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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres


WORLD WAR Z

 

Films, bandes dessinées, jeux vidéos, jeux de société, depuis quelques années les zombies, morts-vivants et goules font un retour en force, après celui effectué quelques années plus tôt par leurs cousins vampires. C’en est arrivé au point que même le fan de nos amis décomposés peut finir par frôler l’indigestion. Pourtant, malgré ma lassitude de les voir resservis à toutes les sauces, je lorgnais depuis longtemps sur World War Z de Max Brooks (par ailleurs auteur d’un Zombie Survival Guide). Sous-titré An Oral History of the Zombie War, le livre est présenté comme un documentaire et nous raconte un conflit qui, dans un futur très proche, oppose l’humanité entière à une invasion de zombies.

 

Créés par un virus d’origine inconnue, les zombies de World War Z ressemblent à l’idée que l’on peut se faire de ces bestiaux depuis La Nuit des Mort-Vivants : des créatures lentes et dépourvues d’intelligence, uniquement mues par une faim inextinguible de chair fraîche, qui propagent leur infection par morsure et ne peuvent être stoppées que par la destruction de leur cerveau. L’épidémie démarre en Chine et se propage rapidement sur toute la planète. L’humanité lutte du mieux qu’elle peut, mais s’organiser face à cette menace inédite et terrifiante se révèle extrêmement difficile, et ce n’est que de justesse que l’on échappe à l’extinction complète, après une dizaine d’années de “guerre mondiale” contre ces envahisseurs venus de l’intérieur et dont les rangs augmentent chaque fois que diminuent ceux de leurs victimes.

 

C’est par une série de témoignages émanant de tous les continents qu’est racontée la “Zème Guerre Mondiale” : le début de l’épidémie, les premières tentatives pour l’endiguer, la propagation globale du mal, la “Grande Panique”, la résistance inefficace de l’armée, l’organisation pour la survie… On voit se dérouler le conflit étape par étape, à travers les yeux de ceux qui l’ont vécu, à différents niveaux de la société. On lira tour à tour les récits d’un médecin ayant constaté l’un des premiers cas dans un petit village ; d’un “passeur” qui a contribué à la catastrophe en aidant des personnes infectées à quitter clandestinement la Chine ; d’un chirurgien ayant transplanté des organes contaminés ; d’un ponte de l’industrie pharmaceutique sans remords d’avoir commercialisé un vaccin bidon ; d’un garde du corps dont l’employeur s’est enfermé avec des célébrités dans un bunker de luxe pour y produire une émission de télé-réalité en marge des événements ; d’un réalisateur de cinéma amené à tourner des films de propagande pour remonter le moral de la population ; de militaires que l’incompétence de leurs officiers a conduits à la débâcle ; de simples civils ayant fui et survécu comme ils pouvaient ; de ceux qui ont fini par planifier des méthodes effroyables mais efficaces pour éviter l’apocalypse totale, réorganiser les zones “sûres” puis contre-attaquer ; de soldats qui ont lutté pour regagner le terrain perdu ; d’un mercenaire accro à la lutte anti-zombies et qui craint de n’en avoir bientôt plus aucun à tuer…

 

Si le livre fournit à l’amateur de zombies son quota de têtes qui explosent, de tripes qui dégoulinent et de scènes d’angoisse (très réussies), c’est surtout par son côté troublant de réalisme que World War Z est remarquable (et qu’il glace bien plus le sang qu’une simple succession de confrontations brutales entre vivants et morts). Le livre n’omet aucun aspect, politique, social, économique, psychologique, des causes et conséquences de l’horreur, et ne sombre jamais dans la grosse satire tarte-à-la-crème (du style “Ha ! Voyez, en réalité, tout ça c’est une allégorie hyper profonde de l’Amérique de George Bush/la société de consommation/la ségrégation raciale !!!”) tout en proposant évidemment, comme toute bonne œuvre de science-fiction, plus qu’un simple exercice de style consistant à rendre crédible un futur hypothétique résultant d’événements n’ayant jamais eu lieu. Car Max Brooks n’est jamais lourd, jamais binaire, et c’est par petites touches qu’il distille son ironie, comme dans ce récit d’un homme politique expliquant la difficulté de rebâtir une communauté et une économie détruites alors que la majeure partie de la population est habituée à exercer un métier “inutile” comme consultant, analyste ou communiquant...

 

Le livre s’essouffle malheureusement vers la fin ; après une longue série de témoignages si captivants qu’on se dit souvent “Dommage que ça s’arrête, parce que rien qu’avec cette histoire-là il y avait de quoi tirer tout un roman, ou au moins tout un chapitre supplémentaire”, la plupart des récits des dernières parties se révèlent nettement plus faibles et on pourra se sentir floué par cette conclusion un poil poussive. 40 pages assez fades sur les opérations de nettoyage d’après-guerre ou la disparition des baleines, après 300 pages d’une plongée passionnante et cauchemardesque dans un enfer apocalyptique, je n’irais pas jusqu’à dire que ça gâche tout, mais la déception est grande. Malgré ça, il serait vraiment regrettable de passer à côté de cet excellent bouquin qui, au-delà du public des aficionados de zombies, a de quoi séduire tout amateur d’anticipation. Il convient juste de signaler que le livre n’a pas encore été traduit en français, ce qui pourra en rebuter plus d’un, encore que le vocabulaire et le niveau de langue devraient permettre à n’importe quel lecteur ayant quelques années d’anglais au compteur et un bon dictionnaire de poche de ne pas se sentir trop perdu.

 

Toxic.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Jeux
En hommage à l'anniversaire de Mobutu Sese Tolkien qui aurait eu très précisément 116 ans et 7 mois ces jours-ci s'il n'était pas mort il y a 35 ans, voici le deuxième jeu inspiré de son oeuvre en deux jours sur ce blog, parce qu'après tout il n'y a pas que Gary Gygax qui mérite tous les honneurs pour avoir inventé les dragons et les elfes.

A la différence de LucasArts qui a décliné la saga Star Wars à toutes les sauces possibles et imaginables, avec des jeux de courses, l'atelier de droïdes, Jabba Passion Cuisine ou
Sim Jar Jar, Electronic Arts a exceptionnellement su faire preuve d'une certaine retenue avec la licence Seigneur des Anneaux, en se limitant à des jeux de stratégie et d'action ne déviant pas trop des films dont ils sont tirés. Fait relativement rare dans l'histoire des jeux "tirés de...", les divers titres sortis se sont révélé d'honnête qualité pour autant que j'aie pu en juger (j'avoue ne pas les avoir tous testés) et on les apprécie d'autant mieux aujourd'hui qu'ils se trouvent tous à bas prix.

La bonne affaire du jour, donc, c'est Le Retour du Roi qui se déniche n'importe où pour 5 €. Comme son nom l'indique, il s'agit de l'adaptation du dernier volet de la série. On y contrôle les principaux personnages dans un bon vieux beat'em all à l'ancienne, ou du moins une sympathique transposition 3D de ce à quoi ressemblaient les bons vieux beat'em all à l'ancienne. Pour les plus abrutis ignorants jeunes d'entre vous
qui ne savent pas ce que c'est que d'avoir eu une Megadrive étant ado, le beat'em all consiste à démolir à la chaîne des centaines de clones en utilisant toujours la même demi-douzaine d'attaques, et dit comme ça je sais que ça a l'air con, mais c'était vraiment le meilleur genre du monde à la belle époque, parce que c'était bien défoulant et que ça pouvait se jouer avec un pote, et c'est dommage qu'à l'arrivée de la première PlayStation et du tout-3D, on ait oublié comment faire de bons beat'em all. Mais je suis prêt à parier qu'avec un bon Streets of Rage 4 ou un bon Golden Axe 4, la Dreamcast aurait survécu plus longtemps !

