Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
...:::Ansible:::...

...:::Ansible:::...

Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Articles avec #essais catégorie

Publié le par Spooky
Publié dans : #Essais

 

La Science-fiction est un genre d’expression artistique qui est difficile à définir, car elle explore et explose les limites de l’imagination et de la création. Au milieu des définitions réductrices des dictionnaires et des appropriations égoïstes des spécialistes, nous laisserons la parole à Fredric Brown, l’un des plus brillants virtuoses du genre.


Imaginons.
Imaginons des fantômes, des dieux et des démons.
Imaginons des enfers et des paradis, des villes flottant dans les cieux et des villes englouties sous la mer.
Licornes et centaures, sorcières et magiciens, djinns et farfadets.
Anges et harpies, charmes et incantations, esprits élémentaires, familiers, démoniaques.
C’est facile à imaginer, tout ça : depuis des millénaires les hommes l’imaginent.
Imaginez des astronefs et l’avenir.
C’est facile à imaginer : l’avenir approche vraiment, et il sera peuplé d’astronefs.
Y a-t-il quelque chose qui soit difficile à imaginer ?

Oui, bien sûr.

Imaginez un peu de matière, avec vous enfermé dedans, vous qui avez conscience d’exister, qui pensez et savez donc que vous existez, vous qui êtes capable de faire remuer la matière dans laquelle vous êtes, de la faire dormir et de l’éveiller, de lui faire l’amour et monter les côtes.
Imaginez un univers –infini ou non, comme il vous plaira de le figurer- avec un milliard de milliards de milliards de soleils pour le constituer.
Imaginez une boule de boue qui tourne comme une folle autour d’un de ces soleils.
Imaginez-vous debout sur cette boule de boue, tournant avec elle, tournant dans le temps et l’espace vers une destination inconnue.

Imaginez-le.

 

 

Autre ambition :
Voici un texte que j'avais écrit en 2000 en guise d'édito dans le fanzine  (papier) Ansible.


MANIFESTE DE LA SF


Oui, je revois encore la croisade des esprits chagrins anti-anti-conformistes qui disent : "La S.F., c'est de la sous-littérature, de la merde tartinée sur du papier" ou encore "Le fantastique ? C'est un synonyme d'incroyable, formidable, super, cool, bath, génial..." Bref, on nage dans une mer d'ignorance dans laquelle se jettent les fleuves Hypocrisie, Mépris, Bêtise et Etroitesse d'esprit.
Pour beaucoup, la S.F., "c'est l'histoire d'un gros vaisseau gris avec des réacteurs blancs qui se pose sur une planète rouge où vivent des gastéropodes verts hostiles". Soyons sérieux. Et commençons par quelques précisions : la S.F. est une branche du fantastique; ensuite il s'agit d'un (ou de plusieurs, suivant la terminologie adoptée) genre(s), mais pas d'un support ; ainsi, il y a de la S.F. au cinéma, à la télé... Mais on s'arrêtera dans le présent éditorial à la littérature sans images, car je pourrais écrire un bouquin là-dessus, et je m'étale déjà assez comme ça.
On pense que le premier récit de S.F. serait L'Empire des Soleils et des Lunes écrit par Savinien de Cyrano de Bergerac au milieu du 17ème siècle. Voltaire lui-même pondit quelques récits (peu connus) basés sur le voyage spatial. Saint-Exupéry , avec son petit prince paumé sur un planétoïde, a fait de la S.F. sans le savoir (ou sans le vouloir)...
Mais revenons un peu en arrière. Mary Shelley, avec son Frankenstein de 1808, invente le robot, ou plutôt le cyborg. Jules Verne n'a (quasiment) écrit que de la science-fiction, c'est-à-dire des récits prospectifs basés sur des progrès techniques avérés à son époque. 1984, de George Orwell, est un monument d'anticipation, tout comme Le Meilleur des mondes, d'Aldous Huxley. Je suis sûr que certains d'entre vous ont lu Le Grand Secret ou La Nuit des Temps, de René Barjavel : leur esprit est corrompu car ils ont lu de la S.F . Balzac, avec sa Peau de chagrin et Maupassant, dans Le Horlà (entre autres) ont aussi puisé dans la veine fantastique...
Qui ne s'est pas trouvé épouvanté (ou agacé) devant les abîmes indicibles de Lovecraft ? Tout ça, c'est très bien, vous me direz, des auteurs classiques, ça force le respect. Mais chez les modernes, y-a-t'il des vrais conteurs d'histoires ? Eh bien tâtez la puissance de Dan Simmons dans Hypérion, la finesse de Bernard Werber chez ses Fourmis... D'autres exemples ? Qui n'a pas aimé un roman d'Orson Scott Card ou bien Terry Pratchett ?

