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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #BD

 

Abandonnés par leur mère, deux enfants sont envoyés dans un centre de réadaptation sur l’île de Hôzuki. Kokoro et sa petite sœur aveugle, Yume, découvrent que leur nouveau foyer compte seulement quatre élèves, pour autant de professeurs.

 

Petit à petit, les langues se délient. Les histoires des autres pensionnaires font froid dans le dos : à les en croire, meurtres, disparitions, visions fantomatiques et sombres machinations se succèdent sur cette île inquiétante…

Pour survivre, les enfants n’ont qu’un seul mot d’ordre : ne se fier aux adultes sous aucun prétexte.


Il y a beaucoup de choses à dire sur ce manga.

Tout d’abord, et même si cela ne renouvelle pas le genre, c’est un huis-clos un peu à la Agatha Christie, avec ce petit groupe isolé sur une île, des décès et des déplacements qui modifient le visage de ce groupe. Bien sûr nous sommes avec un groupe de pré-adolescents qui fantasment et affabulent un max sur le mystère de l’île, sur les pas d’un « novice » et de sa petite sœur aveugle. Ils sont avec quelques autres enfants, ayant tous des problèmes psychologiques plus ou moins graves (aphasie, orphelinat, mythomanie…). Face à eux, si j’ose écrire, un groupe d’adultes mystérieux. Ce sont tous des enseignants : le prof à l’allure BCBG qui a l’air très porté sur la chose, qu’elle soit faite avec une adulte ou une enfant (voire UN enfant ?) ; le gros pépère limite créature de Frankenstein, la prof de sport aux courbes somptueuses (dévoilées lors d’une scène de douche, hop un peu de fan service !), et enfin le vieux directeur, qui passe du temps à sarcler son coin de jardin et qui reste bien en retrait.
Et d’ailleurs, c’est quoi cette école ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’enfants et d’enseignants ? pourquoi les envoie-t-on sur cette île ? Quelle est vraiment la nature de cette île ? Y a-t-il des « Autres », comme dans Lost ? Pourquoi une partie des chambres est-elle murée ? Qui se trouvait dans le réduit sous l’escalier ? Et qui est cette jeune fille qui semble apparaître à point nommé pour aider les enfants ? Que de questions les amis, que de questions !

Eh bien malgré l’aspect « grand bazar » que pourrait laisser transparaître la première partie de mon argumentaire, je m’y suis laissé prendre. Les gamins ne sont pas super malins, ils cherchent à comprendre ce qu’il se passe. Les adultes gardent leur part de mystère, mais c’est normal puisque nous sommes du côté des gamins. Les discussions de ceux-ci ainsi que les comportements des adultes entraînent une situation d’inquiétude, et même de terreur latente du plus bel effet la plupart du temps, même si une fois ou deux j’ai trouvé le timing un peu décalé.
Le dessin de Sanbo et son équipe est un mélange agréable de Shôjô et de Shônen, et permet de suivre sans coup férir cette histoire étrange. J’ai un peu pensé à
Higanjima, l'île des vampires à la lecture, même si le gore y est –pour l’heure- moins présent. Et je me demande comment l’auteur a pu tenir le rythme de 4 tomes vu l’abattage –au propre comme au figuré- qui a lieu dès le tome 1.

C’est, à défaut d’être tétanisant, très prenant. J’attends la suite avec impatience.


Spooky.


BD L'Île de Hozuki

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

"Ca y est, ça le reprend", vont s'exclamer certains...

Eh oui, je suis un tolkienophile indécrottable, et je l'assume. Non content d'avoir lu presque toute sa production traduite en français, je me suis mis depuis plusieurs années à lire les ouvrages analytiques sur son oeuvre... Et de temps en temps je m'en lis deux ou trois en rafale, voire plus.