Tant qu'on est dans les parenthèses destinées à nos amis les jeunes, qui n'ont rien connu, je précise également que le chiffre "4" était le chiffre que l'on pouvait autrefois accoler au titre d'un film ou d'un jeu quand il s'agissait du 4ème épisode d'une série de films ou jeux. Evidemment aujourd'hui on ne fait plus ça, ça donnerait trop l'impression qu'on a perdu toute créativité et qu'on se contente d'exploiter des filons jusqu'à la nausée, alors pour que les gens ne se disent pas "ouah putain déjà le 12ème Need for Speed, faut qu'ils arrêtent, là"
, à la place du chiffre on ajoute un sous-titre ou un sur-titre bidon, voire le prénom du héros. Comme quand Rambo 4 devient John Rambo. Il y a encore quelques années, un nouveau Streets of Rage baptisé Streets of R4ge n'aurait peut-être pas été trop ringard, mais aujourd'hui on l'appellerait plus vraisemblablement Streets of Rage: Back on the Streets, Bare Knuckles: The Chronicles of Streets of Rage, ou John Streets of Rage Balboa. Tenez, d'ailleurs le nouveau Golden Axe s'appelle Golden Axe: Beast Rider, c'est dire si j'ai raison.


Graphiquement, ça fait un peu "jeu PS2 d'il y a 5 ans",
il y a d'ailleurs une version PS2 strictement identique disponible pour 20 €.

Bref, trêve de couillonnades, revenons-en à nos hobbits. Le Retour du Roi est donc un beat'em all à l'arme blanche, ou un Hack & Slash si vous préférez, qui vous permet de revivre les moments-clés du film de Peter Jackson sur une dizaine de niveaux répartis sur 3 "chemins" suivant les parcours parallèles des membres de la défunte Communauté de l'Anneau désormais séparée. L'action consiste principalement à découper des nuées d'orcs et de gobelins à l'épée, à la hache ou à la dague, mais les héros sont également munis d'armes de jets et peuvent même, de temps en temps, faire appel à des machines de siège. La palette de coups n'est au départ pas très étoffée mais en accumulant des points d'expérience, on peut "acheter" de nouvelles attaques. Malgré cette possibilité de varier les combos et la présence de 5 personnages jouables (et d'autres à débloquer par la suite), ça reste évidemment très bourrin et répétitif même si les niveaux offrent généralement une petite particularité permettant de casser un peu la monotonie. Par exemple, le niveau de Minas Tirith avec Gandalf se déroule sur des espaces limités, dans lesquels le magicien doit repousser l'invasion de la citadelle en renversant les échelles qui permettent aux soldats ennemis d'escalader la muraille, et en protégeant un maximum de civils une fois que les orcs ont pénétré dans l'enceinte. Le niveau d'Osgiliath où l'on dirige Sam est conçu comme une longue fuite en avant sur les traces de Gollum, au cours de laquelle il faudra régulièrement trouver des cachettes pour empêcher un  Nazgûl de capturer Frodon.


Dans le 1er niveau avec Sam, il faut surveiller la jauge en haut à droite
et se mettre à couvert chaque fois que possible pour la vider.
Si elle se remplit entièrement, Elijah Wood finit en casse-croûte pour lézard volant.

Les niveaux les plus classiques sont ceux où l'on peut contrôler au choix Aragorn, Legolas ou Gimli, mais ils sont également ceux qui permettent de jouer à deux en coop. Une possibilité qui a de quoi mettre la larme à l'oeil des nostalgiques de l'Age d'Or de la baston dont je parlais plus haut. Dommage que l'action devienne alors un poil trop confuse, et n'apporte donc finalement pas autant de satisfaction qu'on le souhaiterait. C'est pas qu'on ne s'amuse pas, mais on ne retrouve pas vraiment les sensations qu'on a pu avoir il y a 16 ans sur borne d'arcade ou console 16-bit.


Ici, vos alliés les Ents s'attaquent aux orcs qui vous barrent la route,
mais sans regarder où ils mettent les pieds (les racines ?),
ce qui les rend dangereux pour vous également.

L'une des réussites du jeu en revanche est une retranscription assez fidèle de l'ambiance furieuse des batailles du film. Les niveaux dans lesquels vous évoluez sont "vivants", autour de vous ça s'anime, ça explose, des "figurants" se battent entre eux sans nécessairement s'en prendre à vous... Et malgré un level-design en couloir et de nombreux recours à des scripts déclenchés par l'intervention du joueur, l'impression d'immersion en plein coeur de grands combats dont vous n'êtes qu'un pion se frayant un chemin au milieu des autres est souvent assez bonne.


Chaque ennemi tué rapporte un nombre de points d'expérience plus ou moins grand
selon votre habileté. Enchaîner les coups réussis sans être touché vous-même
vous fera monter de niveau plus vite, mais ce n'est pas toujours facile au milieu d'un champ de bataille.

Le jeu n'est pas très long et malgré la possibilité de recommencer avec de nouveaux héros (Faramir, Merry & Pippin...) la durée de vie reste limitée dans la mesure où on ne peut pas dire que rejouer les mêmes niveaux dans la peau de Frodon plutôt que Sam change radicalement l'expérience. Cela dit, Le Retour du Roi reste bien défoulant et franchement sympa. Dans un genre aussi sous-représenté sur PC, si vous êtes amateur de baston et pas allergique au Seigneur des Anneaux, à 5 € ce serait bête de s'en priver.


Toxic.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Jeux
Avant tout, mes excuses aux quelques-uns qui cliquent sur le lecteur de musique que je joins aux articles, je sais qu'aujourd'hui c'est vraiment de la daube, mais j'étais pas inspiré pour le choix, et mettre un extrait de la bande originale des films de Jackson était trop facile, ce qui m'amène donc à vous infliger une perlouze par les auteurs de la chanson que Cartman est obligé de chanter jusqu'au bout. Désolé.

Sur le jeu lui-même, ben, c'est une vieillerie qu'on trouve désormais dans la "Hits Collection" de Mindscape, pas la rouge à 5 € mais l'argentée à 10 €, je précise parce qu'il y en a 2. Comme son titre l'indique à peu près bien, ils vous invite à revivre sous la forme d'un jeu de stratégie en temps réel la guerre entre lutins et farfadets qui est racontée, entre deux chapitres sur les vertus de l'herbe à pipe ou les chansonnettes d'un casse-burnes forestier, dans les livres de Joseph-Désiré Tolkien.

Comme beaucoup de types qui ont dû, dans leur jeunesse, trouver des trucs pour s'occuper pendant que les adolescents normaux avaient une vie sociale, voire sexuelle, je me suis farci les aventures du gnome à la bagouze magique quand j'avais 15 ans, et un certain attachement nostalgique à ces calembredaines me faisait attendre avec impatience la sortie d'un jeu qui permettrait de prendre le contrôle des fameuses armées de créatures imaginaires commandées au cinéma par Dracula et Richard III (ou le Comte Puduku et Magneto, si vous avez des goûts de chiottes en films).

Hélas, à l'époque de sa sortie, la presse était plutôt tiède, ce qui m'a conduit à ne finalement pas acheter le jeu. C'est finalement un mec de chez EA qui me faisait visiter les locaux de la boîte qui m'a convaincu de lui donner sa chance, aidé en cela par un prix attractif de 10 dollars à la boutique des employés à laquelle il me donnait accès. Evidemment, je me doute que vous vous en foutez un peu, mais quand on veut gagner ses galons de vrai journaliste de jeux vidéos, il n'y a rien de tel que de plomber ses articles d'anecdotes personnelles inintéressantes comme le font les professionnels.

Bref, voilà, j'ai acheté le jeu, et constaté que les détracteurs du jeu étaient quand même un poil sévères, puisque La Bataille pour la Terre du Milieu est au bout du compte un petit STR bien sympathique qui, sans révolutionner le genre, se révèle plus intéressant que bon nombresde clones insipides de Warcraft et Age of Empires. On y retrouve les personnages, créatures et armées des livres et des films, répartis en 4 factions, elles-mêmes réunies sous deux bannières : du côté du Bien, vous avez le Rohan et le Gondor, du côté du Mal, le Mordor et l'Isengard. Evidemment, chaque camp a ses forces et faiblesses et les affrontements utilisent un système proche de l'habituel "papier-pierre-ciseau" des jeux de ce genre, même s'il paraît tout de même un poil déséquilibré : ainsi,  chez la clique de Gandalf et Aragorn, il n'y a pas grand chose qui justifie d'utiliser l'infanterie par rapport à la cavalerie, tant celle-ci se révèle efficace face à presque n'importe qui, et pour le fan-club de Sauron et Saroumane, presque toutes les unités semblent obsolètes une fois qu'on a accès aux plus gros monstres comme le Mûmak ou le Nazgûl.


Les batailles n'ont pas toujours l'envergure de celles des films,
parfois quelques escouades de haut niveau suffisent à prendre une ville ennemie.

Tant qu'on parle d'unités, j'apprécie beaucoup le fait que, pour une fois, les bastons entre les unes et les autres ne se limitent pas à "elles se font face et se cognent dessus à répétition jusqu'à ce que les points de vie de l'une des deux tombent à zéro". Les animations (et les effets des attaques) sont plus réalistes, plus dynamiques. Ici, quand un ogre ou la cavalerie charge une escouade de fantassins, ils sont immadiatement éparpillés aux quatre vents et ne se relèvent pas. Quand un Nazgûl fond sur une proie, il l'attrape, l'emporte puis la laisse tomber dans le vide pour la tuer sur le coup. Du coup, on regrette que les armées n'aient pas la taille de celles d'un Total War, parce qu'une belle charge de Mûmakil sur un gros régiment d'infanterie, avec des dizaines de soldats volant dans tous les sens sous les coups de défenses des bestiaux, ça aurait eu sacrément de la gueule, mais bon, ça n'est déjà pas si mal, même si le jeu a quand même vieilli graphiquement.


Même les plus grandes villes ne peuvent contenir que 9 bâtiments en comptant
le donjon central, une limite qui ne plaira pas à tout le monde.

La plus grosse critique faite par les détracteurs du jeu est l'absence de liberté offerte au joueur dans la construction de sa base. Il n'est en effet pas possible d'établir un camp n'importe où, ni de construire autant de bâtiments que l'on veut. Il y a des places fortes et des villages déjà établis en différents points de la carte, et sur chaque, un nombre limité d'emplacements disponibles pour y installer vos fermes, casernes et forges. Et c'est vrai qu'au début, ça agace. Je comprends que le nerd fanatique de Tolkien qui a pour la 1ère fois de sa vie l'occasion de commander une armée de la Terre du Milieu a envie d'ériger une forteresse impressionnante pour compenser la petite taille de son sexe avant de rusher avec 15.000 cavaliers, pas simplement de poser deux fermes et une écurie dans un pauvre petit avant-poste minable avant de péniblement réunir 10 clodos sur des poneys. Mais passée la frustration, on se dit que c'est finalement une contrainte intéressante qui est ici imposée au joueur, une approche pour une fois un peu originale du genre là où on aurait pu craindre un simple mod tolkiénesque d'AgeCraft & Conquer. On ne peut pas vraiment rusher, on ne peut pas vraiment camper. Il faut réfléchir intelligemment à son développement, tout en conquérant régulièrement de nouveaux emplacements, que ce soient des murailles où l'on pourra développer une nouvelle base ou des tours abandonnées qu'on pourra convertir en positions défensives redoutables.


Quand les grosses bébêtes du Mordor parviennent à investir une forteresse,
c'est un peu la fin des haricots pour l'assailli.

A part ça, on y retrouve ce qu'à peu près tous les STR modernes proposent, mais pour l'époque ça n'était pas si mal : les unités qui gagnent de l'expérience au fil des batailles, les héros aux pouvoirs spéciaux, des scénarii avec objectifs principaux et secondaires permettant d'engranger des points débloquant des attaques plus puissantes, une campagne avec une carte sur laquelle on peut déplacer ses troupes pour choisir le prochain territoire à conquérir en fonction du bonus que l'on vise... C'est banal aujourd'hui, mais du coup le gameplay ne paraît pas trop désuet, surtout si on le compare à d'autres STR de la même génération comme un Command & Conquer Generals (qui se trouve pour sa part à 5 € dans la Hits Collection rouge susmentionnée) ou un Age of Empires III (qui en revanche est encore à plus de 30 €).

Au final, force est de reconnaître que si le jeu est loin d'être déshonorant, il ne fait pas vraiment le poids face à d'autres jeux de stratégie disponibles eux aussi en gamme budget, comme un
Dawn of War (5 € sans ses add-ons) ou un Medieval II (20 € en version Gold, le prix a encore baissé). Néanmoins, à défaut de séduire les amateurs de STR hyper novateurs et pointus, La Bataille pour la Terre du Milieu est suffisamment bien fait et plaisant à jouer pour offrir aux fans de la plus célèbre saga d'heroic fantasy depuis la Bible une durée de vie qui ne les fera pas regretter leur dépense de 10 €.

Toxic.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Films

Connaissez-vous ce classique de la science-fiction de 1952, réalisé par Robert Wise ? Une soucoupe volante atterrit sur Terre. Alors qu'on les croyait hostiles, les extraterrestres sont en fait porteurs d'un message de paix pour l'humanité.

J'ai vu le film il y a quelques temps maintenant, et j'en avais gardé le souvenir d'un film un peu kitsch, mais qui se voulait aseez humaniste. Eh bien figurez-vous qu'un remake a été tourné, et que je suis tombé par hasard sur la bande-annonce, qui n'est pas mal faite. Bon, ça ne présage pas trop du résultat final, mais le casting compte quand même Kathy Bates et Jaden Smith, le fils de Will, et ho, Jennifer Connelly, l'une des créatures les plus sexys de notre planète. Et dans le rôle principal, Keanu Reeves, visiblement choisi pour son impavidité...

Bon, on en reparle en fin d'année (marrant, le film sortira en France deux jours avant les Etats-Unis).

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres

Avec ce tome, je clos une grosse session de lecture consacrée à Tolkien. Pour mémoire, j’ai lu également Les Monstres et les critiques et autres essais, Le Seigneur des Anneaux ou la tentation du Mal, et plus récemment Tolkien, 30 ans après. Je n’épiloguerai pas sur ces lectures, il vous suffit de suivre les liens pour en savoir plus.


Aujourd’hui je vous entretiendrai donc de ce conte des Enfants de Húrin, personnages très importants du cycle d’Arda. Les évènements contés dans ce tome prennent pied des milliers d’années avant Le Seigneur des Anneaux. La Terre du Milieu est en proie aux luttes entre Morgoth, le premier Seigneur ténébreux (et maître de Sauron, qui fera des misères à cette même terre du Milieu plus tard), et les Elfes, alliés aux Hommes. Húrin était le seigneur de Dor-Lomin, une petite terre ceinte par les montagnes dans le nord du Beleriand. Le Beleriand se trouve au nord des régions où se déroule l’action du Seigneur des Anneaux. Au cours d’une bataille Húrin fut capturé par les Orques à la solde de Morgoth, lequel le somma de lui indiquer l’entrée du royaume de Gondolin, une cité cachée dans les montagnes mais recelant de nombreuses richesses. Fier, Húrin refusa de céder, et Morgoth l’enchaîna au sommet d’une montagne dominant le Beleriand, d’où il put voir, 28 ans durant, tout ce qui s’y passa, par le prisme déformant de Morgoth. Ce dernier lança une terrible malédiction sur les enfants du seigneur de Dor-lomin, Túrin et Niënor.


Le Beleriand.

Le roman raconte, sous forme de conte, la vie aventureuse et errante du frère et de la sœur, surtout Túrin. Il fut d’abord envoyé au royaume de Doriath, tenu en sécurité par les Elfes sindarin dirigés par Thingol. Túrin devint un robuste guerrier, quelque peu impulsif et fruste. Au cours d’une dispute, il tua accidentellement un notable Elfe, et décide lui-même de s’enfuir, vouant son existence à l’errance, sous divers noms d’emprunt. Devenu le chef d’une bande de hors-la-loi, il combattit farouchement les Orques qui commençaient alors à envahir le Beleriand. Il fut ensuite amené à Nargothrond, un autre royaume elfe, où il devient un capitaine au succès fulgurant, se substituant rapidement au maître légitime des lieux, Orodreth. Mais bientôt les armées maléfiques s’abattent sur la cité, menées par le Ver Glaurung, qui annonça avant de s’échapper à Túrin son destin funeste. Túrin décida alors de repartir chercher sa sœur et sa mère, hélas parties depuis longtemps de Dor-lomin. C’est là que Glaurung réapparut, ensorcelant la jeune fille et lui faisant perdre totalement la mémoire tandis que sa mère disparaissait. C’est Túrin qui la recueillit dans la forêt de Brethil, et s’occupa d’elle. Et bien sûr, ils tombèrent amoureux, et Niënor –rebaptisée Niniel (« la jeune fille en pleurs »)- épousa Túrin et conçut un enfant avec lui. C’est le moment que choisit Glaurung pour réapparaître et menacer leur bonheur. Túrin le tua, non sans apprendre par la bouche du ver (qui se fit ainsi la voix de Morgoth) l’identité de la jeune fille qu’il trouva un jour errant dans les bois. Recouvrant la mémoire avec le dernier soupir de Glaurung, Niënor ne put supporter la vérité et se jeta du haut d’une falaise. Túrin, arrivé trop tard pour la retenir, supplia son épée elfique de boire son sang. Ainsi s’achève l’histoire dramatique des enfants de Húrin…

Tùrin vu par John Howe.

Quelle histoire, n’est-ce pas ? Túrin Turambar est sans doute l’un des personnages les plus tragiques (au sens du théâtre grec du terme) jamais créés par Tolkien. Exilé, meurtrier d’un notable, de l’un de ses meilleurs amis et soutiens, il causa la perte de Nargothrond, jusque-là inviolable, par ses ambitions guerrières. En outre il perdit ses parents (qui se recueillirent plus tard sur sa tombe, Húrin libéré et Morwen revenue des ses errances), épousa sans le savoir sa sœur… Cette épopée fut écrite par l’auteur au cours de la première guerre mondiale, à une époque où les Hobbits n’existaient pas encore dans son imaginaire, mais n’avait pas encore été livrée de façon exhaustive aux lecteurs. En effet elle existait sous une forme embryonnaire dans le Livre des Contes perdus. C’est encore une fois son fils Christopher qui, rassemblant des notes, comblant les trous, corrigeant les incohérences, qui nous permet d’avoir ce récit dans son intégralité. Il nous permet par exemple d’avoir une relation conséquente de Nirnaeth Arnoediad, la bataille des Larmes Innombrables (un nom que je trouve sublime), une bataille où Nains, Elfes et Hommes furent unis pour combattre l’Angband, tenu par Morgoth. Cette bataille causa la perte de Húrin, comme je le disais plus haut, et constitua un basculement dans l’histoire de la terre du Milieu, puisqu’après Morgoth put contrôler la quasi-totalité du Beleriand.

EDIT du 4 août : Je tenais à souligner le travail d'édition remarquable de Christopher Tolkien, à l'attention des nombreux lecteurs qui ne baigneraient pas dans l'ambiance et l'univers de la Terre du Milieu. En effet en fin de tome se trouve un index des noms propres présents dans le conte. C'est vrai qu'il est parfois difficile de tout retenir, a fortiori quand les personnages et parfois les lieux changent de noms. Même moi j'avais un peu de mal par moments. J'ai essayé justement de ne pas trop en rajouter à ce niveau dans ma chronique. En complément de cet index se trouve une carte des lieux des évènements relatés, qui sans être complète, permet tout de même de se situer un peu dans l'espace. Seul reproche à faire aux éditeurs, la connexion géographique avec l'action du Seigneur des Anneaux n'est pas aisée.

Les Enfants de Húrin
constitue l’un des récits les plus épiques de Tolkien, à rapprocher bien sûr de son Seigneur des Anneaux. Une lecture très dynamique.

Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Films

Du Singulier majestueux au féminin viscéral

Je ne peux pas ne pas revenir sur mon Ode à la bête, malgré toutes mes bonnes résolutions. Car je suis restée sur ma faim en traitant du premier Alien, contrainte de laisser de côté sa nombreuse descendance et frustrée de ne pouvoir dire tout le bien que j’en pense.

C’est donc à Aliens : le retour que je m’attaque aujourd’hui. Le film de James Cameron sort en 1986, soit 7 ans après le chef d’œuvre de Ridley Scott, et dans un contexte cinématographique très différent. La science-fiction est à la mode, en ces années-là. Elle a aussi beaucoup changé, comme si le règne incontesté de La guerre des étoiles sur les écrans n’avait fait qu’accélérer sa mutation. Quand il est question pour lui de prendre la succession de Ridley Scott, J. Cameron est auréolé du succès de son Terminator, un film qui résume à lui seul la vision du réalisateur. Car si Ridley Scott est un remarquable styliste capable de s’adapter à (presque) tous les genres, James Cameron, pour sa part, est un homme d’obsessions. Et il va utiliser de manière assez inattendue l’univers d’Alien pour les incarner à l’écran.