Prenez, parmi les femmes, des auteures (si, si, ça existe) telles Marion Zimmer Bradley ou Anne Rice, qui revisitent les grands mythes avec leur sensibilité toute féminine. Et quand on dit science-fiction, il peut s'agir de n'importe quelle science, de la physique à la linguistique, en passant par l'astronautique ou la météorologie...
Le fantastique, lui, recoupe tout ce qui s' écarte de la normalité, de I 'habitude. La vie quotidienne est déformée, au sens large, par un ou des événements inhabituels. Cette distorsion entraîne le lecteur (ou le spectateur) vers des territoires inconnus.

Le fantastique, c'est la vie.


Spooky.

Voir les commentaires

Publié le par Ansible
Publié dans : #Essais


A l’heure où vous lirez ces lignes l’information aura fait 30 fois le tour de la planète, mais tant pis, je ne pouvais pas ne pas en parler…

En effet le géant du divertissement Disney va acheter Marvel, l’éditeur célèbre pour ses super-héros. En clair chaque actionnaire de Marvel recevra 30 dollars en liquide pour chaque action détenue, ce qui au total devrait amener la transaction aux alentours de 4 milliards de dollars. Disney réalise cette opération alors que Marvel peut se targuer d'avoir enregistré, aux cours des dernières années, de véritables records au box-offices mondial, avec plusieurs adaptations cinématographiques de ses célèbres BD. Disney, qui était à la rue en termes de création cinématographique, et pour lequel la collaboration, puis le rachat de Pixar a constitué une bouée de sauvetage providentielle. Marvel a lui connu un creux dans les années 1990, avant de se relancer avec des adaptations (de qualité) de franchise à succès : X-men (2000) et Spider-Man (2002) notamment.

Disney fait valoir l'opportunité stratégique d'intégrer Marvel "à son portefeuille sans égal d'actifs dans le divertissement et à une structure d'entreprise qui permet de maximiser la valeur des actifs créatifs via de multiples plates-formes" de diffusion.

Avec ses filiales, le groupe Walt Disney constitue aujourd'hui l'un des principaux poids lourds planétaires du divertissement. Présent dans les média, les parcs d'attraction, les studios de cinéma et de télévision et les produits dérivés, il est à la tête d'un chiffre d'affaires annuel de quelque 38 milliards de dollars.

Disney fait donc l’acquisition de 5.000 personnages du giron Marvel, des personnages pour lesquels on peut se poser légitimement la question de l’avenir.

 

Sur internet, les réactions déferlent : Les héros en collants moule-burnes vont désormais aussi pousser la chansonnette. Ca va faire des cross-over d'enfer... Captain America vs Tic et Tac, Iron-Mouse, Mary Poppins chantant en duo avec Banshee... Bientôt le film Mutant high School Musical… Nombreux sont ceux qui prédisent, à terme, la fin du Marvel que l’on connaît… Un groupe intitulé Leave Marvel alone, Disney ! a d’ailleurs été créé dans la demie-heure sur Facebook…

 

