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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Edouard J. Kloczko est un traducteur et auteur français, qui s'est fait connaître dans le cercle des amateurs de Tolkien pour ses travaux relatifs aux langues elfiques. Oui, vous avez lu, quelqu'un s'est attaqué à l'étude de certaines des langues inventées par Tolkien. Une tâche dont l'intention inspire le respect, mais Kloczko s'est aussi fait remarquer par une attitude très particulière, un manque de respect d'autres exégètes de l'oeuvre du professeur, qui a amené de nombreux amateurs éclairés à prendre leurs distances avec l'auteur. Mais ne jugeons pas l'homme, attachons-nous à son oeuvre.

 

Ca part mal. Dans la préface où il fait l'élégie de l'oeuvre de Tolkien, il tire à boulets rouges sur "les compilateurs" de son oeuvre, parmi lesquels -mais il ne le nomme pas- son fils, Christopher. Idem au sujet des traducteurs, au travail approximatif selon lui. Passons.

 

Kloczko s'attache ensuite à nous raconter les origines des Elfes, du moins dans les écrits de Tolkien. Dès les premières pages, des encarts nous proposent du vocabulaire dans les différentes langues elfiques, regroupé par thématiques. Le tout joyeusement enluminé et illustré par des gens de renom comme Sandrine Gestin ou Ted Nasmith.

 

la troisième partie explore les us et coutumes elfiques, du langage du corps à l'héraldique, en passant par la religion et la télépathie. Deux sections sont ensuite consacrées aux écritures et langues elfiques, avec maints détails sur les spécifications locutives (oui, il existe plusieurs langues elfiques !).



Au final, c'est un ouvrage très érudit, trop peut-être, que le quidam va vite lâcher. Le/la passionné(e) d'elfes sera nettement plus accroché, même si parfois le ton, un rien hautain pour ses confrères tolkienophiles, n'incite pas forcément à éprouver de la sympathie pour l'auteur.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Paul H. Kocher fut chercheur, essayiste et enseignant en anglais à l'université américaine de Stanford. Spécialiste de Tolkien et de Francis Bacon, il est connu pour son ouvrage Master of Middle-Earth, traduit ici, et A Reader’s Guide to ‘The Silmarillion’, daté de 1980.

 

Voici donc un ouvrage de référence, certes daté et épuisé, sur l'univers de Tolkien. Pour cette traduction française, nous avons droit à une préface de Jean Markale, grand manitou des Celtes. Et du coup, il ne peut s'empêcher de mettre des Celtes dans tout Tolkien. Un vrai catalogue -heureusement limité à quelques pages- de n'importe quoi, de raccourcis et de contre-sens. C'en devient presque risible pour les exégètes modernes du Professeur. Soyons indulgent en précisant qu'en 1981 la recherche relative à Tolkien disponible en langue française devait être balbutiante. Et plongeons-nous dans Kocher.

 

Celui-ci entame son étude en nous parlant du niveau de réalisme du monde créé par le Professeur, comme le climat, la géographie, et une attention toute particulière est portée sur les langues, clé de voûte de l'Imaginarium tolkienien. Il explore les différences fondamentales entre le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, puisqu'on passe, selon lui, du "simple" conte à l'épopée. Même si les intentions furent différentes dans l'esprit de Tolkien, les études ultérieures de son premier roman ont montré que l'aventure de Bilbo était tout sauf simpliste.

 

Le chapitre suivant s'attache justement au Hobbit (fun fact : le titre est celui de la nouvelle traduction, pas de celle qui fut contemporaine à l'ouvrage de Kocher. J'y reviens plus loin.) Kocher y trouve tout de même des points d'attention, comme le fameux dédoublement de personnalité de Gollum ; cependant l'analyse psychologique ne va pas bien loin, sans doute à cause d'une méconnaissance du personnage ; étrange, pourtant, car hormis les deux premiers romans de Tolkien publiés de son vivant, Gollum n'apparaît quasiment nulle part ailleurs. Mais cela n'empêche pas l'analyste de ramener le Hobbit à la place qu'il doit occuper selon lui : un simple conte.