Il part cependant avec un handicap de taille. La matière formelle du premier film (destiné à l’époque à n’être qu’un « tir isolé ») ne lui permet pas de jouer sur le même terrain, à savoir celui de l’angoisse pure. C’est pourquoi sans doute l’alien de Ridley Scott devient dans la vision de J. Cameron aliens au pluriel, c’est-à-dire la peur induite non plus par la menace dissimulée et inconnue, mais par la multitude. Il ne s’agit pas pour autant d’une trahison. Il s’agit de déplacer le combat sur un terrain que Cameron est sûr de maîtriser, et qui lui permettra de développer à son tour ses propres fantasmes. La question qui m’intéresse est de savoir comment il s’y est pris pour opérer ce glissement thématique sans dénaturer l’héritage du premier film.

Plantons un instant le décor. L’action d’ Aliens : le retour débute très exactement 57 ans après que Ripley ait expédié le monstre dans l’espace. Nous avions laissé l’héroïne en hypersommeil, errant dans le vide avec le mince espoir de voir sa navette de secours atteindre la terre. James Cameron reprend le fil tendu par Ridley Scott en basant sa séquence d’ouverture sur la découverte miraculeuse de la navette, et le sauvetage non moins miraculeux de ses deux occupants (Ripley et son chat). Commence alors un très long prologue qui voit Ripley reprendre pied dans la vie réelle, affronter l’ire de ses employeurs furieux qu’elle ait fait exploser leur cargaison près de 60 ans plus tôt, plonger dans les délices du choc post-traumatique à grands coups de cauchemars, et découvrir enfin que tout ce qui avait constitué son existence a volé depuis longtemps en éclats. Nous apprenons qu’elle avait une fille, et que cette fille est morte pendant son absence. Nous apprenons aussi que la fameuse Compagnie qui l’avait entraînée dans cette histoire n’est guère disposée à reconnaître ses responsabilités. Bref, le retour de Ripley sur terre est bien loin de constituer la « victoire » que nous, naïfs spectateurs, avions imaginé à la conclusion du premier film. A ce propos, il est intéressant de remarquer qu’en réalité, Ripley ne pose pas le pied sur la planète Terre elle-même ; son sauvetage, les soins dont elle bénéficie puis l’espèce de jugement que lui fait subir la Compagnie se déroulent dans les locaux froids et aseptisés d’une station orbitale. La saga toute entière se déroulera d’ailleurs hors de la Terre, faisant de cette dernière l’aboutissement rêvé, le havre peut-être, auquel Ripley aspirera jusqu’au dernier moment. Comme si le danger ne pouvait provenir que de l’étranger, et devait à tout prix être maintenu loin de nos racines (l’ironie étant, bien entendu, que Ripley n’atteindra la Terre qu’une fois devenue elle-même « étrangère »).

L’ouverture de James Cameron reprend donc très précisément chacun des points qui avaient donné son identité à la fois visuelle et thématique au premier film. Elle est lente, presque cérémonieuse, collant au plus près de Ripley et du désastre intérieur que celle-ci doit affronter. C’est sans doute à ce niveau que le réalisateur commence d’ores et déjà à s’approprier Aliens. Du personnage imaginé par Ridley Scott, il retient essentiellement le courage ; mais pour le reste, « sa » Ripley est avant tout un être dévasté qui n’aspire qu’à oublier tout ce qu’il a perdu. Il s’agit alors de la mettre en situation de devoir assumer ses pires craintes. Dans ce but, le scénario joue habilement avec ce qu’Alien, le 8ème passagerla Compagnie, bien sûr) décident alors d’envoyer un petit contingent de marines vérifier ce qui se passe là-bas, et leur représentant, un certain Carter J. Burke, est chargé de convaincre Ripley de les accompagner à titre de conseillère. C’est ainsi que démarre enfin Aliens : le retour. nous avait laissé deviner des pratiques managériales des grandes compagnies du futur pour contraindre Ripley à envisager son retour sur la planète où son équipage a découvert l’Alien. Nous apprenons à cette occasion que ladite planète, nommée Achéron (nous restons dans le symbolisme des noms caractéristiques de la saga), a été transformée en colonie de mineurs dont le travail est d’en rendre l’atmosphère respirable. Et voilà James Cameron débarrassé de l’irritante perspective d’équiper tous ses acteurs de scaphandres. Il va pouvoir se concentrer sur l’action, l’action pure, celle qu’il maîtrise le mieux. Comme par hasard, la colonie d’Achéron a cessé de répondre aux messages radio provenant de la terre. Les autorités (c’est-à-dire

La suite du film constitue, à mes yeux, l’illustration parfaite du talent de James Cameron pour l’action. Je n’ai pas l’intention de résumer ici les événements qui se succèdent à partir du moment où les marines atterrissent sur Achéron, je me contenterai de souligner l’incroyable montée de tension que le spectateur subit au fil de la progression des personnages. Car en tous points, Aliens : le retour prend le contre-pied  d’Alien, le 8ème passager. Alors que nous avions dans le premier opus sept personnages ordinaires soudain confrontés à l’inimaginable, James Cameron choisit de mettre en scène un groupe de soldats d’élites prêts à en découdre et sûrs de leur force. L’action en huis clos de l’original s’installe ici a contrario au coeur d’une vaste base courant sur plusieurs niveaux, dont les couloirs semblent sans fin et où le danger peut provenir de n’importe quelle ouverture. Quand il était question chez Ridley Scott de trouver un moyen de sortir d’un espace confiné, il devient chez James Cameron vital au contraire de fermer toutes les issues et de restreindre les zones d’accès. Là où les humains s’organisaient pour mener une chasse au monstre, ici, ce sont les monstres eux-même, multiples et intelligents, qui se transforment en meute et font des marines leur proie. Aliens le retour, double inversé d’Alien le 8ème passager, fait en quelque sorte le récit de son prédécesseur à l’envers. Et il fallait au moins cela pour nous surprendre, car le réalisateur n’oublie jamais que chaque spectateur dans la salle sait ce qui attend les marines inconscients. L’angoisse naît donc de l’accumulation du danger plutôt que de l’attente, du nombre plutôt que de l’unicité. L’Alien est devenu aliens. L’issue du combat n’en apparaît que plus incertaine pour les héros. Acculés et désespérés, ils en sont réduits à faire confiance à l'unique survivante de la colonie, une petite fille surnommée Newt qui semble avoir trouvé le moyen d’échapper aux monstres. Et c’est alors seulement qu’éclate le véritable dessein de James Cameron : montrer au grand jour le combat des espèces.

Mais pas n’importe quelle espèce, bien sûr. Car chez J. Cameron, l’espèce est avant tout une femme, une femme de préférence brisée qui reprend son destin en mains, une femme forte, donc, et chargée de sauvegarder à elle seule l’avenir de tout le genre humain. Le combat mythologique du premier Alien avait fait de Ripley une héroïne quasi-sanctifiée, opposant la blancheur aseptisée de sa tenue spatiale à la peau sombre et dégoulinante de la Bête immonde. Aliens : le retour s’empare du personnage tel que Ridley Scott l’a laissée, et le met face à son égal, ou plutôt son égale, autrement dit, la mère de tous les aliens. C’est ainsi que s’opère dans le film le glissement déjà lisible dans le titre. C’est ainsi aussi que nous passons du masculin au féminin, et que l’histoire devient tout à coup combat de métal contre griffes, de chair contre chair, d’une mère contre une autre.

 


    Pour en arriver à un tel affrontement ontologique, le film devra répondre à la seule question laissée en suspens dans le premier opus : d’où viennent les œufs d’Alien ? Et James Cameron d’ajouter alors au bestiaire propre à cet univers une de ses plus belles créations : la reine des aliens. Plus grande, plus rapide, plus dangereuse que tous ses enfants, elle est aussi d’une intelligence bien davantage que simplement humaine. La découverte par Ripley de, comment dire, la chambre d’enfantement de la Reineintimité. La Bête était jusque-là l’inconnue ultime ; elle s’incarne tout à coup de chair et de sang, de bave aussi, infiniment physique et infiniment proche de nous. Toute la dernière partie du film se concentre sur ce dernier point, sur l’horrible découverte que l’instinct maternel de Ripley devra affronter son exact pendant incarné par la créature dantesque qui enfante telle une machine biologique des dizaines de parasites ovipares.  Mère contre mère, deux espèces luttent pour leur survie respective. Et le combat filmé par James Cameron devient une ode mythologique à la puissance féminine dans sa nature la plus viscérale. constitue encore pour moi, après plusieurs visions, un véritable choc visuel. Car pour la première fois sans doute, l’alien ne nous est plus représenté dans l’horreur de ce qu’il accomplit sur les êtres humains. Non, ce que nous découvrons alors en même temps que Ripley (et avec la même incrédulité terrifiée), c’est la véritable nature du monstre, sa véritable



    Aliens : le retour permet donc à la quadrilogie de franchir une nouvelle étape. Nous sommes passés du monstre irréel et mythique à la prolifération dantesque des aliens sans que ceux-ci ne perdent rien de leur potentiel horrifique, ce qui est somme toute extraordinaire. Plus encore, l’univers de la plus parfaite créature cinématographique jamais conçue s’est enrichie d’une nouvelle figure qui s’inscrit idéalement dans la continuité du mythe. Avec un film bâti de scène en scène en double inversé de son prédécesseur, James Cameron a réussi à surprendre, et à ajouter une nouvelle dimension à l’angoisse, tout en développant ses propres obsessions.

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    Mais il est un dernier point que je souhaite aborder. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il me semble qu’Aliens : le retour est le seul film de la quadrilogie construit sur l’espoir, voire sur l’optimisme. Présenter ce film comme le portrait d’une famille en cours de (re)constitution est sans doute une extrapolation abusive des intentions du scénario. Cependant, lorsque l’on regarde le film dans le contexte des quatre opus, il apparaît indéniablement que ce chapitre-là reste le plus positif de toute la saga. Là où le premier long-métrage faisait le vide parmi ses personnages pour permettre l’éclosion finale d’une héroïne inattendue, Aliens : le retour prend le parti de donner à cette même héroïne une parenté tout à fait surprenante, constituée pour l’essentiel de marines désemparés mais aussi et surtout d’une petite fille qui devient l’enjeu ultime du combat pour la survie. Nous sommes là en terrain plus que familier pour James Cameron, dont la plupart des films mettent en scène un petit groupe résistant au mal, quel que soit l’aspect de ce mal. Mais la conclusion ultime du film est bel et bien que Ripley, et par là-même, l’humanité, a gagné. Qu’elle a conquis le droit de survivre et de rebâtir. Une telle fin n’appelait alors, dans le déroulement de la saga et avec toutes les figures imposées qui la caractérisent, que l’explosion de l’illusion. Et pour schématiser, le troisième film sera chargé de dynamiter par le pire l’optimisme que James Cameron avait voulu insuffler dans l’univers d’Alien. C'est peut-être même la seule véritable raison de son existence au sein de la quadrilogie.

 

Bérengère.

 

 

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Films

 

 

Hancock est un super-héros que personne n'aime. Il est malpoli, arrogant, et il essaie de noyer ses soucis dans l'alcool. De plus sa vie est inconnue pour lui avant 1927, date à laquelle il s'est réveillé dans un hôpital, menant une vie à la fois glorieuse et piteuse depuis 80 ans. Pourtant régulièrement les gens l'appellent pour éviter une catastrophe. Un jour il sauve un professionnel des relations publiques, Ray Embrey, d'une collision avec un train. Celui-ci lui propose sa collaboration afin d'améliorer son image. En rencontrant Mary, la femme de Ray, Hancock se sent irrésistiblement attiré par cette maîtresse de maison énergique. Responsable de nombreux dégâts, Hancock accepte de passer quelques temps en prison, dans l'attente qu'on l'appelle pour encore une fois sauver le monde.

Hancock a été initié par Will Smith pour incarner un anti-super-héros, casser son image de gars invincible qui sauve le monde à chaque sortie, comme dans Men in Black, I, Robot et Independance day. Hancock boit, sauve les gens, mais en faisant des dizaines de milliers de dollars de dégâts à chaque sortie. Très vite j'ai trouvé le film un peu dégoulinant de bons sentiments. Le seul véritable intérêt que j'y aie trouvé est les quelques sorties d'humour dont il est parsemé. L'interprétation, qui repose sur trois acteurs (Smith, mais aussi la délicieuse Charlize Theron et Jason Bateman), est plutôt bonne, mais cela ne suffit pas, selon moi, à faire de Hancock un chef d'oeuvre.
C'est juste un bon film qui n'aura servi à rien, ou presque, sauf peut-être à rappeler aux gens qui était John Hancock. En effet, lorsque Hancock (le super-héros) quitte l'hôpital dans les années 1920, on lui dit de faire son "John Hancock" sur un registre, c'est à dire tout simplement le signer. John Hancock a vécu au 18ème siècle ; ce fut un homme politique américain de premier plan, puisqu'il fut le premier à signer la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis. Depuis, "faire le John Hancock" est une expression courante. Etant amnésique, notre super-héros ne connaît pas cette histoire, et croit que c'est son nom. C'est celui qu'il a gardé au fil du temps.

Pour moi le film est sympathique, sans plus.

Spooky

 


 

 

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Vie du blog
Vu sur le blog de mon amie Erwelyn : un appel à textes pour une publication de nouvelles ayant comme thème (ou cadre) la planète Mars. Reprenez la plume, les amis, Bérengère, Stéph, elveen, et ceux que j'oublie, je connais vos plumes, au boulot ! Pierig, je ne sais pas s'ils cherchent un illustrateur...

Faites-vous connaître auprès des deux anthologistes, les amis !

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres

Je continue mon exploration de l’arrière-boutique de l’œuvre de JRR Tolkien, avec cet ouvrage paru il y a 4 ans, célébrant les 30 ans de la disparition de l’auteur du Seigneur des Anneaux. Dirigé par Vincent Ferré, Maître de Conférences en Littérature générale et comparée à l’Université Paris XIII, cet ouvrage se veut un jalon sur la recherche au sujet de l’un des plus grands auteurs du XXème siècle.

Les articles, rédigés par de nombeux chercheurs français, américains, britanniques, québécois et italiens, sont introduits par un article du directeur sur la réception critique de l’œuvre de Tolkien en France. Il est à noter que jusqu’en 1977, et donc la parution –posthume, car achevée par son fils Christopher- du Simarillion, Tolkien n’était perçu, en tant qu’écrivain, que comme l’auteur du Seigneur des Anneaux, paru pour la première fois 20 ans auparavant. A partir du Silmarillion, les choses changent. Tolkien n’est plus seulement un écrivain contant les aventures d’un groupe de personnes dans un décor de fantasy, mais un démiurge qui a non seulement jeté les bases d’un univers séduisant, mais surtout développé de façon encore jamais vue ledit univers, avec sa cosmogonie, sa chronologie, ses langues et sa mythologie. Une mythologie dont, selon Tolkien lui-même, l’Angleterre manquait cruellement. Son objectif était donc de réaliser cette mythologie.

Mais revenons aux sources ; le principal artisan de la découverte de l’auteur en France est Christian Bourgois, l’éditeur qui l’a publié en 1972-1973, soit juste avant la mort de l’écrivain. Fait cocasse, Bourgois a publié Tolkien sans le lire, se basant sur les conseils de Jacques Bergier, écrivain qui l’évoquait dans Admirations.


Après ces apéritifs, le recueil entre dans le vif du sujet avec une première partie intitulée Confluences. On y trouve une étude du fameux tournoi d’énigmes entre Bilbo et Gollum (dans Bilbo le Hobbit), inspiré par des œuvres plus anciennes, notamment issues de la mythologie nordique, grand champ d’étude de Tolkien. L’article suivant s’attache à analyser la place du Seigneur des Anneaux dans une tradition plus vaste, qui s’étend géographiquement à tout le continent eurasisatique. C’est la figure de l’anneau, ou du cercle, qui préside à cette tradition. Paul Airiau, historien spécialiste des religions, s’est lui attaché à analyser l’une des scènes les plus marquantes du Seigneur des Anneaux, à savoir la chute de Gandalf dans les ténèbres de la Moria. Il propose une lecture spirituelle de la séquence, montrant la présence d’un entité suprême qui a tiré les ficelles lors de ce seul évènement. Au travers de cette lecture, et d’autre, les chercheurs appuient sur un élément souvent ignoré dans l’œuvre de Tolkien : sa foi profonde, qui transparaît finalement assez peu dans ses écrits, bien moins cependant que chez son ami Clive Staple Lewis, auteur du médiocre Narnia écrit à la même époque. Cette influence de la religion et des traditions indo-européennes est également analysée à travers la présence et la lutte entre le Bien et le Mal dans toute l’œuvre romanesque de Tolkien (enfin du moins dans ce qu’on appelle le cycle d’Arda, Arda étant le nom du monde).

La seconde partie, intitulée l’Arbre et ses branches (quel beau titre) nous propose de rentrer plus précisément dans la trame narrative de l’œuvre. On commence par une enquête sur l’origine des langues inventées, ou plutôt adaptées par Tolkien. On y trouve une analyse fine, ainsi que des tableaux schématiques représentant les similitudes entre les langues d’Arda et l’évolution de la langue anglaise, depuis le proto-germanique jusqu’à l’allemand, le frison, le yiddish, les dérivés néerlandophones (hollandais, flamand, afrikaans), les langues scandinaves et bien sûr, l’anglais moderne. Michaël Devaux, agrégé de philosophie, nous propose ensuite une approche méthodologique afin de lire la somme romanesque de Tolkien. On apprend ainsi que l’auteur a réalisé plusieurs versions de ses œuvres (ce qui n’étonnera personne, vu que Tolkien n’estimait jamais ses textes comme finis), que le Silmarillion a connu une première version 60 ans avant sa publication finale, en 1977. Il est à noter que c’est Guy Gavriel Kay, autre auteur de fantasy connu, qui a aidé Christopher Tolkien à acherver la rédaction de ce recueil. L’œuvre de Tolkien est truffée de paradoxes, puisque Le Seigneur des Anneaux et Bilbo le Hobbit sont des textes publiés mais non définitifs, et que l’Histoire de la Terre du Milieu et le Silmarillion, en particulier, sont des textes définitifs (si l’on fait confiance aux continuateurs du Maître), mais non autorisés par l’auteur.

Au cœur de ces mélanges survient –et ce n’est pas innocent- l’analyse de l’un des textes les moins connus de JRR Tolkien, Feuille, de Niggle. Ce court récit ne prend pas place dans le cycle d’Arda, mais se pose en fait comme une sorte de manifeste de l’écrivain que tente d’être Tolkien. Jérôme Bouron, doctorant en littérature générale et comparée à Paris XIII, parle même de « testament poétique préalable », d’ »incarnation transparente de la théorie esthétique de Tolkien ». celui-ci livre dans ce récit ses peurs, son mode de pensée, ses réflexions sur son travail, se livrant un peu, mais finalement pas tant que ça. La longue métaphore au sujet de l’arbre et de ses ramures vaut à elle seule la lecture de ce petit texte, que l’on peut trouver dans Faërie.


L’ombre noire constitue la troisième partie du recueil. Comme vous vous en doutez, nous y trouverons les analyses (mais aussi les origines littéraires) de nombre de figures maléfiques présentes dans Le Seigneur des Anneaux, telles que les orques, les Êtres des Galgals ou les Spectres de l’Anneau, dont les origines ne sont pas toujours claires dans le récit. Le second article propose une lecture géographique du Mal, ce qui nous amène au dernier article de cette troisième partie, qui s’est penché sur le racisme chez l’auteur. On a souvent reproché à Tolkien des relents de racisme dans ses écrits, notamment dans la personnification ou la manière de s’exprimer de ses créatures maléfiques. C’est le voisinage temporel de la publication du Seigneur des Anneaux (en 1954-55, rappelons-le), qui a amené de nombreux commentateurs à faire ce rapprochement. Mais Tolkien a toujours clamé, et ce dès la montée du nazisme dans les années 1930, son dégoût pour ce phénomène. Rappelons également que ceux qui pouvaient incarner une pensée « raciste » (au sens où le définit Lévi-Strauss) le payent chèrement. Que l’on se souvienne du destin de Boromir pour s’en convaincre. Et rappelons le parcours de la Communauté de l’Anneau, qui rassemble des êtres très dissemblables, et qui au final poseront un regard rassembleur sur les autres (à cet égard, la relation entre Legolas et Gimli est exemplaire). En outre, l’imagerie peu subtile adoptée par Peter Jackson dans son adaptation contribue à brouiller ce message.

 

Curieusement un article concernant la figure du héros a été intercalé juste avant ce papier sur le racisme. Il relève la parenté d’Aragorn avec Beowulf, mais aussi d’autres figures classiques et/ou mythologiques. Frodo, à sa manière, participe aussi de cette tradition, dans la mesure où il est un personnage de petite taille, presque un enfant (y compris dans son aspect naïf), mais aussi un citoyen ordinaire, qui se retrouve propulsé dans une aventure trop grande pour lui. En cela il s’oppose à Aragorn, personnage épique par excellence, qui était resté caché pour apparaître ensuite en pleine lumière et accomplir son destin, que l’on croit glorieux. Or la fin de ces deux personnages est loin d’être classique, ni même heureuse, en ce qui concerne Frodo. C’est à la lecture de ce type de réécriture des mythes que l’on peut dire, sans exagérer, que Tolkien a non seulement réactualisé nombre de figures classiques, mais les a également refondées.

La quatrième partie propose une lecture des relations entre Tolkien et les arts. Dans une œuvre à portée épique comme Le Seigneur des Anneaux, il est intéressant de noter la place des couleurs. Ainsi dans le roman le gris et toutes ses nuances tiennent-ils une place prépondérante. Le texte suivant se propose de faire une analyse des deux films de Peter Jackson. Oui, j’ai bien écrit « deux », car à l’époque de rédaction des différentes contributions, seuls deux des trois films étaient sortis. C’est là que réside, à mon goût, la grosse faiblesse de ce recueil : à trop vouloir coller aux « trente ans », les chercheurs se sont privés de la possibilité de juger, analyser et comparer les trois films réalisés par le Néo-Zélandais en short. Comment, en effet, être satisfait face à ces analyses incomplètes ? Cependant la critique (si tant est qu’on puisse la qualifier ainsi) est assez bienveillante, dégageant des axes de réflexion par rapport au rôle tenu par Jackson.

Pour conclure ce recueil de très bonne facture, on trouve un entretien avec John Howe, l’un des deux (avec Alan Lee) meilleurs illustrateurs de l’univers tolkienien, et qui a contribué étroitement aux effets visuels (créatures, décors) de la trilogie sur grand écran. Une introduction très intéressante sur la manière dont il conçoit l’illustration, presque instinctive chez lui. Pour finir, Anne Besson, Maître de conférence dans l’Université d’Artois, propose une première approche sur la façon dont l’œuvre de Tolkien a influencé les cycles de fantasy contemporains, approche dont la conclusion est qu’aucun n’a vraiment su, pour l’heure, se délivrer de son modèle, et qu’en plus celui-ci a fourni les bases pour de nombreux jeux, une influence dont on reparlera.

 

Au final, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce recueil concernant l’un de mes auteurs préférés. Au-delà du simple hommage, il contient énormément d’informations permettant de lire entre les lignes, de dégager des influences, mais aussi les origines de nombreux éléments littéraires, et montre de façon très informée que l’auteur a posé les bases d’un genre littéraire entier – la fantasy-, et ce pour très longtemps probablement. C’est aussi un ouvrage qui se veut globalement de vulgarisation, accessible à tout un chacun un tant soit peu intéressé par l’œuvre de Tolkien et par le processus de création littéraire, même si certains essais sont plus difficiles d'accès que d'autres.

Tolkien, trente ans après (1973-2003) – Sous la direction de Vincent Ferré ; Christian Bourgois Editeur, 2004

 

Spooky

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Publié le par Ansible
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Le Procès de la sorcière (Le Chant de l’Oiseau de nuit tome 1) – Robert Mc Cammon.

Bragelonne, 2008.

 

Il est étonnant de voir comment des auteurs qui se sont fait un nom dans le domaine de la terreur, du fantastique ou de la SF sont capables d’investir un autre genre et d’y connaître la même réussite. Je pense à des auteurs comme Serge Brussolo, Jean-Pierre Andrevon ou Michel Jeury, pour ne citer que des Français. Nous allons étudier le cas de Robert Mc Cammon, journaliste et auteur américain qui s’est fait connaître dans le domaine de la terreur. Ces romans Scorpion ou le Mystère du Lac restent pour moi des souvenirs de lecture assez prenantes, dans lesquelles l’irrationnel était fortement promu par une écriture nerveuse et inventive. Mc Cammon a pris sa retraite d’écrivain dans les années 1990 (à à peine 40 ans), mais est revenu sur sa décision en lançant la publication du Chant de l’Oiseau de nuit, dont le premier tome, Le procès de la sorcière, sort aujourd’hui en France.

Les premières pages révèlent un style intact, et même meilleur que ce qu’il faisait précédemment, au service d’un polar médiéval de haute tenue.

 

Les citoyens de Fount Royal, petit village de Caroline, croient leur ville maudite par une sorcière. Comment expliquer autrement les incendies spontanés, les récoltes gâtées et les meurtres épouvantables ? Persuadés que la trop belle Rachel Howarth, la veuve du pasteur récemment décédé, est responsable de ces maux, ils la jettent en prison en attendant son procès et son exécution. Le juge itinérant Isaac Woodward vient bâcler l’enquête et présider un procès écrit d’avance, avec l’aide de son astucieux clerc Matthew, qui, en dépit de tout, croit à l’innocence de Rachel. Et ce qu’il va découvrir va en effet bouleverser ses croyances et sa vision du monde… Parviendra-t-il à sauver une innocente ? Ou va-t-il au contraire tomber dans le piège d’une femme aux charmes trompeurs et diaboliques ?

 

J’ai très vite été pris dans l’histoire. Pas forcément du fait de son sujet – que l’on nous présente comme se situant entre le Nom de la Rose et Sleepy Hollow-, mais plutôt par les éléments d’écriture que l’auteur y insère. En effet il prend le parti de bien nous présenter ses personnages, en particulier Woodward et Matthew, en leur installant qui un passé formidablement décrit, qui une zone d’ombre concernant son passé. Le tandem traditionnel des polars est ainsi réinventé, avec des postures narratives bien différentes. Ces deux personnages sont d’ailleurs les seuls, dans ce premier volet, à être ceux dans les pensées desquels le lecteur s’immisce. Là encore, cela donne deux points de vue parfois bien différents sur un même évènement, ce qui lui confère une importance accrue.

 

Le roman se situe en 1699, dans le sud de l’Amérique naissante, à une époque où la chasse aux sorcières battait son plein. Arkham, 18 exécutions, Salem, 25 exécutions. Qu’en sera-t-il à Fount Royal ? Fount Royal, où les preuves contre Rachel Howarth s’accumulent. Plusieurs habitants l’ont vue s’adonner à des pratiques contre nature avec le diable en personne. On a trouvé des poupées apparemment sacrificielles dans sa maison. Pourtant la plupart des témoignages semblent contenir une faille, une incohérence qui n’apparaît pas à première vue. Pendant ce temps, Fount Royal se vide lentement de sa population, Fount Royal se meurt. La disparition de la sorcière pourra-t-elle inverser la tendance ? Nombreux sont ceux qui souhaitent voir aboutir très rapidement le procès. Mais une affliction fiévreuse du magistrat et l’incarcération temporaire de son clerc retardent l’échéance, un répit que tous deux mettent à profit pour tenter d’élargir leurs investigations.

 

Le roman constitue la première partie d’une somme plus importante, puisque le tome 2 est prévu pour septembre (déjà !), et que l’auteur vient d’achever le tome 3. Le héros de cette somme est clairement Matthew Corbett le clerc. Intelligent, mais pas trop dans le sens où il est un peu téméraire, plutôt ouvert, c’est un personnage intéressant. Le roman est très prenant, car il nous plonge, comme je l’ai dit, non seulement dans les pensées des deux personnages principaux, mais nous permet également de suivre une enquête judiciaire telle qu’elle devait de passer à la fin du 17ème siècle. Comportant des éléments de modernité, c’est une époque encore engoncée dans une pensée obscurantiste, comme en témoigne la récente affaire de Salem. Mc Cammon n’appuie pas sur le registre fantastique, essayant de réaliser une étude sociologique plutôt fine d’une ville-utopie de cette époque, avec l’environnement correspondant. Il y a finalement assez peu d’action dans ce premier tome, puisque Mc Cammon pose les bases de son univers, très réaliste. Un classique, sous réserve de lecture de la suite.


A voir sur le site officiel du roman (http://www.leprocesdelasorciere.com/), une bande-annonce.


Spooky.

 

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