Comme le signalait une auteure de bande dessinée de mes amis, « lorsque le poétique Winnie-the-Pooh de A. A. Milne (avec les beaux dessins de E. H. Shepard) est devenu « Winnie l’ourson » des studios Disney, une partie de mon enfance (et pourtant, je ne suis pas née en 1926) a été ensevelie sous les décombres d’un monde révolu. J’ai pleurniché, et puis... ? Quand on tape « Winnie-the-Pooh » sur Google, on n’a pratiquement accès qu’aux images de Disney. Gasp ? Oui et non... Je n’ai pas été voir le film. Si ça se trouve, c’est une chouette version. Plein de mômes ont adoré. Les vieux exemplaires des éditions de Milne, ce ne sont pas les petits Français d’aujourd’hui qui vont lire ça.... Alors, les héros de la Marvel vont maintenant vivre une nouvelle vie botoxée. »

 

Vous l’aurez compris, la crainte est de voir les personnages si chers à Stan Lee –entre autres- évoluer dans des univers plus « calmes », vivre des aventures moins violentes. Nombre de contes et légendes « récupérés » par l’empire Disney ont eux aussi été vidés de leur substance pour devenir des sucettes à la guimauve. Rappelons tout de même qu’une majorité des publications Marvel s’adressent avant tout à un public d’adolescents, pas si éloigné finalement en termes de maturité des sucreries Disney… Cette acquisition répond donc à une certaine logique, élargissant le champ du public Disney, cantonné jusqu’ici à l’enfance, vers l’adolescence et les jeunes adultes. Je ne vais pas me faire que des amis sur ce coup-là…

 

En plus d’être un éditeur de bandes dessinées et un producteur de cinéma, Marvel est aussi un fabricant de jouets, cette activité rejoint tout à fait celle de Disney, qui est l’un des rois de l’entertainment sur ce plan. Pour certains il s’agit donc plus d’un changement de propriétaire que d’un changement stratégique majeur. De plus le concurrent historique de Marvel, DC Comics, est lui dans le giron du géant Time Warner depuis plusieurs années. Il n’y a plus vraiment d’indépendance pour les éditeurs de comics…L’avenir dira si cette acquisition sera bénéfique…

 

Mais quid, par exemple, des films Marvel distribués et produits par Universal et Sony, concurrents de Disney ? Va-t-il y avoir des conflits au niveau des droits des différents franchises ? Il est trop tôt pour tirer des conclusions, mais les avocats et juristes des différentes firmes vont avoir beaucoup de travail dans les années à venir…

 

Pour tempérer un peu ces questionnements, il faut tout de même signaler que John Lasseter, l’un des boss de Pixar, tient une place importante chez Disney, et que cela permet de penser qu’il ne faut peut-être pas crier au sacrilège.

 

Voilà un peu ce que m’inspire cette nouvelle, qui a mis en ébullition de nombreux fans du monde entier. J’ai forcément une vision étriquée de la question, n’étant pas spécialiste des fusions entre univers de loisirs. J’ai même probablement écrit des bêtises… Et vous, votre avis ?

 

(sources : Facebook.com, buzzcomics.net, leMonde.fr, lesechos.fr, etc. J’ai aussi piqué des vannes aux gens du forum de bdtheque.com, merci à eux).

 

Spooky

 

Petit bonus : un strip réalisé par l'ami pierig sur le sujet.

 






Voir les commentaires

Publié le par Ansible
Publié dans : #Essais


LA HIGH FANTASY
La High Fantasy est fille de Tolkien, un homme qui avait lu dans le texte un grand nombre d’épopées archaïques et eut l’idée d’en faire la synthèse : de là son maître ouvrage, Le Seigneur des Anneaux. Une grande diversité de petits peuples vivent dans la nature immémoriale et accueillante, utilisant parcimonieusement les énergies douces et leur « magie ». Le héros appartient à une communauté dont il devient le champion, soit en menant une quête initiatique pour devenir magicien (Terremer), soit en conduisant une guerre contre les forces de la magie noire (la Belgariade, la Mallorée, la Roue du Temps, l’Arcane des épées), soit en restaurant l’ordre du monde, jeté à bas dans le passé (les Portes de la Mort). Le combat entre le bien et le mal, thème central, n’empêche pas les personnages d’être variés ni les rapports humains d’être riches et complexes.