 

La deuxième partie aborde la dimension cosmique de l'univers tolkienien. En effet, bien que le nom de Dieu ou d'une divinité ne soit jamais prononcé, il est évident que nombre d'évènements relatés dans le Seigneur des Anneaux sont dus à l'action d'une entité supérieure. Ainsi transpire légèrement la croyance catholique profonde de Tolkien. Kocher l'appelle Providence, et indique qu'elle agit non pas toujours en avantageant le Bien, mais plutôt en faisant coexister Bien et Mal, et en intervenant au final pour faire triompher le Bien. La place toute particulière des Valar est analysée également : pas vraiment des divinités, mais pas de simples créatures non plus, ils tiennent une position originale et un peu difficile à définir dans la création de la Terre du Milieu, tout en en référant à l'Unique pour certaines questions. La question de la mort est rapidement abordée, pour la simple raison que Tolkien y fait de rares allusions, laissant cependant penser qu'il y a une existence après la vie, mais sans aller bien loin.

 

De la divinité à Sauron il n'y a qu'un pas, que Kocher franchit en entamant un nouveau chapitre. Nous avons donc l'historique du grand méchant de l'histoire, qui n'était pas méchant au départ, mais l'est devenu à la suite de nombreuses déconvenues et mésaventures. Sauron est ainsi devenu au fil du temps l'incarnation du Mal, qui a pu insuffler une grande partie de son pouvoir et de ses mauvaises intentions dans un anneau qu'il a lui-même forgé. Lequel Anneau a ensuite largement -mais pas totalement- corrompu Gollum. Côté malveillant se trouvent également les Nazgûl, mus par la soif inextinguible des âmes de leurs proies. Mais tous ces êtres néfastes, ou presque, possèdent un libre arbitre, et c'est l'action du Seigneur Ténébreux qui leur fait prendre fait et cause pour le côté obscur. Tous ces personnages sont caractérisés par leur besoin de posséder quelque chose ou quelqu'un, et c'est ce besoin qui en a fait des êtres vils ; ce point est le reflet des convictions de Tolkien.

 

La partie suivante propose un panorama des Peuples Libres : caractéristiques, représentants notables, origines quand on les connaît... Hommes, Elfes, Nains et Hobbits et Ents sont ainsi passés en revue, de façon étonnamment complète. Puis vient un gros focus sur Aragorn, probablement le personnage le plus riche de toute la saga, mais surtout le plus emblématique, alors qu'au départ Tolkien n'avait pas d'idée sur la façon dont il allait évoluer. Abimé par des sentiments et des valeurs chevaleresques, son histoire personnelle, intimement liée aux Elfes, en fait, aux côtés de Frodo et Gandalf, l'un des moteurs de l'action. Un portrait contrasté, Kocher s'attardant sur un épisode passé conté dans le Seigneur des Anneaux, au cours duquel celui qui prendra la tête du Royaume réunifié fit preuve de cruauté envers Gollum. Mais dans le présent du Seigneur des Anneaux, la nature royale d'Aragorn s'affirme, pleine de sagesse, d'habileté et de charisme. Des qualités qui lui permettront de rassembler les Peuples libres pour porter l'estocade à Sauron.

 

Au final je place Paul Kocher comme l'un des meilleurs exégètes de Tolkien, même si son analyse, au regard d'autres ouvrages, a un peu vieilli. Il faut dire que depuis plus de 30 ans la recherche a énormément avancé au sujet du Professeur. Mais il a eu le mérite d'analyser de façon convaincante et lucide nombre d'éléments inhérents au Hobbit et au Seigneur des Anneaux. Un jalon à son époque.

 

Petit bémol au sujet de l'édition française : il faut déplorer une relecture nettement défaillante, qui a provoqué un certain nombre de fautes ou de réécritures plus ou moins heureuses des noms propres : le Mordor est ainsi devenu Mondor à deux reprises, les Guetteurs sont des Gultteurs... Ce qui m'a amené à m'interroger sur la traduction... L'ouvrage ne fait pas mention de la personne concernée, et quelques recherches ne m'ont pas permis d'en trouver l'identité. Par contre, et c'est vraiment dommage, les récits Feuille, de Niggle, Smith de Grand Wootton et Le Fermier Gilles de Ham (rassemblés en français dans Faërie et autres textes avec Le Retour de Beorhtnoth et Les Aventures de Tom Bombadil), ou encore les poèmes Imram et le Lai d’Aotrou et Itroun ne sont pas mentionnés dans cette édition, sans doute parce qu’il aura fallu attendre vingt ou trente ans pour que certains (à l’exception des deux poèmes) soient disponibles en français. Merci à tolkiendil.com pour cette précision.

 

Spooky

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