincre mes hésitations.

 

Cet ouvrage, écrit en 2003, s'applique donc à donner des clés de lecture pour Le Seigneur des Anneaux (eh oui, éternellement), en ramenant nombre de ses éélements à la mythologie, ou plutôt aux mythologies. Le sommaire nous propose un découpage relativement étrange de ceux-ci, jugez-en plutôt. On commence par la découverte de la Terre du Milieu, ou une analyse des lieux et des époques relatifs à cette terre imaginaire et mythique. Day s'attache ensuite à nous faire découvrir les différentes divinités, bénéfiques ou maléfiques, qui président à sa destinée, ou pas. Day se rapproche à nouveau de la terre, ou plutôt de ses habitants, en nous parlant des différentes peuplades : Hommes, Elfes, Nains, Hobbits et Ents bien sûr, mais aussi les Trolls, les orques, les dragons... Ensuite les ethnies de chacune de ces peuplades, pour repartir vers les figures mythiques, comme les magiciens, les spectres de l'anneau, les goules (telles Gollum) et les Hommes libres. J'avoue que ce découpage m'a laissé quelque peu circonspect. Pour ma part j'aurais parlé des différentes peuplades sans faire ensuite de croisements transversaux, du moins avec les éléments dont il disposait. Car il n'évite ainsi pas les redites, voire les contradictions, certes rares.

 

Day ramène donc la plupart des ces éléments à des figures mythologiques, qu'elles soient nordiques, celtes, rhénanes, grecques antiques voire hindouistes. Autant pour la plupart des influences européennes (au sens large) je ne peux qu'agréer, en ayant d'ailleurs étudié moi-même, bien que très superficiellement, autant pour d'autres je reste circonspect. On a parfois l'impression que David Day tente d'inscrire l'oeuvre maîtresse de Tolkien à une sorte d'universalité à tout prix, et surtout à celui de la vraisemblance parfois. Il faudrait croire qu'il aurait récupéré presque toutes les figures entre les premiers âges de l'homme jusqu'à son époque, et dans toutes les traditions allant de l'Extremadure au Tibet. J'exagère bien sûr,, Tolkien revendique ces emprunts, du moins ceux dont il est conscient, mais Day n'étaye pas certaines de ses théories, par peur sans doute de ne révéler que le vent qu'elles contiennent. C'est bien dommage, car son ouvrage est tout de même intéressant, pour peu que l'on évite d'approfondir ce qu'il écrit. C'est clairement à l'usage du grand public, et les sorties récentes d'ouvrages de chercheurs (dont quelques-uns sont chroniqués sur le présent blog), sans compter d'autres qu'il liste lui-même en guise de bibliographie en fin d'ouvrage, permettent de nuancer, voire de biaiser complètement certaines de ses affirmations. 

 

Je suis volontairement assez critique car son ouvrage a des atours séduisants. La maquette est splendide, très aérée, illustrée par de nombreux dessins dont je ne connaissais pas les auteurs, et dont certaines valent réellement le coup d'oeil. Disons que pour une première approche interprétative de l'oeuvre du professeur, ce n'est pas mal. Mais si l'on veut bien saisir l'essence de son oeuvre, mieux vaut se tourner vers d'autres sources, plus sérieuses.

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres
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A comme Association est le projet de deux auteurs français : Pierre Bottero, décédé il y a un an, et Erik L'Homme. Les deux auteurs avaient envisagé ensemble cette saga jeunesse dans un univers fantastique qui tient autant de la Bitlit (version soft, public jeunesse oblige) que de Harry Potter. A l'origine, chaque auteur allait avoir son personnage dans cet univers, personnage qu'ils feraient chacun évoluer à leur tour. Pierre Bottero décédé, Erik L'Homme a pris le temps de réfléchir à l'intérêt de sortir quand même la série, sachant que plusieurs opus étaient déjà prêts. Par respect pour le travail de son ami et leur création commune, il a finalement décidé de publier les tomes existant,s et de prendre en main les deux personnages à la suite.
Le premier opus mettait ainsi en scène Jasper, un jeune sorcier aux prises avec un trafic de drogue destiné aux vampires. Une histoire à la croisée des chemins entre polar, fantastique et roman jeunesse. Un premier opus rafraîchissant, assez axé humour.

Le second tome reprend la chronologie à son départ mais va s'intéresser à un autre personnage :
Elle s'appelle Ombe, est lycéenne à Paris et adore la moto. Elle a aussi l'incroyable pouvoir d'être incassable ou presque. C'est pourquoi L'Association l'a recrutée comme agent stagiaire. Une stagiaire de choc, qui fait des débuts remarqués en explosant une bande de gobelins devant tous ses camarades de classe. Le problème ? La discrétion est une obligation absolue au sein de L'Association, comme le lui rappelle Walter, son directeur. Et à force de foncer tête baissée, Ombe l'incassable risque fort de comprendre ce que «ou presque» veut dire.

Après avoir suivi Jasper sur les traces d'un trafic de drogue vampirique, c'est ainsi au tour d'Ombe de prendre le lead de l'histoire, et à Pierre Bottero de nous ramener à cet univers réalistico-fantastique qu'il a mis sur pied avec son compère Erik l'Homme. Le résultat est bien sympathique, voire un léger cran au-dessus du précédent. L'univers étant maintenant en partie jalonné, Pierre Bottero a sans doute eu plus de facilité à faire évoluer son personnage, qui nous avait déjà été introduit à travers ses échanges avec Jasper. Les deux histoires se déroulent en parallèle, on croise donc avec plaisir Jasper et l'intrigue du premier roman en de nombreux passages. L'intérêt étant cette fois de les envisager sous le point de vue d'Ombe, qui propose une vision tout sauf répétitive.

Psychologiquement plus fouillée, Ombe est un personnage qui semble renfermer plus de mystères que Jasper. On sait d'où viennent les capacités de celui-ci, mais celles d'Ombe, si on parvient à les identifier assez vite, restent d'origine mystérieuse. Le style est assez différent du premier opus, peut-être moins orienté humour mais pas moins amusant. Destiné à un public jeunesse, cette suite souffre à mon sens du même souci que la première histoire, à savoir une trame principale assez rapidement aboutie, même si l'auteur laisse de grosses questions en suspens (qui risquent fort de rejoindre celles posées par les aventures de Jasper).

Vladkergan.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Vie du blog

Ayé, le n°4 du 'zine de notre communauté vient de sortir, et il est chatoyant ! :)

Vous y retrouverez certains des blogs que j'ai déjà présenté succinctement pour vous.

Le comité d'organisation, chapeauté par Alice, a choisi en ce qui me concerne un billet décalé. Vous y trouverez également le résultat du concours de nouvelles "Terre de dragons", auquel j'ai participé.

 

Pierig, Stéph', ça vous dit pas d'intégrer la communauté ?

 

Bonne lecture !

 

Spooky.