L’HEROIC FANTASY
L’Heroic Fantasy est fille de Conan et petite fille de Tarzan. Le héros n’est pas forcément une montagne de muscles. Elric est un chétif albinos, et sa force réside en son épée, qui est animée d’une volonté propre et tendant peut-être à la mort de son maître plutôt qu’à celle de l’ennemi. Mais surtout, le héros est un solitaire (ou tout au plus deux solitaires dont le cycle des Epées développe l’amitié indéfectible, seule relation vraiment humaine en ce monde de ténèbres) qui va d’aventure en aventure, toujours prêt à vendre ses services et incapable de capitaliser le fruit de ses exploits. Il ne peut compter que sur ses qualités humaines (le courage, l’intelligence, la compassion...) pour vaincre des adversaires au pouvoir politique barbare ou aux pouvoirs magiques inquiétants.

LA ROMANTIC FANTASY
La SF a la réputation bien établie d’être une littérature masculine. Mais le lectorat féminin s’est épanoui et diversifié avec le mouvement féministe, et les femmes écrivains font aujourd’hui un usage très spécifique de la fantasy : les héros sont des héroïnes, guerrières ou magiciennes, et leur vie d’aventurières ne les empêche pas d'avoir des pensées délicates, d'être des femmes avant tout.

LA LIGHT FANTASY
Des héros enfantins, du nonsense, des mondes qu’on démonte comme des montres, un tragique latent (celui des malédictions parentales, toujours incomprises et - à vrai dire - toujours incompréhensibles) tempéré par un humour parfois truculent, parfois léger, des superpouvoirs plus amusants qu’inquiétants, des quêtes initiatiques telles qu’on peut les vivre à douze ans, les lire à huit ans et les voir à quatre ans sur les écrans, des histoires qu’on raconte sans trop y croire et qui valent par l’enchantement et la fantaisie... oui, la fantaisie au sens français - telle est la Light Fantasy, fille de Walt Disney, petite fille de Lewis Carroll.

LA DARK FANTASY
Fille de Lovecraft et petite fille de Frankenstein, la Dark Fantasy présente des personnages faibles, aux limites cruellement soulignées, mais trop curieux - comme le lecteur - et portés à fourrer leur nez là où ils feraient mieux de passer leur chemin. Car notre univers rassurant côtoie des abîmes : des dimensions inconnues, des oubliettes du temps, des dieux qui n’ont pas besoin de magie pour être sanguinaires... en bref, l’horreur, le dévoilement d’un réel abominable où le héros perd la raison, parfois la vie. A moins qu’il ne fasse machine arrière toute et ne rentre chez lui, promis pour le restant de ses jours aux cauchemars.

LA SCIENCE FICTION
Fille de Wells et petite fille de Verne, la S.F. explore les trajectoires du désir et les situations auxquelles il aboutit quand il ne rencontre pas la réalité. Les histoires peuvent se passer ici ou ailleurs, maintenant ou plus tard : l’essentiel est qu’il y ait une loi à dévier, une convention sociale à transgresser, une règle du jeu à changer. Il y a un prix à payer : les chimères élaborées par la S.F. doivent être soumises à une épreuve interne et devenir vraisemblables (le même problème se pose en fantasy, mais il est moins visible). Voyages dans l’espace (ou dans le temps, ou dans l’esprit), faillites ou métamorphoses de l’ici-bas pour ceux qui y restent, histoires du futur lointain... Le désir a besoin d’être encadré pour s’enhardir.

L'ANTICIPATION
Il s'agit là d'une appellation archaïque utilisée dès la fin du XIXème siècle pour désigner la SF. Aujourd'hui ce terme est surtout utilisé dans sons sens originel, c'est à dire pour désigner un texte anticipant sur son temps pour décrire un futur proche. Exemple, le 1984 d' Orwell.