Cette fois-ci je me suis intéressé à un ouvrage collectif, publié par le CNRS (centre national de la recherche scientifique, excusez du peu), qui a essayé de déterminer les relations de son oeuvre majeure (le duo Bilbo le Hobbit-Le Seigneur des Anneaux) avec les éléments médiévaux. Tous les contributeurs sont des chercheurs spécialisés dans les études médiévales, et chacun, selon sa spécialité, propose donc une étude. Léo Carruthers, lui-même chercheur dans l'estimable institution, qui dirige l'ouvrage, a réparti ces contributions en se basant sur une carte conceptuelle. En partant du "Vieux continent", c'est à dire l'inspiration littérale (du Moyen-Age vers Tolkien), nous naviguons sur les Îles, l'inspiration interculturelle vers des "terres inconnues", représentant les inspirations artistiques et magiques. Organisation, ou plutôt symbolisme audacieux, mais en accord finalement avec les écrits de Tolkien, surtout Le Seigneur des Anneaux, où nous suivons les Hobbits quittant leur Comté douillette pour partir à l'aventure, rencontrer d'autres cultures et finalement [SPOILER] partir vers l'inconnu en fin de parcours... [FIN SPOILER]
A noter que ce cheminement rédactionnel est matérialisé par une carte reprenant les différents éléments.

Tolkien et le Moyen-Âge... Une relation évidente, diront les représentants du grand public, Le Seigneur des Anneaux c'est plein de châteaux forts, de soldats en armures, de seigneurs... Mais si l'on se penche plus précisément sur les éléments constitutifs du Moyen-Âge, c'est moins évident. Penchons-nous d'abord sur la littérature. Le Seigneur des Anneaux doit ainsi beaucoup au Kalevala, un long poème épique écrit en finnois et rassemblant des chants anciens à la fin du XIXème siècle. Le Kalevala semble avoir pas mal inspiré Tolkien pour le personnage de Tom Bombadil, l'énigmatique forestier que rencontre la Communauté de l'Anneau. Les légendes arthuriennes sont aussi une inspiration évidente, quand on voit des personnages comme Aragorn, qui rassemble les figures d'Arthur et de Galaad, par exemple. Médiéviste distingué, l'auteur fut aussi et surtout un philologue de haut niveau. C'est ainsi qu'il a développé des systèmes entiers de langues, et qu'en particulier les langues hobbite et rohirrim (c'est à dire parlée par les habitants de la région du Rohan) ont des liens très forts. La langue de la Comté était, dans l'esprit du professeur, comparable à l'anglais moderne, alors que la langue du Rohan serait à rapprocher du vieil-anglais...

Les contributeurs se sont ensuite penchés sur le personnage de Beorn, l'homme-ours qui apparaît dans Bilbo le Hobbit. Un personnage emblématique qui a des occurrences dans bien des légendes médiévales européennes... Une autre étude revient sur l'une des figures centrales du Seigneur des Anneaux, celle de l'Anneau, à laquelle Gollum est indéfectiblement lié.

Les îles, l'inspiration interculturelle... Ca débute par une étude sur les différents Seigneurs du Seigneur des Anneaux. Car, s'il est acquis depuis longtemps que celui auquel fait référence le titre, c'est Sauron, le récit est truffé de princes, de rois, au premier rang desquels Aragorn, descendant des rois du Gondor, et guerrier errant qui va reconquérir sa couronne. Il y a aussi Theoden, sa fille Eowyn, Boromir, fils de l'intendant du Gondor dont la noblesse d'âme n'est plus à prouver ; son frère Faramir aussi. Et puis ceux qui n'ont pas de titre "officiel" mais qui sont aussi des seigneurs de par leur comportement. Frodo bien sûr, Elrond, qui est plus ou moins l'intendant de Fondcombe... Sa fille fort souvent perçue comme une princesse elfe, et amoureuse du futur roi de Gondor... Ca fourmille de têtes couronnées là-dedans... Ce côté très féodal se retrouve dans la vassalité d'autres personnages, tels Sam, d'une loyauté exemplaire envers Frodo, ou Pippin et Merry, qui vont se mettre au service de deux royaumes dans la Guerre de l'Anneau... Plusieurs contributeurs se sont intéressés à ce que j'appelle le Decorum du Seigneur des Anneaux et à Bilbo le Hobbit : les armes, les armures, le symbolisme, et parfois le pouvoir particuliers qu'ils revêtent aux yeux des protagonistes ou dont ils sont réellement dotés. La musique et la poésie, éléments indissociables de l'univers d’Arda, sont également passés au crible. Car c'est bien la musique et les chants qui président à la création de ce monde, sous l'égide d'Iluvatar.


La troisième partie des études propose de revenir sur l'inspiration artistique et magique du Seigneur des Anneaux et de Bilbo le Hobbit. Ici Tolkien est allé chercher son inspiration bien loin, vers le gigantisme de l'art antique égyptien et la légende de l'Atlantide pour construire ses forteresses imprenables, ses édifices cyclopéens, l'histoire de Numenor même. On s'éloigne un peu de la culture médiévale dans ces pages. L'un des derniers chapitres aborde la question de la médecine ; je ne l'avais jamais remarqué, mais les passages consacrés aux soins et à la guérison sont aussi peu nombreux que courts dans les pages du Seigneur des Anneaux. Aragorn (investi d'un pouvoir divin, que l'on attribuait aux rois de France, il est vrai), guérit une grave affliction par imposition de la main. Frodo se réveille guéri dans la maison d'Elrond, sans qu'on sache ce que celui-ci a fait pour le guérir. Et ce sont là les passages les plus importants. Il s'agit là d'une faiblesse dans le "paysage" tolkienien, qui affaiblit l'impression de réalisme de l'ensemble. Cette étude fut l'une des plus intéressantes pour moi, car j'y ai vraiment vu un aspect nouveau, encore inédit. Et pour finir, l'étude consacrée à la magie et à la sub-création revient sur la notion de mage, incarné à la fois par Gandalf et Saruman, qui ne sont pas des Hommes, mais des Istari, c'est à dire des êtres d'essence divine et extrêmement anciens.


En conclusion, après cette lecture, je dois dire que je suis relativement mitigé. Bien sûr, comme dans tous les ouvrages collectifs, il y a de bonnes et de moins bonnes choses. Globalement je n'ai pas appris grand-chose sur l'inspiration médiévale de Tolkien. Certaines études vont un peu plus loin dans le decorum, ce qui est loin d'être inintéressant, mais en ce qui concerne le Kalevala ou Beowulf, ce sont des références depuis longtemps citées chez les exégètes du Professeur. Par contre je n'avais jamais vu le personnage de Beorn sous cet angle, et le chapitre sur la médecine m'a apporté du neuf. A lire par les acharnés. Malgré certains côtés un peu datés, je recommande aux néophytes la lecture de Tolkien, sur les rivages de la terre du Milieu, ouvrage critique fondateur en France de Vincent Ferré. (trouvable en grand format chez Christian Bourgois ou en Pocket) Pour vous remettre tout ça en mémoire, retrouvez son interview exclusive ici.



Spooky.

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #BD


Au sein d’une cité en ruine perdue dans un désert de dunes, vit un nécromancien. Seul, avec son chien et les cadavres de ses concitoyens qu’il réanime de temps à autre pour profiter de leur compagnie.

Un jour arrive dans la cité une étrange femme capable de détecter les sentiments d'autrui. Elle parvient à le convaincre de partir avec elle à la recherche d'autres êtres humains.

Au fil des trahisons, des alliances et des nouvelles rencontres, leur marche les conduit vers les restes d’une ville, un havre de paix qui renferme une réponse inattendue à leurs questions.


Le roman graphique post-apocalyptique est un sous-genre aux frontières mouvantes, où il est facile de s’enliser ; mais il y a aussi des exemples de belle réussite, comme Walking Dead. Sans être du niveau de celui-ci, Havre constitue une belle et réelle surprise.
D’abord parce qu’il est écrit par Isabelle Bauthian, qui n’avait jusque-là réalisé que deux albums, dans des genres différents, même si l’éphémère anathème touchait au fantastique. Havre constitue une évolution remarquable. D’abord de par son ampleur. Certes, l’intrigue se passe dans un désert post-apocalyptique (post-atomique ?), mais elle implique plusieurs personnages aux personnalités très marquées, mais aussi des pouvoirs mentaux aussi diversifiés que balisés. Ces pouvoirs vont bien sûr impliquer fortement les relations entre les personnages. Même si le récit va se concentrer sur quelques personnages, les plus intrigants, à savoir les monstres, vont faire l’objet d’une nouvelle en fin d’album.
Même si j’avais pu voir des planches d’Anne-Catherine Ott (alias Aco) en avant-première, j’étais loin d’imaginer ce qu’elles seraient au final. Je suis réellement sous le charme du dessin. Il y a déjà de la recherche dans les cadrages, le découpage est lui aussi réussi. L’encrage a réussi à gommer certaines hésitations que j’avais cru discerner dans les crayonnés. Certes, il y a encore des choses à corriger, comme ces corps humains extrêmement minces sur certaines vues de face, ou des cases encore hésitantes (peut-être pas révisées par la dessinatrice ou son éditeur) ; mais dans l’ensemble c’est du tout bon. Les ambiances, les lumières sont bien posées, par exemple.

J’ai hâte de lire la suite.


Spooky.

BD Havre

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

Il y a 18 mois déjà, je vous avais entretenus de ma très bonne lecture du Procès de la sorcière, première partie d'un dyptique aussi inattendu que réussi. La seconde partie est sortie depuis la même époque, et je n'avais pas perdu de vue l'envie de connaître le dénouement. Pour ceux qui auraient la flemme de retourner voir ma chronique de l'époque, voici en quelques mots l'intrigue. En 1699, un juge est envoyé dans la petite ville de Fount Royal, dans la Caroline du sud (côte est des Etats-Unis) pour juger le cas d'une prétendue sorcière, Rachel Howarth, suspectée de tant de maux sur le plan local. Tout semble en effet accuser la jeune femme, mais le clerc du juge, Matthew Corbett, impétueux et curieux, découvre que Rachel n'est peut-être pas la seule à avoir des torts dans la petite communauté... Et peut-être même qu'elle n'est en rien responsable des maux qui l'affectent. Parallèlement le juge tombe gravement malade, une affliction qui affecte son discernement. Au début du tome 2, c'est l'éxécution sur le bûcher qui est ainsi décidé. Disposant de quelques jours avant que la sentence soit exécutée, Matthew décide de continuer son enquête, au grand dam des édiles de la ville. Et bientôt de nouvelles horreurs ont lieu : le chef de la milice est vidé de son sang chez lui, les habitants ont des comportements étranges...

J'ai déjà pu vous vanter les qualités d'écriture de Robert Mc Cammon, qui font de cette enquête une histoire assez passionnante, mais n'ai pas encore parlé de certaines autres qualités. En effet le roman se déroule en 1699, à une époque où les Etats-Unis étaient en plein construction, c'était un pays très sauvage, même dans les Etats de l'est, les premiers constitués. Ce qui est très intéressant également, c'est la façon dont une communauté se forme, un peu à l'écart d'une "grande ville" comme Charles Town (devenue Charleston), sous la houlette d'un riche homme d'affaires, décidé à en faire une sorte de domaine privé. 1699 est aussi une époque où les sciences connaissent un nouvel essor, et c'est l'occasion pour McCammon de parler un peu de  la médecine de l'époque, coincée entre des pratiques médiévales (telles que la saignée), et de nouvelles techniques balbutiantes. Et d'autres sciences sont utilisées, même si leur réalité historique semble ne démarrer -réellement- qu'un siècle plus tard. Mais je ne puis révéler cette science car elle tient une place importante dans le récit.

Renouant avec un style d'écriture "popularisé" par Agatha Christie, McCammon propose un dénouement où de nombreux protagonistes sont réunis, après plusieurs péripéties très bien racontées. Et ce dénouement est à la mesure du roman : précis, implacable, intelligent. Pas de m'as-tu vu dans l'écriture, pas de grandes tirades ou de démonstrations écrasantes. Le personnage de Matthew Corbett est très crédible, et se comporte de façon admirable.

Robert Mc Cammon vient donc de faire un retour en force dans la littérature de terreur, en explorant un sous-genre encore méconnu, le polar médiéval (même si l'on n'est plus vraiment au moyen-Âge en 1699, et s'il y a finalement peu d'éléments fantastiques dans le récit). L'empathie de ses personnages, la force de l'évocation d'une époque, d'un lieu (cette région de la Caroline était alors presque à la frontière entre les colonies anglaises et les possessions espagnoles en Floride, avec une bande de terrain encore occupée par les natifs peaux-rouges entre les deux), sans oublier une qualité d'écriture remarquable, ont concouru à livrer un vrai bon bouquin. Matthew Corbett a déjà vécu deux autres aventures, Queen of Bedlam et Mister Slaughter. Espérons que Bragelonne a déjà acquis les droits...


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