 

Autres Mondes - Zine n°4 - été 2010

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

C’est la nuit d’Halloween…

Je regarde par la fenêtre. Dehors, un voisin vient de jeter une bouteille vide dans une poubelle. Sans doute les agapes d’Halloween. Il y a deux heures des enfants sont venus frapper à la porte pour réclamer des bonbons. Je n’ai pas eu le cœur de refuser. Même si j’ai eu du mal à en trouver, quelques biscuits ont rejoint les monceaux de sucreries qui remplissent leurs paniers…

Moi je n’ai pas le cœur à m’amuser. Car cette nuit d’Halloween éveille en moi de sombres échos, remue de tristes souvenirs… La mélancolie me pousse à me remémorer cette triste époque.

 

 

C’était l’année de mes 17 ans. Elodie était pour moi le centre du monde, à la fois mon soleil, mon noyau, mon monde. Nous étions du même lycée, mais pas du même monde. Elle était magique, aérienne, divine, lumineuse, alors que j’étais un garçon ténébreux, timide, terre-à-terre et maladroit. Nous nous étions rencontrés au cours d’une soirée entre lycéens. Une seule chose nous lia alors : l’ennui. Je ne me souviens plus duquel a engagé la conversation sur la terrasse de l’appartement, mais je sais que s’il n’y avait pas eu un couvre-feu, cela aurait duré toute la nuit, et le jour suivant. Nous avons continué dans la rue, puis devant chez elle. Nous nous sommes revus le lendemain, et tous les jours suivants. C’est comme si nous étions deux parties d’un même ensemble, indissociable, cohérent… c’est très adolescent comme façon de voir les choses ; mais nous étions des adolescents alors. Nous nous sommes aimés, bien sûr. Cela s’est passé quelques jours plus tard, chez moi, à la faveur d’une absence de quelques jours de mes parents. Ce fut un grand moment de tendresse, de passion… de serments en promesses, nous étions bien sûr devenus inséparables, sacrifiant parfois nos amitiés et devoirs sur l’autel de l’amour fou.

 

Et puis Halloween arriva. Bien sûr, Elodie et moi avions prévu de faire une soirée avec quelques-uns de nos amis, une soirée costumée, avec de la musique, des cotillons, quelques substances illicites… Oh, trois fois rien, le genre de truc qu’on a tous essayé à l’adolescence… Elodie était déguisée en sorcière. Elle avait beau s’être maquillé avec toutes sortes de postiches, de fausses verrues, de se balader courbée sous le poids de sa bosse dans le dos, je n’arrivais pas à la trouver laide. Sous les gros yeux cernés de noir, je voyais toujours ces yeux en amande, couleur myosotis. Sous le chapeau pointu, qui avait connu bien d’autres batailles, bien d’autres chevauchées en balai, sous les cheveux filasse se trouvait toujours sa crinière sombre, aile-de-corbeau, qui vient vous caresser doucement le visage lorsqu’elle se tourne vers vous en riant de ce rire cristallin. Ce rire si pur, qu’elle déforme en halètement rauque pour singer la sorcière Plume. Une sorcière de sa création, qu’elle faisait vivre de multiples aventures charmantes (au sens premier du terme). J’étais déguisé en épouvantail. Enfin disons que j’étais habillé différemment de mon habitude. Coiffé d’une énorme citrouille trouée aux endroits stratégiques, j’étais habillé d’une vieille combinaison de mécano bleue de mon père, dans laquelle j’avais fourré de la paille en assez grosse quantité. Et un long bâton passé dans les manches me maintenait les bras constamment à l’horizontale. Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très pratique pour danser. Ou attraper un verre. Ou étreindre la fille qui vous aime.

 

Curieusement, cette particularité m’a peut-être sauvé la vie. Car mes camarades, et Elodie également, en profitaient pour boire un peu, et fumer des substances dont je ne saurais dire le nom. La soirée était bien avancée lorsque la plupart donnaient des signes d’ivresse, ou de vertiges légers. Ca rigolait pas mal dans les coins, j’imagine que ça fricotait aussi. Moi je ne pouvais pas faire grand-chose, à part rire des plaisanteries maladroites des uns, secouer la tête (pas facile, dans une citrouille) aux bêtises des autres, et ouvrir de grands yeux pour contempler celle qui occupait l’immense majorité de mes pensées. Malgré les tentations, elle s’efforçait de ne pas trop consommer, de rester auprès de moi, de discuter comme nous le faisions toujours… Depuis un petit moment, plusieurs de nos camarades s’étaient enfermés dans l’une des pièces de l’appartement. Partouze ? Strip-poker ? Discussion privée ? Tout était possible avec ceux-là, et à vrai dire, je m’en fichais, le seul intérêt que j’avais dans la vie se trouvait devant moi, me souriait, me racontait des histoires envoûtantes…

 

Soudain des cris étouffés se firent entendre. Les rires s’estompèrent, les têtes se tournèrent lentement vers la chambre où s’était enfermé le petit groupe. Une drôle de lueur, rougeâtre, filtrait de dessous la porte. Des chocs sourds commencèrent à se faire entendre, ainsi que des cris stridents. La porte commença à vibrer, puis on sentit que quelqu’un donnait des coups contre le battant. Pour l’ouvrir probablement. Nous étions tous tétanisés, un peu abrutis il est vrai par les vapeurs diverses qui s’étiolaient dans la pièce. Pour ma part, je ne pouvais pas trop bouger.

 

Soudain la porte céda, et plusieurs de nos camarades furent littéralement expulsés dans le salon. Je ne sus alors dire s’il s’agissait de garçons ou de filles, car tous donnaient l’impression d’être passés dans un four à pizza. Tous étaient atrocement brûlés, sur l’intégralité de leur corps. Mais pire que tout, ils n’étaient pas morts. Certains arrivaient encore à gémir, à supplier, à ramper même. Mais nous ne comprenions rien. Je levai la tête vers la porte entrebâillée. Elle s’était ouverte avec tant de violence qu’elle avait buté contre le mur, avant de se rabattre vers l’encadrement. Je n’avais donc qu’une vue partielle de la chambre. Mais cela suffit à me glacer d’effroi. La pièce baignait dans un halo rouge sang, tellement intense que l’on avait l’impression de voir les courants d’air. Certains de mes camarades étaient encore à l’intérieur. Dans des positions impossibles. Suspendus en l’air. Tordus. Un bras énorme, qui n’avait rien d’humain, semblait tenir l’un des cadavres comme si une gueule gigantesque s’apprêtait à l’engloutir. En même temps, un souffle rauque, fait de claquements et de halètements profonds, semblait venir de la chambre, balayant les derniers soupçons de musique, que l’on venait de couper. Mes yeux s’agrandirent d’effroi, mes poils se hérissèrent sur tout mon corps. Je n’étais visiblement pas le seul à commencer à réagir, car je commençai à entendre mes voisines hurler. Je me tournai vers Elodie, pour lui dire de sortir au plus vite de l’appartement. Mais son visage exprima soudain une terreur sans nom, muette. Même comme ça, je n’arrivais pas à la trouver laide. Mais un réflexe primal me fit retourner la tête dans la direction qu’elle désignait, vers la porte… ouverte. Qui avait laissé s’échapper une créature de cauchemar. Sa description ne pourrait que vous apporter que des tourments pour le reste de vos jours. Apparemment la créature avait entendu nos cris, et cela ne lui plut pas. Elle commença à fondre sur nous. Pris de panique, nous commençâmes à courir de tous les côtés, nous heurtant les uns les autres. La créature avalait mes camarades les uns après les autres, en une seule bouchée parfois. Son grondement rauque emplissait toute la pièce.