LE CYBERPUNK
Dans un décor de futur proche, surpeuplé, pollué et grouillant de freaks en tous genres, les grandes multinationales, plus que les gouvernements, contrôlent le sort de la planète. dans ce monde livré aux médias, aux ordinateurs et à la surinformation, la cybernétique est devenue monnaie courante et chacun, par le biais de drogues ou d'implants informatiques, peut à tout instant se brancher sur le cyberspace. l'expression de ce genre se caractérise par une écriture agressive et "jeune". exemple : Neuromancien, de Gibson, ou le film Blade Runner, de Ridley Scott.

UTOPIE ET DYSTOPIE
Il n'y a plus d'utopies... Autrefois l'anticipation était rêveuse ; mais un ressort est cassé. il n'y a que des lendemains qui grincent. Minés par les totalitarismes, épuisés par une pollution ravageuse. Exemple : Fahrenheit 451, de Bradbury ; Tous à Zanzibar, de Brunner ; le Meilleur des Mondes, d'Huxley

POST-APOCALYPTIQUE
La terre est ravagée, il n'y a plus qu'une poignée de survivants, la civilisation est morte... On revient à une organisation féodale, oscillant entre violence et reconstruction. Exemple : Un cantique pour Leibowitz, de Miller ; Ravage, de Barjavel ; Niourk, de Wul ; les films Mad Max, de Miller...

SPACE OPERA
Il s'agit le plus souvent de vastes sagas populaires où l'accent est mis sur l'ampleur du décor, l'espace qui se développe au fur et à mesure qu'on l'explore, avec des astronefs grands comme des planètes, beaucoup d'extraterrestres aussi laids que belliqueux, des rayons de la mort, des désintégrateurs, et surtout un héros justicier, intrépide patrouilleur des espaces intersidéraux. Exemple : la série TV et les films Star Trek ; les films Star Wars ; Shambleau, de Moore ; Le Cycle de la Culture, de Banks.

LE STEAMPUNK
Il s'agit d'une évolution spontanée du courant cyberpunk où la composante cybernétique est remplacée par des évocations de l'ère de la vapeur (steam en anglais). Exemple : Les Voies d'Anubis, de Powers ; Les Loups-garous de Londres, de Stableford ; la BD et le film La Ligue des Gentlemen Extraordinaires.

L'UCHRONIE
Il s'agit d'une réécriture de l'histoire, selon l'exercice du "Et si ?..." En SF, ces hypothèses ont souvent été formulées avec beaucoup de bonheur pour déboucher sur des spéculations aussi intelligentes qu'audacieuses et pour créer de troublants univers parallèles, extraordinaires mélanges de vrai et de faux où le réalisme historique dérape vers des fictions échevelées. Le Maître du haut Château, de Dick ; Pavane, de Roberts ; Rêve de Fer, de Spinrad.

VOYAGE DANS LE TEMPS
Assister en touriste à la crucifixion du Christ, assassiner son arrière-grand-père (avant sa propre naissance, bien sûr), monter une agence de voyages temporels, ou aller voir le soleil transformé en nova dans un milliard d'années : voici quelques-uns des plaisirs qui attendent le voyageur du Temps. mais tout cela peut impliquer des paradoxes, du genre : que devient le présent si on modifie le passé ? Exemple : La Patrouille du temps, d'Anderson ; Dans le torrent des siècles, par Simak ; Le voyageur imprudent, de Barjavel ; le film La machine à explorer le temps, de Pal ; les trois films Retour vers le Futur, de Zemeckis.

Voir les commentaires

Publié le par Ansible
Publié dans : #Essais
SURVOL DE LA SCIENCE-FICTION




La science-fiction n’est pas une invention «moderne». On pourrait même dire qu’elle est née avec l’homme.