J’avais réussi à attraper la main d’Elodie pour l’attirer dans un recoin de la grande pièce. Mais hélas, nous n’étions pas les seuls à avoir cette idée. Un de nos camarades trébucha en passant près de nous, et s’étala de tout son long sur moi. J’essayai tant bien que mal de me retenir à une chaise, mais l’élan était trop fort, et je perdis l’équilibre, entraînant Elodie avec moi.

 

Il y eut une seconde d’éternité. Puis un choc immense, quand nous percutâmes la fenêtre qui se trouvait derrière nous. Le fracas était abominable, le grondement du démon se rajoutant aux cris et au bris de verre. Elodie et moi basculâmes dans le vide. De quel étage tombions-nous ? Dans la confusion, mon esprit refusa de délivrer cette information. Deuxième seconde d’éternité. Nos regards se croisèrent. Je ne sais pas ce qu’exprimait le mien, mais celui d’Elodie était éloquent. Elle savait qu’elle allait mourir. Que nous allions mourir ensemble. Son sourire fut la dernière chose que je vis, avant –probablement- de percuter le trottoir.

 

Ce fut le grand trou noir. Je me réveillai dans une chambre d’hôpital, quelques jours plus tard. Les gens parlaient de miraculé. Visiblement, la paille dont j’avais bourré mon costume avait amorti le choc, ce qui fait que je m’en tirai avec de multiples fractures, toutes réduites en l’espace de quelques mois. Mon visage avait subi de sérieux dommages, mais la chirurgie réparatrice avait fait de grands progrès depuis quelques années.

 

Ce qu’il s’était passé ce soir-là avait fait la une des journaux, mais les autorités avaient vite étouffé l’affaire, parlant d’une explosion de gaz. Je mis le temps, mais je finis par découvrir ce qui s’était réellement passé. Le groupe qui s’était enfermé dans la chambre avait voulu faire une invocation satanique. Probablement pour frimer auprès des filles… Autour d’une planche de oui-ja, avec des bougies, quelques signes cabalistiques et des formules proférées à plusieurs reprises, les adolescents avaient entrouvert une porte de l’Enfer. Et un démon s’y était engouffré pour dévorer quelques âmes. Le feu avait commencé à se propager dans l’appartement, parti on ne sait comment, et les pompiers avaient finalement réussi à sauver deux autres enfants du sinistre. Elodie n’était pas parmi eux.

 

C’était la nuit d’Halloween.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

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Il faut vraiment que ce soit un film de vampires, qui plus est précédé d'une bonne réputation pour que je me mette à regarder un film suédois...

Vous riez bêtement, mais imaginez : des personnages avec des coiffures étranges, qui roulent en Lada, des décors qui semblent tout droits sortis des années 1970 en France, slips rouges et bleus compris. Et puis, le cinéma suédois risque de garder sa réputation d'art un peu chiant, avec des scènes contemplatives, des séquences d'ambiance sans intérêt...

Mettons de côté ce dénuement formel pour nous attaquer au fond.

 

Morse nous raconte l'histoire de deux enfants, Eli et Oskar, qui vivent dans deux appartements voisins. Oskar a presque 13 ans, c'est un enfant qui perd peu à peu ses repères après la séparation de ses parents et la persécution que lui infligent des "grands". Il fait la connaissance d'Eli, une fillette de son âge un peu étrange. Elle n'a pas froid alors que lui se gèle les glaoui en discutant avec elle dans le square en bas de leur immeuble ; elle refuse toute nourriture ; elle vit avec son père, qui fait des sorties nocturnes mystérieuses. Mais il est gentil avec elle, et peu à peu Eli brise sa carapace pour laisser apparaître sa vraie nature. [SPOILERS] Eli est un vampire. Pour l'approvisionner en sang, son père va égorger des passants inconnus dans le parc voisin, et recueille leur sang dans des bidons. Mais, lassé par cette vie impossible, il voudra bientôt mettre fin à ses jours.

 

 

 

Malgré son côté contemplatif, le film raconte pas mal de choses, notamment sur la relation amoureuse entre les deux enfants (qui jouent d'ailleurs très bien), et sur les relations filiales de ceux-ci avec leurs parents respectifs, si différentes que soient leurs situations. Le film bénéficie d'une mise en scène sèche, presque clinique, ne s'autorisant que quelques effets par-ci par-là, et relativement discrets. Tout est dans la psychologie des personnages. La petite vampire, qui ne grandira jamais, mais aspire à une vie normale. Le garçon souffre-douleur, qui rêve d'être un jour en mesure de répondre à ses persécuteurs, mais aussi de profiter de ses parents, d'un côté sa mère qui travaille de nuit-probablement dans un magasin, de l'autre son père qui est parti s'isoler dans le désert, mais tue sa mélancolie dans l'alcool avec un voisin. Le père qui veut aider sa fille gravement malade, mais qui doit pour cela tuer de temps en temps...[/SPOILERS]

 

Il y a peu de personnages dans le récit, mais tous ont une importance capitale pour le destin des deux jeunes gens. Qui d'ailleurs ne sont pas forcément ce qu'ils donnent l'impression qu'ils sont. Comme je l'ai dit, c'est une histoire de vampire(s), abordée de façon très psychologique. Le titre du livre dont il est adapté, Let the right one in, laisse d'ailleurs entendre le point intéressant du film : le vampire ne peut entrer chez nous s'il n'y est pas invité... Quant au titre français du film, il fait référence au moyen qu'utilisent les deux enfants pour communiquer lorsqu'ils sont dans leurs appartements respectifs et mitoyens...

 

Adaptation à l'écran du roman de John Ajvide Lindqvist par Tomas Alfredson, Morse est donc un film inattendu, qui intéressera sans doute les amateurs de vampirisme, mais aussi les amateurs de cinéma suédois...

 

Spooky

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

Je me trouvais il y a quelques temps en vacances à l’ouest de la Bretagne (le temps a à présent perdu toute signification à mes yeux, vous comprendrez bientôt pourquoi...).
Une fin d’après-midi, je profitai de la fraîcheur relative pour sortir faire une randonnée en vélo. Je partis au hasard, prenant à chaque croisement le chemin qui me semblait le plus agréable.
Tant et si bien qu’au bout d’un certain temps je me rendis compte que je m’étais égaré, alors que le crépuscule tombait lentement, teintant çà et là le paysage de couleurs chaudes et orangées.

Au bout du chemin bosselé où je me trouvais, j’aperçus comme une trouée : peut-être une clairière ou un croisement avec une voie plus importante ? N’ayant pas d’autre perspective en vue alors que les ombres s’allongeaient, je me rendis en marchant, en poussant mon vélo du bras. Mais ce n’était pas ce à quoi je m’attendais.

Devant moi s’étalait, plane, diaphane, une étendue d’eau de taille moyenne, un étang dont les berges se noyaient dans une brume laiteuse.
Etait-ce le célèbre «Miroir aux Fées» dont parlent certaines légendes arthuriennes, l’un des fameux passages vers «l’autre monde» ?
En tout cas, aucune bulle ne venait crever la surface, aucune grenouille ne manifestait sa présence en ces lieux empreints d’une certaine majesté.
Chaque brin d’herbe, chaque racine naissant dans l’onde semblaient figés dans le temps. Je me rendis compte que le brouillard m’entourait à présent. Mon regard errant sur le pourtour de l’étang s’arrêta sur une avancée à quelques mètres sur ma gauche. Sur une petite corniche herbeuse et moussue se trouvait un être bizarre. C’était un petit humanoïde à la peau blafarde assis en tailleur, comme guettant quelque chose au fil de l’eau. Ses membres graciles, ses dents proéminentes et sa coiffure entrelaçant harmonieusement cheveux gris et feuilles élancées me mirent sur la voie de la vérité : c’était un korrigan, nain légendaire bénéfique ou maléfique.
Je voulus bouger mon pied mais sentis une certaine résistance : j’étais dans la boue. Je me dégageai avec un juron et relevai la tête en entendant à peine un plouf ! étouffé.

La petite corniche était à présent vide. La vision du korrigan est souvent fugitive. Mais un autre plouf ! discret attira mon attention vers le centre de l’étang et me fit me dissimuler.

Quelque part le brouillard sembla danser, décrivant des volutes gazeuses. Peu à peu la brume laissa deviner la forme d’une boule au bout d’un piquet ; non, c’était un crâne humain fiché en guise de figure de proue d’une barque.
Mais plus que l’aspect extérieur, par ailleurs assez repoussant, c’est le contenu de celle-ci qui attira mon regard.

L’équipage était composé d’un seul individu : une ombre noire, de grande taille, la tête encapuchonnée, qui se dirigeait à l’aide d’un long bâton blanc torsadé. Les passagers n’avaient pas fière allure : une dizaine d’êtres chétifs, au teint hâve et courbés comme s’ils portaient toute la misère du monde.

L’embarcation glissait presque sans bruit sur l’étendue de brouillard. C’était un spectacle saisissant ! A ce moment je vis que l’étrange nautonier tournait lentement sa tête dans ma direction et là, dans les sombres profondeurs abyssales de son capuchon, je vis ses yeux.

Deux yeux pastilles argentées sans la moindre expression ; un rire hystérique me parvint alors aux oreilles. Il ne pouvait sortir que de la bouche édentée d’un dément ou... d’un être totalement dénué d’humanité.


Terrifié, je lâchai mon vélo et courus me réfugier derrière un dolmen bordant le chemin accidenté que j’avais emprunté plus tôt, car la sinistre embarcation était sur le point d’accoster.

J’entendis un hennissement, comme un signe de reconnaissance. J’en frissonnais d’épouvante, ne pouvant bouger.

Peu de temps passa. De manière croissante, j’entendis des chocs sur les pierres autour de moi, le brouillard environnant dispersant le moindre son. <

Au bout d’une à deux minutes je réussis à identifier le son : les sabots d’un cheval toquant contre les pierres qui jonchaient le chemin.

La lune qui s’était levée commença à disperser le brouillard. Une nouvelle apparition de cauchemar se dessina devant moi.

Un haut chariot, tiré avec peine par un vieux cheval de somme, avançait en cahotant entre les deux fossés. A ses côtés marchait, tenant toujours sa canne pâle, le nautonier aux yeux d’argent. Dans le chariot se trouvaient les passagers de la barque noire, tous habillés de haillons, tous le regard hanté de désespoir, tous pâles et décharnés...
Une femme maigre, au visage triste, se tenait debout à l’avant de la charrette, serrant son enfant mort-né contre ses seins menus et livides. Au-dessus de l’équipage lugubre se tenait la lune, dardant ses rayons froids sur la scène. J’avais l’impression d’avoir un filtre noir et blanc devant les yeux, et le chariot avançait, sans autre bruit que ceux produits par les sabots et le bâton blanc sur les pierres du sentier.

Lorsque le convoi mortuaire passa devant le dolmen où j’étais blotti, un rayon de lune éclaira le visage du guide : c’était celui de la mort elle-même ! Des yeux enfoncés dans leurs orbites, un visage où apparaissaient ça et là quelques morceaux d’os à travers la chair putréfiée, des dents cariées, jaunes, noires, visibles éternellement dans un rictus figé... Quelques cheveux filasses de couleur grisâtre tombaient en désordre sur cette épouvantable face...

Je m’aperçus que la main qui tenait le bâton blanc comportait beaucoup moins de chair que celle qui reposait sur l’encolure du cheval.

Où que j’aille je me souviendrai toujours de cette scène abominable.

Le temps que je me remette de mes émotions, le chariot s’était enfoncé dans le chemin.

Je me mis à réfléchir. Ce visage d’où pendaient des lambeaux de chair putrescente, c’était celui de l’Ankou, un sinistre personnage qui alimentait nombre de légendes à forte coloration celtique. Cet être peu engageant était le messager de la Mort et lorsqu’il embarque ses «élus» sur sa barque, ceux-ci sont en train de quitter leur vie terrestre. Lorsqu’ils débarquent, ils sont dans «l’Autre Monde» ; mais alors que faisais-je là ? Etais-je mort ? Mais alors comment ? Et pourquoi mon vélo, que j’étais reparti chercher, se trouvait-il avec moi ? Drôle d’histoire !

Je décidai de reprendre ce chemin, n’ayant pas d’autre alternative en vue.


Au bout d’un certain temps, (qui avait probablement perdu toute signification dans cette dimension . . . ) j’entendis des voix sur ma gauche, dans la forêt. Peut-être de l’aide en puissance. Je dissimulai mon vélo dans un fourré de bruyère et m’engageai dans la sente en direction de la voix. Plus j’entendais celle-ci, moins je comprenais ce qu’elle déclamait.

Dans la nuit qui régnait à ce moment, j’aperçus une lueur orangée à mi-distance devant moi : probablement un feu de bois. Je me frayai un chemin oblique, ayant cassé des branches pour marquer mon passage, en direction de la lueur qui était la seule, la lune étant cachée par des nuages d’altitude.

Et là, devant mes yeux éberlués, un spectacle sans pareil se développait. La clairière que je parcourus du regard semblait un concentré de toute la tradition religieuse bretonne. Au centre se dressait un calvaire de cinq ou six mètres de haut, tout en granit. Des dizaines de personnages traditionnels mimaient des scènes saintes sur ses bras de pierre. A proximité se trouvait un arbre mort, totalement peint en or ; ça et là des morceaux de tissus divers étaient embrochés sur les branches, comme des offrandes de fidèles à des divinités animistes. Entre ses racines étaient fichés des dizaines de cierges blancs, mais ce n’était pas eux qui dispensaient le gros de la lumière. Un imposant bûcher crépitait devant le calvaire et produisait des ombres mouvantes du plus troublant effet sur les personnages.