Déjà présente dans l’art pariétal des hommes de la préhistoire, on trouve dès 1638, dans L’Homme dans la Lune, de Francis Godwin, le souci de l’Homme d’aller vers le premier astre visible, qui a déclenché les plus vifs fantasmes depuis L’Histoire véritable de Lucien de Samosate (IIème siècle de notre ère).
Mais l’acte de naissance «officiel» du genre date de 1818, lorsque la poétesse anglaise Mary Shelley composa son Frankenstein ou le Prométhée moderne ; cette histoire d’un médecin suisse qui crée un homme à partir de tissus prélevés sur des cadavres va déclencher l’arrivée massive de récits prenant appui sur des faits scientifiques.
L’origine même de cette œuvre reste obscure : résultat d’un pari entre intellectuels, cauchemar terrifiant de l’auteur, roman écrit en réaction au courant gothique alors en vogue ?
Les progrès techniques dus à la Révolution industrielle vont permettre ce genre de production littéraire. Les deux auteurs majeurs de la fin du XIXème siècle seront le Français Jules Verne et l’Anglais Herbert George Wells.
Le premier, au travers de ses Voyages extraordinaires dans les mondes connus et inconnus, s’attachera à décrire les conquêtes de la science. Ses romans les plus intéressants restent Vingt mille lieues sous les mers, De la Terre à la Lune (1865), ou encore Voyage au Centre de la Terre (1864), des modèles d’anticipation scientifique, selon l’expression de l’auteur.
A cette rationalité répond la portée philosophique de H. G. Wells ; il interroge la société sur l’impact des avancées techniques sur le quotidien et le contexte social de ses contemporains. A ce titre, L’Homme invisible (1897) ou La Guerre des mondes (1898) sont de grands textes.

Au début du XXème siècle, les sciences et les techniques sont à la mode. Le développement des modes de transport facilite l’évasion et l’exploration des terres inconnues. Le faible prix du papier permet la multiplication des pulps, revues bon marché et de petit format de l’autre côté de l’Atlantique, qui vont publier des récits d’inconnus mêlant poésie, merveilleux, voyages et aventure.
J. H. Rosny Aîné, auteur de La Guerre du Feu (1909) et La mort de la Terre (1910), est l’auteur français le plus intéressant de cette période.
Côté anglo-saxon, les auteurs s’attachent plus à une vision pessimiste de futurs dominés par la technologie, pour notre plus grand malheur. George Orwell, avec son «Big Brother is watching you» de 1984 (1949) et Aldous Huxley avec Le Meilleur des mondes (1932) se posent surtout comme des porte-paroles de propagande antitotalitaire.
Le film Metropolis (1926), de l’Allemand Fritz Lang, se rattache à ce courant. Les années 1930 sont riches de films reprenant les grands mythes littéraires : Frankenstein (Whale, 1931), Dr Jekyll and Mr Hyde (Mamoulian, 1932), L’homme invisible (Whale, 1933).

Dans l’intervalle, Hugo Gernsback, éditeur de la revue Amazing Stories (créée en 1926), contribue à promouvoir la SF ; il inventa le terme de scientifiction pour synthétiser tous ces concepts.
Dans les années 50, le Prix Hugo sera créé par la profession des auteurs et éditeurs pour récompenser les meilleures oeuvres du genre (par réaction, les fans vont créer le prix Apollo). Le développement des pulps va permettre aux lecteurs de s’exprimer ; ce mouvement sera appelé fandom ; il sera à l’origine de réunions de fans, appelées conventions, qui sont aujourd’hui de grandes messes autant que des rendez-vous incontournables pour les auteurs qui veulent rester proches de leur lectorat.
Le second âge d’or de la SF au cinéma correspond à cette période, dont l’atmosphère est rendue lourde par la Guerre Froide. La vague des soucoupes volantes (Le Météore de la nuit, La Guerre des mondes, L’Invasion des profanateurs de sépultures, Planète interdite...) déferle alors sur les écrans.
C’est l’apogée des space opera grandioses, mais aussi de l’heroic fantasy, où des héros musclés luttent contre des forces occultes omnipotentes. Ce mouvement a été initié par Le Seigneur des Anneaux (Tolkien, 1954-1955, à noter que ce roman a été élu «Roman du siècle») et la série des Conan de Robert E. Howard (à partir de 1925).

Quel est l’âge d’or de la science-fiction ? Quatorze ans, répondit un jour Isaac Asimov. Les années 40-50, c’était l’âge d’or de la SF.