Autour de cette trinité courait un anneau de menhirs, d’une circularité presque parfaite. J’étais dissimulé derrière l’un des mégalithes et contemplais l’étrange cérémonie.

Un groupe de petits lutins dansait la farandole autour du feu de joie, et certains autres jouaient une musique menue, comme chuchotée. Jouer du tambourin, de la flûte de Pan, du biniou leur procurait visiblement du plaisir et, je dois le dire, je n’étais pas loin de sortir de ma cachette pour venir danser avec eux. Mais ils n’auraient peut-être pas apprécié. Ces batifolages étaient agrémentés de libations diverses.


Je n’osais pas me montrer car leur aspect n’était pas humain. Par ailleurs très poilus, leurs crânes chauves renvoyaient les reflets du feu ; tandis que le liquide versait dans leurs gorges, je vis leurs dents déformées ; mais le pire venait de leurs membres inférieurs : c’étaient des pattes de chèvre, avec les sabots et les poils noirs. Les flammes crépitantes projetaient des ombres en une étrange sarabande sur les menhirs alentour.
Presque en face de moi, près des menhirs se trouvait une ombre que je n’avais pas vue auparavant, et mon sang se gela dans mes veines. C’était l’Ankou de tout à l’heure ! Mais il ne participait pas aux festivités, totalement immobile dans son coin. Son chariot et ses victimes étaient invisibles.

Je décidai de m’éclipser et de les laisser s’amuser seuls. Je retrouvai, à force de tâtonnements, la piste de branches cassées et pus rejoindre mon vélo. A la proximité de celui-ci se trouvait un fourré d’assez grande taille. Je tassai quelques tiges et m’y couchai, épuisé. Cette litière improvisée était assez moelleuse.
Après toutes ces émotions, j’avais bien besoin de repos. Tout ce que j’avais vu m’amena tout de même à me poser des questions : Où étais-je ? Ou bien quand étais-je ? Et pourquoi y étais-je arrivé ? Comment pourrais-je revenir dans mon monde ? Ces supputations m’achevèrent et je m’endormis, épuisé.


Je courais dans les bois obscurs, traversés ça et là de quelques rayons blafards. Je fuyais des prédateurs invisibles.

Soudain je me trouvai devant une ombre imposante. Sous le capuchon brillaient deux yeux argentés. L’être se pencha en avant et je vis son sourire crispé.

La créature dit, avec une voix sépulcrale Gekkä dak kenkö ak gada täk ed totägrat.

Des vers tous tout blancs sortaient d’entre ses dents et son haleine pestilentielle me les projeta sur le visage.

Je m’évanouis de dégoût car les larves cherchaient mes orifices pour y rentrer, tandis que j’entendais un rire dément.
Les vers rampaient sur la peau de mon visage en laissant une lymphe blanchâtre...


J’ouvris les yeux. Une forme oblongue se tourna vers moi ; des yeux sombres clignèrent tandis que des petites mandibules remuaient. Une fourmi ! Je m’étais couché sur une fourmilière. J’en avais partout sur le corps. Je me tortillai en tous sens et réussis à en chasser la plus grande partie.

Une fois à peu près tranquille, je regardai autour de moi ; j’étais encore dans le brouillard. Les troncs des chênes s’estompaient dans la purée de pois. J’attrapai mon vélo, recouvert d’une fine pellicule de rosée. La matinée devait être bien avancée, car bientôt les nuées se dissipèrent sous l’action du soleil qui était presque au zénith.

Réprimant les gargouillements de mon estomac, je coupais un sentier que je suivis en direction de l’ouest. Je finirais bien par trouver une ville, une route...
Et effectivement je trouvai quelque chose. Toujours dans la forêt, à une centaine de mètres devant moi se dressait un étrange édifice. Il avait la forme d’un chapiteau de cirque, de couleur blanc cassé, constellé d’excroissances blanches : peut-être des fenêtres ? La construction, d’un diamètre de cinquante mètres, tranchait dans le décor de forêt celtique.


Mais où étais-je encore tombé ?

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

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Et une nouvelle adaptation de jeu video culte, une !

 

Forts du succès critique et public de Pirates des Caraïbes (adapté non pas d'un jeu video, mais d'une attraction Disneyland), les Studios Disney et le producteur Jerry Bruckheimer ont remis le couvert en adaptant cette fois-ci une saga videoludique qui a fait ses preuves.

 

Le premier défi venait de l'ambiance. Superbement éclairé, Prince of Persia puise une partie de son esprit visuel dans le Contes des Mille et une nuits. Le film remporte haut la main ce défi, les décors sont sublimes et la photographie respecte les éclairages ambrés et dorés que l'on imagine. Second défi : adapter efficacement pour l'écran un scénario avant tout basé sur des combats et des déplacements sur des toits parfois vertigineux. Les scénaristes, parmi lesquels est crédité Jordan Mechner, créateur du jeu, décident plutôt de garder le point de départ, et d'aller dans une direction différente du jeu. Bonne pioche, puisqu'on se retrouve avec quelque chose d'assez solide, avec l'adjonction de deux frères au prince du titre. Voici donc le synopsis :

 

Un prince rebelle est contraint d'unir ses forces avec une mystérieuse princesse pour affronter ensemble les forces du mal et protéger une dague antique capable de libérer les Sables du temps, un don de dieu qui peut inverser le cours du temps et permettre à son possesseur de régner en maître absolu sur le monde.

 

 

Pour donner de la consistance au prince Dastan, les producteurs ont cherché un acteur coté, capable de faire le poids physiquement, mais aussi d'être crédible dans son jeu. La surprise est belle puisque c'est Jake Gyllenhaal, révélé par Donnie Darko puis par Le Secret de Brokeback Mountain, qui est finalement choisi. La crevette s'est transformée en guerrier musclé -mais pas trop non plus-, et son visage un peu angélique correspond bien à celui de son homonyme videoludique. A ses côtés, incarnant son oncle, le vénérable Ben Kingsley, qui a incarné Gandhi dans le film homonyme ou Itzhak stern dans La Liste de Schindler. Pour incarner la belle princesse, c'est Gemma Arterton qui rafle la mise, elle que l'on voit à peu près partout en ce moment : Quantum of Solace, Good Morning England, Tamara Drewe, Le Choc des Titans et bientôt Men in black 3. Curieusement, c'est elle qui constitue le maillon faible du film. Elle est filmée de telle façon qu'on ne verrait pas la différence entre elle et une savonnette à laquelle on aurait rajouté une perruque et des faux seins. Alors que dans le jeu elle participe aux combats, ici elle n'est presque qu'une "sois belle et tais-toi" ; sauf que c'est un thon. Les deux stars du casting n'ont donc pas trop à se forcer pour tenir le haut du pavé, même si Jake Gyllenhaal s'en sort très bien.

 

Mais la plus grande surprise vient du nom du réalisateur : Mike Newell. L'Anglais, passé à la postérité de la comédie romantique avec Quatre mariages et un enterrement en 1994, puis se diversifie avec Donnie Brasco, puis le quatrième Harry Potter. Le voir aux commandes d'une superproduction bardée d'effets spéciaux n'est donc finalement pas tant une surprise, mais une étape de plus dans une carrière déjà fournie et diversifiée. Il s'en sort très bien, imprimant une identité visuelle réussie à ce produit, qui est peut-être le début d'une franchise.

 

Au final, j'ai bien apprécié ma séance DVD de ce Prince of Persia. Sans être trop regardant sur la cohérence de l'histoire, le film est artistiquement bien fait. Un bon divertissement.

 

Spooky.

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

 

Le 23 octobre 19**, on retrouvait sur l’île Bouvet, appartenant à la Norvège et se trouvant par 54° Sud et 3° Est, une vielle femme, qui s’était signalée par un feu de branches sèches. Le capitaine du bateau qui la recueillit avait été intrigué par la fumée venant de cette île réputée inhabitée car étant à plus de 1 500 kilomètres de toute côte. Le capitaine Tatsumiru, donc, du baleinier «Rosée du Matin», prit ce jour là à son bord une femme dont la vieillesse et la fatigue lui parurent extrêmes, au point qu’elle ne put se déplacer pendant plusieurs jours que sur une civière et avec précaution. D’abord laissée au repos complet, la femme dut bientôt subir des questions relatives à son identité. Mais à l’évidence elle ne comprenait ni l’anglais ni le japonais ni aucun idiome parlé par les membres de l’équipage

Les différents examens pratiqués par le médecin du bord révélèrent un état quasi impeccable voire impossible pour une personne de l’âge qu’elle semblait accuser ; elle ne semblait même pas avoir faim ! Un fait était encore plus troublant : en l’auscultant, le praticien découvrit qu’elle avait six doigts à la main droite ; celui ci ne semblait pas difforme et ne faisait que renforcer l’harmonie de sa dextre.
La respectable personne, malgré son incompréhension, avait l’air heureux que l’on l’ait recueillie et la sérénité couvrait son front sillonné de profondes rides. Cependant la nouvelle avait été transmise par radio au Japon et la presse internationale s’était emparée avec une curiosité inaccoutumée de l’histoire ;

Et évidemment, cela suscitait de nombreuses questions : comment cette vielle femme s’est-elle trouvée là ? On n’a signalé aucun naufrage dans les environs et une personne de son âge, fut-elle dans une forme olympique, aurait eu du mal à nager dans ces eaux froides et hostiles... Pourquoi avait-elle l’air de bien se porter, alors que l’on n’avait trouvé aucun relief de repas sur l’île Bouvet ? Qui était-elle et d’où venait-elle, tout simplement ? Le monde commençait à se passionner pour ce précédent et lors de l’arrivée du baleinier à Yokohama, on put voir plusieurs milliers de nippons (entre autres...) se presser sur les quais, inadaptés par une telle affluence, ce qui occasionna quelques incidents malheureux, tels des piétinements des noyades... Chacun veut voir, un peu comme lorsqu’il y a un accident de la circulation : tous s’arrêtent pour tenter d’entrevoir du sang ou des lambeaux de peau... Là, chacun attendait celle qui avait échappé à un mort certaine à court terme mais qui en même temps plutôt éloignés. Ils avaient le sentiment d’une insondable fierté intérieure, comme si l’événement auquel ils assistaient allait changer la face du monde. Et, dans un sens, ils avaient raison.

La vieille femme fut prise en charge par les services secrets japonais. Ces messieurs dames, tout en la ménageant, lui demandèrent en une trentaine de langues différentes d’où elle venait et les questions corollaires. Il était difficile de déterminer sa race, car elle semblait être le produit de nombreux brassages et en même temps appartenir à une race particulière, au teint chaleureux assez proche de celui des Malgaches sans pouvoir pour cela prétendre en être issu. Les interrogatoires et examens se poursuivirent jusqu’au sixième jour, quant se produisit un événement que l’on pourrait qualifier de surnaturel. Alors que le spécialiste d’Italien s’installait dans le bureau où se trouvait la vieille femme, celle-ci lui montre son bloc de papier d’un air fiévreux et empressé ; comme l’homme ne semblait pas comprendre, elle lui prit le bloc des mains et le maintint à plat devant elle sur le bureau. D’abord interloqué par la vigueur du geste, le linguiste leva les yeux vers le visage de la vieille femme : celui-ci était fendu par un sourire béat et oscillait de droite à gauche. Croyant à une crise, Nogachi appela le chef du service, Opikono, qui arriva en courant, accompagné d’un assistant. Le mouvement pendulaire de la vieille femme s’était quelque peu accentué et celle-ci récitait une étrange mélopée, à la mélodie envoûtante malgré la voix rocailleuse, voix que l’on entendait pour la première fois - elle entrait en transe- puis la chanson s’arrêta (et le mouvement également) et la femme resta prostrée sur sa chaise, les yeux clos. Elle resta ainsi plusieurs secondes puis ses yeux s’entrouvrirent, dévoilant des pupilles bleu azur d’une beauté et d’une vitalité déconcertantes ; elle pointa son sixième doigt vers le ciel et le redescendit pour désigner le papier ; le doigt s’emplit d’une lumière purpurine, puis jaune puis turquoise, sans passer par les teintes intermédiaires ; l’éclat avait une telle intensité que la pièce en était éclaboussée ; les silhouettes déformées des personnes présentes semblaient danser sur les murs en un étrange sabbat, environnées de lueurs éclatantes et vives. La femme se mit à écrire avec son doigt redevenu bronzé ; mais l’encre qui sortait du doigt était d’une couleur orangée, un orange semblable à celui du soleil automnal, lorsqu’il se couche. Eberlués par les jeux de lumière, les trois spectateurs mirent quelques minutes à s’en remettre, et lorsqu’ils se retournèrent vers la vieille femme, celle-ci avait déjà écrit toute une page de caractères serrés et alignés. Elle semblait écrire comme sous la dictée d’un être invisible, totalement sous son emprise. A première vue, son écriture était illisible, mais Opikono mit cette impression sur le compte du désordre visuel qui avait résulté du phénomène lumineux précédent. Il se tourna vers ses voisins pour lire leurs réactions sur leurs visages : son assistant se frottait les yeux en se plaignant ; quant à Nogachi, lui non plus semblait ne pas comprendre ce qu’il voyait.

Le temps semblait suspendu dans le petit bureau des services secrets japonais. Quiconque aurait à ce moment-là jeté un coup d’œil dans la pièce aurait ressenti un certain malaise ; il (ou elle) aurait vu une vieille femme à la peau bronzée écrire avec son doigt, un doigt qui avait l’air bizarre, on ne saurait dire pourquoi, sous les yeux exorbités de trois hommes. L’un d’entre eux faisait craquer ses doigts (encore un grand nerveux), un autre se pinçait le bras et le troisième tentait de se détourner de la femme, sans y parvenir... Aucun des trois n’osa trop bouger durant tout le temps qu’elle écrivait. Elle pondit ainsi 42 feuillets couverts de hiéroglyphes dont on parlera plus loin. Lorsqu’elle eut terminé son œuvre, elle poussa un profond soupir de satisfaction (de soulagement ?) et s’endormit instantanément sur sa chaise, les traits tirés, les mains sur les accoudoirs. Les trois hommes furent obligés de la transporter sur son lit car elle menaçait de choir de son perchoir.

Pendant que les médecins s’empressaient auprès de la vieille femme, Opikono se rendit au service des langues étrangères, avec sous le bras les 42 feuilles grossièrement serrées dans une mauvaise chemise, et Nogachi pour l’aider dans ses recherches.
Après plusieurs heures d’investigations fiévreuses mais vaines, ils s’adressèrent à Takana, spécialiste des langages disparus. Lorsqu’ils lui montrèrent la liasse, il la serra convulsivement et cria, la voix tremblante, la bave aux lèvres :
-Non ! Ce n’est pas possible ! Ce serait trop beau...
Opikono et Nogachi se regardèrent, doutant de la raison de leur collègue.
-Où avez-vous eu ça ? reprit ce dernier, agressant littéralement les deux hommes.
-Vous savez de quelle langue il s’agit ? demanda Opikono, essayant de le calmer.
-Venez avec moi, dit soudain le grand et maigre Takana, et il se dirigea sans attendre vers son rayonnage, au plus haut duquel il prit un petit volume qu’il présenta à ses collègues. Malheureusement, le titre était effacé et Nogachi demanda :
-Qu’est-ce que c’est ?
-La clé de votre problème, messieurs ! répondit, en substance, l’énigmatique Takana.

Il parcourut rapidement les pages racornies et jaunies du petit opus et marmonna, songeur :
-C’est bien ce que je pensais...
-Pardon ?
-Ce livre indique que des inscriptions semblables à celles de vos pages ont été relevées au milieu du Sahara, sur des monolithes en France et en Angleterre, et sur des plaquettes d’argile au fond de l’Atlantique...
-Ce qui signifie ? demanda Opikono qui n’entendait rien à tout cela.
-Que cette écriture que vous m’avez présentée est d’origine atlante, dit Takana, étonnamment calme et serein. Où l’avez-vous eue ?

Opikono lui raconta toute l’affaire, car son collègue n’avait pas fait le lien entre la vieille femme et les feuilles écrites en Atlante.
-Vous avez dit qu’elle écrivait de manière automatique ? ! demanda Takana, l’air soucieux.
-Oui. Elle était comme... hypnotisée, répondit Nogachi, curieux de connaître la signification de ce détail.
-C’est trop clair. Votre vieille femme -comment l’a surnommée la presse ? «Bouva», c’est ça- est, ou en tout cas était en liaison avec quelqu’un qui lui a dicté ces mots couchés sur ces papiers ; ce quelqu’un, qui connaît l’écriture atlante, est même peut-être un représentant de cette civilisation légendaire disparue depuis l’Antiquité... Vous vous rendez compte ? C’est fantastique, c’est inespéré, c’est...
-Pouvez-vous déchiffrer ceci ? demanda Opikono froidement, en désignant la liasse. C’est pour cela que nous sommes là.
-Il nous faudra certainement des années pour mettre à profit cette formidable découverte...
-Mais les services secrets n’ont pas le temps d’attendre ! répartit l’agent, buté.
-Je suis désolé, répondit Takana tout en arborant un large sourire de satisfaction, ressentant une intense bouffée d’excitation.
-Pas autant que moi, dit Opikono, visiblement agacé. En tout cas, silence total sur toute cette affaire, compris ? Et il appuya cet ordre par des gestes significatifs.
-Oui Colonel ! répondit Takana. C’était la première fois qu’il utilisait le grade de son vis-à-vis depuis le début de l’entretien.



Mais le secret n’en resta pas un très longtemps. D’abord à l’intérieur des services secrets, puis dans les hautes sphères du pouvoir (son altesse l’empereur elle-même en eut vent) ; les Japonais avaient poussé l’art de s’infiltrer dans des réseaux jusqu’à interpénétrer le leur propre... De confessions en bouches-à-oreille, d’entretiens à huis-clos en déclarations fracassantes, au bout d’un mois, la presse publiait une kyrielle de versions différentes de l’affaire, agrémentées d’affabulations et d’enjolivements, certains intéressants et la plupart totalement fantaisistes voire même risibles. Cette histoire, à la une de tous les médias, apporta bien sûr un regain d’intérêt envers cette vieille femme étrange, sortie de nulle part et communiquant avec une civilisation disparue depuis des milliers d’années. Des hordes de reporters faisaient nuit et jour le siège des bâtiments où on supposait qu’était gardée «Bouva» pour obtenir ne serait-ce qu’une bribe d’information, fût-elle vraie ou fausse, afin de garder ou de gagner le premier tirage ou de faire sauter l’audimat ; car l’affaire débordait du territoire étriqué des îles nippones, et le monde entier s’interrogeait, par l’intermédiaire des médias :
-Que mange-t-elle ?
-Est-il vrai qu’elle a la peau bleue ?
-Est-elle de notre planète ?
-Est-il vrai qu’elle a une trompe à la place du nez ?
-Combien a-t’elle de jambes ?
-Nous annonce-t-elle la fin du monde ?

Mais les services secrets avaient imposé un silence radio complet à ses agents, les menaçant de mesures disciplinaires draconiennes. Sur la dernière question citée, ces messieurs tentaient de trouver la réponse, ayant appelé à la rescousse tous les spécialistes mondiaux s’étant quelque peu frottés à ces énigmatiques idéogrammes, multipliant ainsi la vitesse de résolution du problème qu’ils posaient. Car il n’y eut pas d’autre séance de spiritisme et le temps lui-même devenait un ennemi ; depuis le spectacle «lumière sans son» auquel les trois agents avaient assisté, la vieille femme semblait décliner. Visiblement, celui-ci avait littéralement «pompé» une grande part de l’énergie qu’elle affichait depuis sa récupération sur l’île Bouvet. Ses forces déclinaient de manière constante, quoique très lente, si bien que, de l’état d’une personne de 20 ans, elle parut vieillir d’une soixantaine d’années (au moins !) en six mois ; au bout du cinquième, elle devait rester constamment alitée, n’ingérant de la nourriture que par intraveineuse, recrachant systématiquement tout ce que l’on mettait dans sa bouche. Au crépuscule de leur vie, on peut parfois entendre les gens parler une langue inconnue pour eux mais que l’on a parlée devant eux. Ainsi, au terme du sixième mois, l’infirmière qui veillait «Bouva» l’entendit dire très distinctement :
-RitornerÓ.

Puis elle rendit son dernier souffle et son cœur s’arrêta. Tout le monde s’interrogea sur la portée de cette ultime parole -qui signifie «je reviendrai» en italien, alors qu’on avait tenté, sans succès ni conviction vu son état empirant, de lui faire apprendre l’anglais alors qu’une première analyse de sa trace écrite était communiquée ; il s’agissait d’une œuvre à portée philosophique, qui apparut à tous d’une immense sagesse et d’une justesse saisissante. Malheureusement, l’œuvre était inachevée, car elle semblait interrompue au beau milieu du premier chapitre, quand l’introduction en annonçait une bonne trentaine. Cela laissa le monde des penseurs et celui des opprimés dans un profond désarroi : cependant ils espéraient beaucoup de la parole prophétique de «Bouva»...



Le lendemain de cette mort, on fit une étrange découverte à l’autre bout du monde.

Pedro surveillait les enfants qui plongeaient dans ce bras de l’Amazone pour repêcher son équipement, englouti à la suite du chavirement de sa pirogue. Il lui sembla entendre à quelques mètres des petits cris qui ne cadraient pas avec le décor de jungle qui l’entourait. Intrigué, il contourna l’amas de débris qui obligeait la rivière à charrier des objets hétéroclites et découvrit, posé à même le sable de la plage un bébé qui semblait né la veille, à peine protégé par un lambeau de couverture de couleur indéfinissable. Malgré la faim qui provoquait ses cris et son agitation, le bébé souriait, manifestement heureux d’avoir été trouvé. Soucieux de calmer le petit geignard, Pedro le prit dans ses bras ; écartant négligemment la couverture afin de déterminer son sexe, il ne put réprimer un mouvement de surprise : la main droite de la petite fille bronzée avait un sixième doigt et elle souriait.

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

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Bernard Werber, depuis l'immense succès des "Fourmis" en 1991, s'est tracé une place toute particulière parmi les auteurs français. Se situant à la frontière de plusieurs genres, la science-fiction, les récits philosophiques et scientifiques, chacun de ses ouvrages est attendu par des centaines de milliers de lecteurs. Pour ma part je n'ai lu que deux ou trois de ses livres, dont deux de sa trilogie des Fourmis. L'occasion s'étant présentée de lire son dernier opus, je m'y suis (re)mis.

 

Le Rire du Cyclope s'ouvre sur le décès sur scène, ou presque, de l'humoriste Darius Wozniak. Celui-ci, personnalité préférée des Français, provoque une intense émotion dans la société hexagonale. La jeune journaliste scientifique Lucrèce Nemrod, dont l'histoire personnelle est liée au disparu, décide d'investiguer sur sa disparition, pensant qu'il s'agit d'un meurtre. Elle va renouer les liens avec Isidore Katzenberg, collègue à la retraite, et pénétrer les arcanes du milieu de l'humour... Ils découvriront ainsi qu'un étrange artefact, surnommé la BQT, semble faire l'objet de bien des convoitises... 

 

Le Rire du Cyclope est l'occasion pour Werber de remettre en scène deux de ses personnages fétiches, deux journalistes scientifiques déjà rencontrés sur Le Père de nos pères (1998) et L'Ultime secret (2001). Comme il l'explique en postface, c'est une blague racontée par un camarade lors d'une excursion en montagne, à l'âge de 17 ans, qui lui a permis de finir les Fourmis, et par-là même de comprendre la structure d'un récit. Il souhaitait rendre hommage, à sa façon, à l'humour, et cette enquête étrange lui a permis de le faire. Werber a bénéficié de nombreux soutiens : d'abord les tuyaux de ses amis humoristes, qui lui ont expliqué un peu la jungle de leur milieu, et ensuite de milliers d'internautes qui sont venus déposer des blagues sur son site internet. Lesquelles blagues servent d'entracte au récit, étant parsemées ça et là, entre les chapitres purement sur l'intrigue principale et ceux où l'histoire de l'humour nous est contée. On apprend ainsi -mais bien sûr ce n'est que de la fiction- qu'une organisation secrète s'est constituée depuis des siècles pour tenter d'élever l'humanité en produisant des blagues, et ce de façon industrielle, ou du moins... contrôlée. Laquelle organisation élève sa qualité humoristique par des combats de blagues, où celui qui rit le plus fort meurt. Un monde sans pitié donc, dans lequel les deux journalistes scientifiques, qui furent amants mais se cherchent toujours, tentent de voir plus clair.


 

Comme je l'ai indiqué le récit est émaillé d'anecdotes permettant de suivre l'évolution du rire depuis son apparition chez l'Homme, il y a 2 millions d'années ; c'est ainsi que commence la civilisation, et non lorsqu'on commença à enterrer les morts. L'humour est ainsi abordé sous son angle historique, mais aussi médical, et presque idéologique, puisque l'on apprend que des personnages tels que Staline et Hitler avaient banni le rire de leurs existences, sauf en de rares occasions de représentation. Des anecdotes intéressantes, à mettre en regard avec le récit, qui avance de façon assez logique, même si on se retrouve systématiquement ou presque dans l'esprit de Lucrèce.

 

Une autre mise en miroir est présente, puisque des personnages secondaires du roman s'appellent Loevenbruck et Chattam, deux noms qui ne sont pas inconnus du grand public puisqu'avec Werber ils tiennent le haut du pavé de la littérature du suspense et de la fantasy aujourd'hui. Quant à Stéphane Krausz, producteur du Cyclope, c'est un ami personnel de l'auteur qui est en train de produire et réaliser un documentaire sur lui. Clin d'oeil sympathique en passant. De là à imaginer que Darius Wozniak, alias le Cyclope (surnommé ainsi à cause d'un accident de jeunesse l'ayant privé d'un oeil), n'est qu'un alter ego de Werber, il y a un pas que je ne franchirai pas. D'autant plus qu'un parallèle bien plus évident se fait au cours du roman : Isidore va devenir romancier, dans un genre assez large, le suspense à science, qui est justement celui de Werber. Lequel parle un peu de ses oeuvres précédentes : Les Fourmis bien sûr, les deux récits où Isidore et Lucrèce étaient présents, mais aussi L'Arbre des possibles, le site internet (dont le nom est inspiré par une nouvelle écrite en 2002) où l'auteur invite les internautes à livrer leur vision de l'avenir.

 

Dans l'ensemble, la lecture de ce livre fut assez agréable, Werber a bien progressé en termes de qualité d'écriture depuis les Fourmis (désolé, je n'ai pas lu Les Thanatonautes* par exemple), et il livre une étude intéressante sur le rire sous ses aspects historiques avec quelques exemples (dont certains très connus comme la blague du frigo), et permet de retrouver deux personages qui d'après mes recherches et les questionnements auprès de fans de l'auteur, sont très appréciés. Nul besoin cependant d'avoir lu Le Père de nos pères ou L'Ultime secret pour bien saisir le propos, ce qui est une belle qualité. J'ai aussi appris un certain nombre de choses sur l'histoire du rire, sa mécanique, et ses personnages les plus illustres. 

 

Spooky.

 

* Pour les amateurs de ce roman, il est à noter qu'une adaptation en bande dessinée est en cours. Adapatée par Eric Corbeyran, elle va être mise en images par le talentueux Pierre Taranzano. Plus d'informations sur le blog de ce dernier.

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