Les années 60 et 70 sont marqués par la Guerre Froide et le Vietnam. Les auteurs tournent résolument le dos au Sense of Wonder qui guidait les oeuvres auparavant. Un auteur comme Philip K. Dick est le plus représentatif de cette période. Centrée sur l’exploration des univers intérieurs de ses héros, son œuvre (Ubik, Le Dieu venu du Centaure) est profondément désespérée.
Le libéralisme triomphant est retourné systématiquement, procurant une atmosphère sombre et pessimiste aux productions de cette période.

Un autre mouvement, la new wave, cherche d’autres voies au travers d’une esthétisation, d’une expérimentation de l’écriture. Michael Moorcock, rédacteur en chef de la revue anglaise New Worlds, et J. G. Ballard sont les portes-drapeaux de cette génération. Le roman le plus marquant est Jack Barron ou l’éternité (1967), de Norman Spinrad, qui dénonce le pouvoir accru des médias et la prédominance de l’argent.
Le quotidien est source de malheur, de névrose, de déchéance. Le manifeste officieux de cette vision est le recueil Dangereuses visions (1967) coordonné par Harlan Ellison, où est utilisé le terme de speculative fiction. Véritable révolution, le livre ira même jusqu'à secouer la Chambre des communes britannique.

Stanley Kubrick lâche en 1968 une bombe dans le morne paysage du cinéma de SF : 2001, l’Odyssée de l’espace (adaptation d’une nouvelle d’Arthur C. Clarke) est une fable métaphysique aux ambitions messianiques ; le film inaugure l’ère de la SF «adulte». Kubrick recommencera 3 ans plus tard avec Orange mécanique, monument de réflexion sur le libre arbitre et ses limites.

En 1977 renaît le genre du space opera, où de grands vaisseaux fendent l’espace pour guerroyer dans des mondes très éloignés, grâce au film Star Wars : A New Hope de George Lucas. D’abord uni par une seule langue et une seule culture (comme dans Fondation, d’Isaac Asimov), l’univers est une mosaïque de cultures différentes, en butte à des luttes de pouvoirs (La Stratégie Ender, d’Orson Scott Card, en 1977, et Hypérion, de Dan Simmons, en 1990, sont des modèles de constructions de mondes entiers).

A côté de ces démiurges apparaît au milieu des années 80 une nouvelle tendance, qui s’appuie sur les progrès fulgurants des technologies numériques et optiques. C’est le cyberpunk, initié par Neuromancien, écrit par William Gibson en 1984. Ces techniques sont intégrées à la vie courante, et les héros sont des marginaux qui luttent contre les multinationales. Les films Total Recall (Verhoeven, 1990) et Matrix (Wachowski, 1998) rejoignent cette vision désenchantée.

Forts de toutes ces brèches ouvertes par les Anglo-saxons, les auteurs européens font leur apparition sur le marché global de l’édition de SF.
En France, Pierre Bordage réinvente le roman épique (Les Guerriers du silence, 1995), tandis que l’Allemand Andreas Eschbach se lance dans le space opera politique avec Des Milliards de tapis de cheveux (1995). L’Italien Valerio Evangelisti, avec les aventures de l’Inquisiteur Nicolas Eymerich (depuis 1993), mélange avec un talent fou les genres.
La dystopie, en déclin depuis de nombreuses années, retrouve un seconde souffle avec des auteurs aussi brillants que Gregory Benford (Un paysage du temps, 1980), Greg Bear (Eternité, 1988) ou David Brin (Marée stellaire, 1983), surnommés les Three B.
Parti de presque rien, le Français Bernard Werber mêle réflexion philosophique, entomologie et speculative fiction dans sa trilogie des Fourmis (1993-1997), grand succès public.


La science-fiction est plus qu’un genre artistique basé sur les fantaisies de savants fous.
C’est aussi et surtout une lame de fond qui interroge l’homme sur sa place dans l’univers et sur son époque, suscitant parfois les plus vives polémiques.

Mars 2001

Spooky

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog