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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

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Il faut vraiment que ce soit un film de vampires, qui plus est précédé d'une bonne réputation pour que je me mette à regarder un film suédois...

Vous riez bêtement, mais imaginez : des personnages avec des coiffures étranges, qui roulent en Lada, des décors qui semblent tout droits sortis des années 1970 en France, slips rouges et bleus compris. Et puis, le cinéma suédois risque de garder sa réputation d'art un peu chiant, avec des scènes contemplatives, des séquences d'ambiance sans intérêt...

Mettons de côté ce dénuement formel pour nous attaquer au fond.

 

Morse nous raconte l'histoire de deux enfants, Eli et Oskar, qui vivent dans deux appartements voisins. Oskar a presque 13 ans, c'est un enfant qui perd peu à peu ses repères après la séparation de ses parents et la persécution que lui infligent des "grands". Il fait la connaissance d'Eli, une fillette de son âge un peu étrange. Elle n'a pas froid alors que lui se gèle les glaoui en discutant avec elle dans le square en bas de leur immeuble ; elle refuse toute nourriture ; elle vit avec son père, qui fait des sorties nocturnes mystérieuses. Mais il est gentil avec elle, et peu à peu Eli brise sa carapace pour laisser apparaître sa vraie nature. [SPOILERS] Eli est un vampire. Pour l'approvisionner en sang, son père va égorger des passants inconnus dans le parc voisin, et recueille leur sang dans des bidons. Mais, lassé par cette vie impossible, il voudra bientôt mettre fin à ses jours.

 

 

 

Malgré son côté contemplatif, le film raconte pas mal de choses, notamment sur la relation amoureuse entre les deux enfants (qui jouent d'ailleurs très bien), et sur les relations filiales de ceux-ci avec leurs parents respectifs, si différentes que soient leurs situations. Le film bénéficie d'une mise en scène sèche, presque clinique, ne s'autorisant que quelques effets par-ci par-là, et relativement discrets. Tout est dans la psychologie des personnages. La petite vampire, qui ne grandira jamais, mais aspire à une vie normale. Le garçon souffre-douleur, qui rêve d'être un jour en mesure de répondre à ses persécuteurs, mais aussi de profiter de ses parents, d'un côté sa mère qui travaille de nuit-probablement dans un magasin, de l'autre son père qui est parti s'isoler dans le désert, mais tue sa mélancolie dans l'alcool avec un voisin. Le père qui veut aider sa fille gravement malade, mais qui doit pour cela tuer de temps en temps...[/SPOILERS]

 

Il y a peu de personnages dans le récit, mais tous ont une importance capitale pour le destin des deux jeunes gens. Qui d'ailleurs ne sont pas forcément ce qu'ils donnent l'impression qu'ils sont. Comme je l'ai dit, c'est une histoire de vampire(s), abordée de façon très psychologique. Le titre du livre dont il est adapté, Let the right one in, laisse d'ailleurs entendre le point intéressant du film : le vampire ne peut entrer chez nous s'il n'y est pas invité... Quant au titre français du film, il fait référence au moyen qu'utilisent les deux enfants pour communiquer lorsqu'ils sont dans leurs appartements respectifs et mitoyens...

 

Adaptation à l'écran du roman de John Ajvide Lindqvist par Tomas Alfredson, Morse est donc un film inattendu, qui intéressera sans doute les amateurs de vampirisme, mais aussi les amateurs de cinéma suédois...

 

Spooky

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

Je me trouvais il y a quelques temps en vacances à l’ouest de la Bretagne (le temps a à présent perdu toute signification à mes yeux, vous comprendrez bientôt pourquoi...).
Une fin d’après-midi, je profitai de la fraîcheur relative pour sortir faire une randonnée en vélo. Je partis au hasard, prenant à chaque croisement le chemin qui me semblait le plus agréable.
Tant et si bien qu’au bout d’un certain temps je me rendis compte que je m’étais égaré, alors que le crépuscule tombait lentement, teintant çà et là le paysage de couleurs chaudes et orangées.

Au bout du chemin bosselé où je me trouvais, j’aperçus comme une trouée : peut-être une clairière ou un croisement avec une voie plus importante ? N’ayant pas d’autre perspective en vue alors que les ombres s’allongeaient, je me rendis en marchant, en poussant mon vélo du bras. Mais ce n’était pas ce à quoi je m’attendais.

Devant moi s’étalait, plane, diaphane, une étendue d’eau de taille moyenne, un étang dont les berges se noyaient dans une brume laiteuse.
Etait-ce le célèbre «Miroir aux Fées» dont parlent certaines légendes arthuriennes, l’un des fameux passages vers «l’autre monde» ?
En tout cas, aucune bulle ne venait crever la surface, aucune grenouille ne manifestait sa présence en ces lieux empreints d’une certaine majesté.
Chaque brin d’herbe, chaque racine naissant dans l’onde semblaient figés dans le temps. Je me rendis compte que le brouillard m’entourait à présent. Mon regard errant sur le pourtour de l’étang s’arrêta sur une avancée à quelques mètres sur ma gauche. Sur une petite corniche herbeuse et moussue se trouvait un être bizarre. C’était un petit humanoïde à la peau blafarde assis en tailleur, comme guettant quelque chose au fil de l’eau. Ses membres graciles, ses dents proéminentes et sa coiffure entrelaçant harmonieusement cheveux gris et feuilles élancées me mirent sur la voie de la vérité : c’était un korrigan, nain légendaire bénéfique ou maléfique.
Je voulus bouger mon pied mais sentis une certaine résistance : j’étais dans la boue. Je me dégageai avec un juron et relevai la tête en entendant à peine un plouf ! étouffé.

La petite corniche était à présent vide. La vision du korrigan est souvent fugitive. Mais un autre plouf ! discret attira mon attention vers le centre de l’étang et me fit me dissimuler.

Quelque part le brouillard sembla danser, décrivant des volutes gazeuses. Peu à peu la brume laissa deviner la forme d’une boule au bout d’un piquet ; non, c’était un crâne humain fiché en guise de figure de proue d’une barque.
Mais plus que l’aspect extérieur, par ailleurs assez repoussant, c’est le contenu de celle-ci qui attira mon regard.

L’équipage était composé d’un seul individu : une ombre noire, de grande taille, la tête encapuchonnée, qui se dirigeait à l’aide d’un long bâton blanc torsadé. Les passagers n’avaient pas fière allure : une dizaine d’êtres chétifs, au teint hâve et courbés comme s’ils portaient toute la misère du monde.

L’embarcation glissait presque sans bruit sur l’étendue de brouillard. C’était un spectacle saisissant ! A ce moment je vis que l’étrange nautonier tournait lentement sa tête dans ma direction et là, dans les sombres profondeurs abyssales de son capuchon, je vis ses yeux.

Deux yeux pastilles argentées sans la moindre expression ; un rire hystérique me parvint alors aux oreilles. Il ne pouvait sortir que de la bouche édentée d’un dément ou... d’un être totalement dénué d’humanité.


Terrifié, je lâchai mon vélo et courus me réfugier derrière un dolmen bordant le chemin accidenté que j’avais emprunté plus tôt, car la sinistre embarcation était sur le point d’accoster.

J’entendis un hennissement, comme un signe de reconnaissance. J’en frissonnais d’épouvante, ne pouvant bouger.

Peu de temps passa. De manière croissante, j’entendis des chocs sur les pierres autour de moi, le brouillard environnant dispersant le moindre son. <

Au bout d’une à deux minutes je réussis à identifier le son : les sabots d’un cheval toquant contre les pierres qui jonchaient le chemin.

La lune qui s’était levée commença à disperser le brouillard. Une nouvelle apparition de cauchemar se dessina devant moi.

Un haut chariot, tiré avec peine par un vieux cheval de somme, avançait en cahotant entre les deux fossés. A ses côtés marchait, tenant toujours sa canne pâle, le nautonier aux yeux d’argent. Dans le chariot se trouvaient les passagers de la barque noire, tous habillés de haillons, tous le regard hanté de désespoir, tous pâles et décharnés...
Une femme maigre, au visage triste, se tenait debout à l’avant de la charrette, serrant son enfant mort-né contre ses seins menus et livides. Au-dessus de l’équipage lugubre se tenait la lune, dardant ses rayons froids sur la scène. J’avais l’impression d’avoir un filtre noir et blanc devant les yeux, et le chariot avançait, sans autre bruit que ceux produits par les sabots et le bâton blanc sur les pierres du sentier.

Lorsque le convoi mortuaire passa devant le dolmen où j’étais blotti, un rayon de lune éclaira le visage du guide : c’était celui de la mort elle-même ! Des yeux enfoncés dans leurs orbites, un visage où apparaissaient ça et là quelques morceaux d’os à travers la chair putréfiée, des dents cariées, jaunes, noires, visibles éternellement dans un rictus figé... Quelques cheveux filasses de couleur grisâtre tombaient en désordre sur cette épouvantable face...

Je m’aperçus que la main qui tenait le bâton blanc comportait beaucoup moins de chair que celle qui reposait sur l’encolure du cheval.

Où que j’aille je me souviendrai toujours de cette scène abominable.

Le temps que je me remette de mes émotions, le chariot s’était enfoncé dans le chemin.

Je me mis à réfléchir. Ce visage d’où pendaient des lambeaux de chair putrescente, c’était celui de l’Ankou, un sinistre personnage qui alimentait nombre de légendes à forte coloration celtique. Cet être peu engageant était le messager de la Mort et lorsqu’il embarque ses «élus» sur sa barque, ceux-ci sont en train de quitter leur vie terrestre. Lorsqu’ils débarquent, ils sont dans «l’Autre Monde» ; mais alors que faisais-je là ? Etais-je mort ? Mais alors comment ? Et pourquoi mon vélo, que j’étais reparti chercher, se trouvait-il avec moi ? Drôle d’histoire !

Je décidai de reprendre ce chemin, n’ayant pas d’autre alternative en vue.


Au bout d’un certain temps, (qui avait probablement perdu toute signification dans cette dimension . . . ) j’entendis des voix sur ma gauche, dans la forêt. Peut-être de l’aide en puissance. Je dissimulai mon vélo dans un fourré de bruyère et m’engageai dans la sente en direction de la voix. Plus j’entendais celle-ci, moins je comprenais ce qu’elle déclamait.

Dans la nuit qui régnait à ce moment, j’aperçus une lueur orangée à mi-distance devant moi : probablement un feu de bois. Je me frayai un chemin oblique, ayant cassé des branches pour marquer mon passage, en direction de la lueur qui était la seule, la lune étant cachée par des nuages d’altitude.

Et là, devant mes yeux éberlués, un spectacle sans pareil se développait. La clairière que je parcourus du regard semblait un concentré de toute la tradition religieuse bretonne. Au centre se dressait un calvaire de cinq ou six mètres de haut, tout en granit. Des dizaines de personnages traditionnels mimaient des scènes saintes sur ses bras de pierre. A proximité se trouvait un arbre mort, totalement peint en or ; ça et là des morceaux de tissus divers étaient embrochés sur les branches, comme des offrandes de fidèles à des divinités animistes. Entre ses racines étaient fichés des dizaines de cierges blancs, mais ce n’était pas eux qui dispensaient le gros de la lumière. Un imposant bûcher crépitait devant le calvaire et produisait des ombres mouvantes du plus troublant effet sur les personnages.

Autour de cette trinité courait un anneau de menhirs, d’une circularité presque parfaite. J’étais dissimulé derrière l’un des mégalithes et contemplais l’étrange cérémonie.

Un groupe de petits lutins dansait la farandole autour du feu de joie, et certains autres jouaient une musique menue, comme chuchotée. Jouer du tambourin, de la flûte de Pan, du biniou leur procurait visiblement du plaisir et, je dois le dire, je n’étais pas loin de sortir de ma cachette pour venir danser avec eux. Mais ils n’auraient peut-être pas apprécié. Ces batifolages étaient agrémentés de libations diverses.


Je n’osais pas me montrer car leur aspect n’était pas humain. Par ailleurs très poilus, leurs crânes chauves renvoyaient les reflets du feu ; tandis que le liquide versait dans leurs gorges, je vis leurs dents déformées ; mais le pire venait de leurs membres inférieurs : c’étaient des pattes de chèvre, avec les sabots et les poils noirs. Les flammes crépitantes projetaient des ombres en une étrange sarabande sur les menhirs alentour.
Presque en face de moi, près des menhirs se trouvait une ombre que je n’avais pas vue auparavant, et mon sang se gela dans mes veines. C’était l’Ankou de tout à l’heure ! Mais il ne participait pas aux festivités, totalement immobile dans son coin. Son chariot et ses victimes étaient invisibles.

Je décidai de m’éclipser et de les laisser s’amuser seuls. Je retrouvai, à force de tâtonnements, la piste de branches cassées et pus rejoindre mon vélo. A la proximité de celui-ci se trouvait un fourré d’assez grande taille. Je tassai quelques tiges et m’y couchai, épuisé. Cette litière improvisée était assez moelleuse.
Après toutes ces émotions, j’avais bien besoin de repos. Tout ce que j’avais vu m’amena tout de même à me poser des questions : Où étais-je ? Ou bien quand étais-je ? Et pourquoi y étais-je arrivé ? Comment pourrais-je revenir dans mon monde ? Ces supputations m’achevèrent et je m’endormis, épuisé.


Je courais dans les bois obscurs, traversés ça et là de quelques rayons blafards. Je fuyais des prédateurs invisibles.

Soudain je me trouvai devant une ombre imposante. Sous le capuchon brillaient deux yeux argentés. L’être se pencha en avant et je vis son sourire crispé.

La créature dit, avec une voix sépulcrale Gekkä dak kenkö ak gada täk ed totägrat.

Des vers tous tout blancs sortaient d’entre ses dents et son haleine pestilentielle me les projeta sur le visage.

Je m’évanouis de dégoût car les larves cherchaient mes orifices pour y rentrer, tandis que j’entendais un rire dément.
Les vers rampaient sur la peau de mon visage en laissant une lymphe blanchâtre...


J’ouvris les yeux. Une forme oblongue se tourna vers moi ; des yeux sombres clignèrent tandis que des petites mandibules remuaient. Une fourmi ! Je m’étais couché sur une fourmilière. J’en avais partout sur le corps. Je me tortillai en tous sens et réussis à en chasser la plus grande partie.

Une fois à peu près tranquille, je regardai autour de moi ; j’étais encore dans le brouillard. Les troncs des chênes s’estompaient dans la purée de pois. J’attrapai mon vélo, recouvert d’une fine pellicule de rosée. La matinée devait être bien avancée, car bientôt les nuées se dissipèrent sous l’action du soleil qui était presque au zénith.

Réprimant les gargouillements de mon estomac, je coupais un sentier que je suivis en direction de l’ouest. Je finirais bien par trouver une ville, une route...
Et effectivement je trouvai quelque chose. Toujours dans la forêt, à une centaine de mètres devant moi se dressait un étrange édifice. Il avait la forme d’un chapiteau de cirque, de couleur blanc cassé, constellé d’excroissances blanches : peut-être des fenêtres ? La construction, d’un diamètre de cinquante mètres, tranchait dans le décor de forêt celtique.


Mais où étais-je encore tombé ?

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

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Et une nouvelle adaptation de jeu video culte, une !

 

Forts du succès critique et public de Pirates des Caraïbes (adapté non pas d'un jeu video, mais d'une attraction Disneyland), les Studios Disney et le producteur Jerry Bruckheimer ont remis le couvert en adaptant cette fois-ci une saga videoludique qui a fait ses preuves.

 

Le premier défi venait de l'ambiance. Superbement éclairé, Prince of Persia puise une partie de son esprit visuel dans le Contes des Mille et une nuits. Le film remporte haut la main ce défi, les décors sont sublimes et la photographie respecte les éclairages ambrés et dorés que l'on imagine. Second défi : adapter efficacement pour l'écran un scénario avant tout basé sur des combats et des déplacements sur des toits parfois vertigineux. Les scénaristes, parmi lesquels est crédité Jordan Mechner, créateur du jeu, décident plutôt de garder le point de départ, et d'aller dans une direction différente du jeu. Bonne pioche, puisqu'on se retrouve avec quelque chose d'assez solide, avec l'adjonction de deux frères au prince du titre. Voici donc le synopsis :

 

Un prince rebelle est contraint d'unir ses forces avec une mystérieuse princesse pour affronter ensemble les forces du mal et protéger une dague antique capable de libérer les Sables du temps, un don de dieu qui peut inverser le cours du temps et permettre à son possesseur de régner en maître absolu sur le monde.

 

 

Pour donner de la consistance au prince Dastan, les producteurs ont cherché un acteur coté, capable de faire le poids physiquement, mais aussi d'être crédible dans son jeu. La surprise est belle puisque c'est Jake Gyllenhaal, révélé par Donnie Darko puis par Le Secret de Brokeback Mountain, qui est finalement choisi. La crevette s'est transformée en guerrier musclé -mais pas trop non plus-, et son visage un peu angélique correspond bien à celui de son homonyme videoludique. A ses côtés, incarnant son oncle, le vénérable Ben Kingsley, qui a incarné Gandhi dans le film homonyme ou Itzhak stern dans La Liste de Schindler. Pour incarner la belle princesse, c'est Gemma Arterton qui rafle la mise, elle que l'on voit à peu près partout en ce moment : Quantum of Solace, Good Morning England, Tamara Drewe, Le Choc des Titans et bientôt Men in black 3. Curieusement, c'est elle qui constitue le maillon faible du film. Elle est filmée de telle façon qu'on ne verrait pas la différence entre elle et une savonnette à laquelle on aurait rajouté une perruque et des faux seins. Alors que dans le jeu elle participe aux combats, ici elle n'est presque qu'une "sois belle et tais-toi" ; sauf que c'est un thon. Les deux stars du casting n'ont donc pas trop à se forcer pour tenir le haut du pavé, même si Jake Gyllenhaal s'en sort très bien.

 

Mais la plus grande surprise vient du nom du réalisateur : Mike Newell. L'Anglais, passé à la postérité de la comédie romantique avec Quatre mariages et un enterrement en 1994, puis se diversifie avec Donnie Brasco, puis le quatrième Harry Potter. Le voir aux commandes d'une superproduction bardée d'effets spéciaux n'est donc finalement pas tant une surprise, mais une étape de plus dans une carrière déjà fournie et diversifiée. Il s'en sort très bien, imprimant une identité visuelle réussie à ce produit, qui est peut-être le début d'une franchise.

 

Au final, j'ai bien apprécié ma séance DVD de ce Prince of Persia. Sans être trop regardant sur la cohérence de l'histoire, le film est artistiquement bien fait. Un bon divertissement.

 

Spooky.

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

 

Le 23 octobre 19**, on retrouvait sur l’île Bouvet, appartenant à la Norvège et se trouvant par 54° Sud et 3° Est, une vielle femme, qui s’était signalée par un feu de branches sèches. Le capitaine du bateau qui la recueillit avait été intrigué par la fumée venant de cette île réputée inhabitée car étant à plus de 1 500 kilomètres de toute côte. Le capitaine Tatsumiru, donc, du baleinier «Rosée du Matin», prit ce jour là à son bord une femme dont la vieillesse et la fatigue lui parurent extrêmes, au point qu’elle ne put se déplacer pendant plusieurs jours que sur une civière et avec précaution. D’abord laissée au repos complet, la femme dut bientôt subir des questions relatives à son identité. Mais à l’évidence elle ne comprenait ni l’anglais ni le japonais ni aucun idiome parlé par les membres de l’équipage

Les différents examens pratiqués par le médecin du bord révélèrent un état quasi impeccable voire impossible pour une personne de l’âge qu’elle semblait accuser ; elle ne semblait même pas avoir faim ! Un fait était encore plus troublant : en l’auscultant, le praticien découvrit qu’elle avait six doigts à la main droite ; celui ci ne semblait pas difforme et ne faisait que renforcer l’harmonie de sa dextre.
La respectable personne, malgré son incompréhension, avait l’air heureux que l’on l’ait recueillie et la sérénité couvrait son front sillonné de profondes rides. Cependant la nouvelle avait été transmise par radio au Japon et la presse internationale s’était emparée avec une curiosité inaccoutumée de l’histoire ;

Et évidemment, cela suscitait de nombreuses questions : comment cette vielle femme s’est-elle trouvée là ? On n’a signalé aucun naufrage dans les environs et une personne de son âge, fut-elle dans une forme olympique, aurait eu du mal à nager dans ces eaux froides et hostiles... Pourquoi avait-elle l’air de bien se porter, alors que l’on n’avait trouvé aucun relief de repas sur l’île Bouvet ? Qui était-elle et d’où venait-elle, tout simplement ? Le monde commençait à se passionner pour ce précédent et lors de l’arrivée du baleinier à Yokohama, on put voir plusieurs milliers de nippons (entre autres...) se presser sur les quais, inadaptés par une telle affluence, ce qui occasionna quelques incidents malheureux, tels des piétinements des noyades... Chacun veut voir, un peu comme lorsqu’il y a un accident de la circulation : tous s’arrêtent pour tenter d’entrevoir du sang ou des lambeaux de peau... Là, chacun attendait celle qui avait échappé à un mort certaine à court terme mais qui en même temps plutôt éloignés. Ils avaient le sentiment d’une insondable fierté intérieure, comme si l’événement auquel ils assistaient allait changer la face du monde. Et, dans un sens, ils avaient raison.

La vieille femme fut prise en charge par les services secrets japonais. Ces messieurs dames, tout en la ménageant, lui demandèrent en une trentaine de langues différentes d’où elle venait et les questions corollaires. Il était difficile de déterminer sa race, car elle semblait être le produit de nombreux brassages et en même temps appartenir à une race particulière, au teint chaleureux assez proche de celui des Malgaches sans pouvoir pour cela prétendre en être issu. Les interrogatoires et examens se poursuivirent jusqu’au sixième jour, quant se produisit un événement que l’on pourrait qualifier de surnaturel. Alors que le spécialiste d’Italien s’installait dans le bureau où se trouvait la vieille femme, celle-ci lui montre son bloc de papier d’un air fiévreux et empressé ; comme l’homme ne semblait pas comprendre, elle lui prit le bloc des mains et le maintint à plat devant elle sur le bureau. D’abord interloqué par la vigueur du geste, le linguiste leva les yeux vers le visage de la vieille femme : celui-ci était fendu par un sourire béat et oscillait de droite à gauche. Croyant à une crise, Nogachi appela le chef du service, Opikono, qui arriva en courant, accompagné d’un assistant. Le mouvement pendulaire de la vieille femme s’était quelque peu accentué et celle-ci récitait une étrange mélopée, à la mélodie envoûtante malgré la voix rocailleuse, voix que l’on entendait pour la première fois - elle entrait en transe- puis la chanson s’arrêta (et le mouvement également) et la femme resta prostrée sur sa chaise, les yeux clos. Elle resta ainsi plusieurs secondes puis ses yeux s’entrouvrirent, dévoilant des pupilles bleu azur d’une beauté et d’une vitalité déconcertantes ; elle pointa son sixième doigt vers le ciel et le redescendit pour désigner le papier ; le doigt s’emplit d’une lumière purpurine, puis jaune puis turquoise, sans passer par les teintes intermédiaires ; l’éclat avait une telle intensité que la pièce en était éclaboussée ; les silhouettes déformées des personnes présentes semblaient danser sur les murs en un étrange sabbat, environnées de lueurs éclatantes et vives. La femme se mit à écrire avec son doigt redevenu bronzé ; mais l’encre qui sortait du doigt était d’une couleur orangée, un orange semblable à celui du soleil automnal, lorsqu’il se couche. Eberlués par les jeux de lumière, les trois spectateurs mirent quelques minutes à s’en remettre, et lorsqu’ils se retournèrent vers la vieille femme, celle-ci avait déjà écrit toute une page de caractères serrés et alignés. Elle semblait écrire comme sous la dictée d’un être invisible, totalement sous son emprise. A première vue, son écriture était illisible, mais Opikono mit cette impression sur le compte du désordre visuel qui avait résulté du phénomène lumineux précédent. Il se tourna vers ses voisins pour lire leurs réactions sur leurs visages : son assistant se frottait les yeux en se plaignant ; quant à Nogachi, lui non plus semblait ne pas comprendre ce qu’il voyait.

Le temps semblait suspendu dans le petit bureau des services secrets japonais. Quiconque aurait à ce moment-là jeté un coup d’œil dans la pièce aurait ressenti un certain malaise ; il (ou elle) aurait vu une vieille femme à la peau bronzée écrire avec son doigt, un doigt qui avait l’air bizarre, on ne saurait dire pourquoi, sous les yeux exorbités de trois hommes. L’un d’entre eux faisait craquer ses doigts (encore un grand nerveux), un autre se pinçait le bras et le troisième tentait de se détourner de la femme, sans y parvenir... Aucun des trois n’osa trop bouger durant tout le temps qu’elle écrivait. Elle pondit ainsi 42 feuillets couverts de hiéroglyphes dont on parlera plus loin. Lorsqu’elle eut terminé son œuvre, elle poussa un profond soupir de satisfaction (de soulagement ?) et s’endormit instantanément sur sa chaise, les traits tirés, les mains sur les accoudoirs. Les trois hommes furent obligés de la transporter sur son lit car elle menaçait de choir de son perchoir.

Pendant que les médecins s’empressaient auprès de la vieille femme, Opikono se rendit au service des langues étrangères, avec sous le bras les 42 feuilles grossièrement serrées dans une mauvaise chemise, et Nogachi pour l’aider dans ses recherches.
Après plusieurs heures d’investigations fiévreuses mais vaines, ils s’adressèrent à Takana, spécialiste des langages disparus. Lorsqu’ils lui montrèrent la liasse, il la serra convulsivement et cria, la voix tremblante, la bave aux lèvres :
-Non ! Ce n’est pas possible ! Ce serait trop beau...
Opikono et Nogachi se regardèrent, doutant de la raison de leur collègue.
-Où avez-vous eu ça ? reprit ce dernier, agressant littéralement les deux hommes.
-Vous savez de quelle langue il s’agit ? demanda Opikono, essayant de le calmer.
-Venez avec moi, dit soudain le grand et maigre Takana, et il se dirigea sans attendre vers son rayonnage, au plus haut duquel il prit un petit volume qu’il présenta à ses collègues. Malheureusement, le titre était effacé et Nogachi demanda :
-Qu’est-ce que c’est ?
-La clé de votre problème, messieurs ! répondit, en substance, l’énigmatique Takana.

Il parcourut rapidement les pages racornies et jaunies du petit opus et marmonna, songeur :
-C’est bien ce que je pensais...
-Pardon ?
-Ce livre indique que des inscriptions semblables à celles de vos pages ont été relevées au milieu du Sahara, sur des monolithes en France et en Angleterre, et sur des plaquettes d’argile au fond de l’Atlantique...
-Ce qui signifie ? demanda Opikono qui n’entendait rien à tout cela.
-Que cette écriture que vous m’avez présentée est d’origine atlante, dit Takana, étonnamment calme et serein. Où l’avez-vous eue ?

Opikono lui raconta toute l’affaire, car son collègue n’avait pas fait le lien entre la vieille femme et les feuilles écrites en Atlante.
-Vous avez dit qu’elle écrivait de manière automatique ? ! demanda Takana, l’air soucieux.
-Oui. Elle était comme... hypnotisée, répondit Nogachi, curieux de connaître la signification de ce détail.
-C’est trop clair. Votre vieille femme -comment l’a surnommée la presse ? «Bouva», c’est ça- est, ou en tout cas était en liaison avec quelqu’un qui lui a dicté ces mots couchés sur ces papiers ; ce quelqu’un, qui connaît l’écriture atlante, est même peut-être un représentant de cette civilisation légendaire disparue depuis l’Antiquité... Vous vous rendez compte ? C’est fantastique, c’est inespéré, c’est...
-Pouvez-vous déchiffrer ceci ? demanda Opikono froidement, en désignant la liasse. C’est pour cela que nous sommes là.
-Il nous faudra certainement des années pour mettre à profit cette formidable découverte...
-Mais les services secrets n’ont pas le temps d’attendre ! répartit l’agent, buté.
-Je suis désolé, répondit Takana tout en arborant un large sourire de satisfaction, ressentant une intense bouffée d’excitation.
-Pas autant que moi, dit Opikono, visiblement agacé. En tout cas, silence total sur toute cette affaire, compris ? Et il appuya cet ordre par des gestes significatifs.
-Oui Colonel ! répondit Takana. C’était la première fois qu’il utilisait le grade de son vis-à-vis depuis le début de l’entretien.



Mais le secret n’en resta pas un très longtemps. D’abord à l’intérieur des services secrets, puis dans les hautes sphères du pouvoir (son altesse l’empereur elle-même en eut vent) ; les Japonais avaient poussé l’art de s’infiltrer dans des réseaux jusqu’à interpénétrer le leur propre... De confessions en bouches-à-oreille, d’entretiens à huis-clos en déclarations fracassantes, au bout d’un mois, la presse publiait une kyrielle de versions différentes de l’affaire, agrémentées d’affabulations et d’enjolivements, certains intéressants et la plupart totalement fantaisistes voire même risibles. Cette histoire, à la une de tous les médias, apporta bien sûr un regain d’intérêt envers cette vieille femme étrange, sortie de nulle part et communiquant avec une civilisation disparue depuis des milliers d’années. Des hordes de reporters faisaient nuit et jour le siège des bâtiments où on supposait qu’était gardée «Bouva» pour obtenir ne serait-ce qu’une bribe d’information, fût-elle vraie ou fausse, afin de garder ou de gagner le premier tirage ou de faire sauter l’audimat ; car l’affaire débordait du territoire étriqué des îles nippones, et le monde entier s’interrogeait, par l’intermédiaire des médias :
-Que mange-t-elle ?
-Est-il vrai qu’elle a la peau bleue ?
-Est-elle de notre planète ?
-Est-il vrai qu’elle a une trompe à la place du nez ?
-Combien a-t’elle de jambes ?
-Nous annonce-t-elle la fin du monde ?

Mais les services secrets avaient imposé un silence radio complet à ses agents, les menaçant de mesures disciplinaires draconiennes. Sur la dernière question citée, ces messieurs tentaient de trouver la réponse, ayant appelé à la rescousse tous les spécialistes mondiaux s’étant quelque peu frottés à ces énigmatiques idéogrammes, multipliant ainsi la vitesse de résolution du problème qu’ils posaient. Car il n’y eut pas d’autre séance de spiritisme et le temps lui-même devenait un ennemi ; depuis le spectacle «lumière sans son» auquel les trois agents avaient assisté, la vieille femme semblait décliner. Visiblement, celui-ci avait littéralement «pompé» une grande part de l’énergie qu’elle affichait depuis sa récupération sur l’île Bouvet. Ses forces déclinaient de manière constante, quoique très lente, si bien que, de l’état d’une personne de 20 ans, elle parut vieillir d’une soixantaine d’années (au moins !) en six mois ; au bout du cinquième, elle devait rester constamment alitée, n’ingérant de la nourriture que par intraveineuse, recrachant systématiquement tout ce que l’on mettait dans sa bouche. Au crépuscule de leur vie, on peut parfois entendre les gens parler une langue inconnue pour eux mais que l’on a parlée devant eux. Ainsi, au terme du sixième mois, l’infirmière qui veillait «Bouva» l’entendit dire très distinctement :
-RitornerÓ.

Puis elle rendit son dernier souffle et son cœur s’arrêta. Tout le monde s’interrogea sur la portée de cette ultime parole -qui signifie «je reviendrai» en italien, alors qu’on avait tenté, sans succès ni conviction vu son état empirant, de lui faire apprendre l’anglais alors qu’une première analyse de sa trace écrite était communiquée ; il s’agissait d’une œuvre à portée philosophique, qui apparut à tous d’une immense sagesse et d’une justesse saisissante. Malheureusement, l’œuvre était inachevée, car elle semblait interrompue au beau milieu du premier chapitre, quand l’introduction en annonçait une bonne trentaine. Cela laissa le monde des penseurs et celui des opprimés dans un profond désarroi : cependant ils espéraient beaucoup de la parole prophétique de «Bouva»...



Le lendemain de cette mort, on fit une étrange découverte à l’autre bout du monde.

Pedro surveillait les enfants qui plongeaient dans ce bras de l’Amazone pour repêcher son équipement, englouti à la suite du chavirement de sa pirogue. Il lui sembla entendre à quelques mètres des petits cris qui ne cadraient pas avec le décor de jungle qui l’entourait. Intrigué, il contourna l’amas de débris qui obligeait la rivière à charrier des objets hétéroclites et découvrit, posé à même le sable de la plage un bébé qui semblait né la veille, à peine protégé par un lambeau de couverture de couleur indéfinissable. Malgré la faim qui provoquait ses cris et son agitation, le bébé souriait, manifestement heureux d’avoir été trouvé. Soucieux de calmer le petit geignard, Pedro le prit dans ses bras ; écartant négligemment la couverture afin de déterminer son sexe, il ne put réprimer un mouvement de surprise : la main droite de la petite fille bronzée avait un sixième doigt et elle souriait.

 

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Publié le par Spooky
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Bernard Werber, depuis l'immense succès des "Fourmis" en 1991, s'est tracé une place toute particulière parmi les auteurs français. Se situant à la frontière de plusieurs genres, la science-fiction, les récits philosophiques et scientifiques, chacun de ses ouvrages est attendu par des centaines de milliers de lecteurs. Pour ma part je n'ai lu que deux ou trois de ses livres, dont deux de sa trilogie des Fourmis. L'occasion s'étant présentée de lire son dernier opus, je m'y suis (re)mis.

 

Le Rire du Cyclope s'ouvre sur le décès sur scène, ou presque, de l'humoriste Darius Wozniak. Celui-ci, personnalité préférée des Français, provoque une intense émotion dans la société hexagonale. La jeune journaliste scientifique Lucrèce Nemrod, dont l'histoire personnelle est liée au disparu, décide d'investiguer sur sa disparition, pensant qu'il s'agit d'un meurtre. Elle va renouer les liens avec Isidore Katzenberg, collègue à la retraite, et pénétrer les arcanes du milieu de l'humour... Ils découvriront ainsi qu'un étrange artefact, surnommé la BQT, semble faire l'objet de bien des convoitises... 

 

Le Rire du Cyclope est l'occasion pour Werber de remettre en scène deux de ses personnages fétiches, deux journalistes scientifiques déjà rencontrés sur Le Père de nos pères (1998) et L'Ultime secret (2001). Comme il l'explique en postface, c'est une blague racontée par un camarade lors d'une excursion en montagne, à l'âge de 17 ans, qui lui a permis de finir les Fourmis, et par-là même de comprendre la structure d'un récit. Il souhaitait rendre hommage, à sa façon, à l'humour, et cette enquête étrange lui a permis de le faire. Werber a bénéficié de nombreux soutiens : d'abord les tuyaux de ses amis humoristes, qui lui ont expliqué un peu la jungle de leur milieu, et ensuite de milliers d'internautes qui sont venus déposer des blagues sur son site internet. Lesquelles blagues servent d'entracte au récit, étant parsemées ça et là, entre les chapitres purement sur l'intrigue principale et ceux où l'histoire de l'humour nous est contée. On apprend ainsi -mais bien sûr ce n'est que de la fiction- qu'une organisation secrète s'est constituée depuis des siècles pour tenter d'élever l'humanité en produisant des blagues, et ce de façon industrielle, ou du moins... contrôlée. Laquelle organisation élève sa qualité humoristique par des combats de blagues, où celui qui rit le plus fort meurt. Un monde sans pitié donc, dans lequel les deux journalistes scientifiques, qui furent amants mais se cherchent toujours, tentent de voir plus clair.


 

Comme je l'ai indiqué le récit est émaillé d'anecdotes permettant de suivre l'évolution du rire depuis son apparition chez l'Homme, il y a 2 millions d'années ; c'est ainsi que commence la civilisation, et non lorsqu'on commença à enterrer les morts. L'humour est ainsi abordé sous son angle historique, mais aussi médical, et presque idéologique, puisque l'on apprend que des personnages tels que Staline et Hitler avaient banni le rire de leurs existences, sauf en de rares occasions de représentation. Des anecdotes intéressantes, à mettre en regard avec le récit, qui avance de façon assez logique, même si on se retrouve systématiquement ou presque dans l'esprit de Lucrèce.

 

Une autre mise en miroir est présente, puisque des personnages secondaires du roman s'appellent Loevenbruck et Chattam, deux noms qui ne sont pas inconnus du grand public puisqu'avec Werber ils tiennent le haut du pavé de la littérature du suspense et de la fantasy aujourd'hui. Quant à Stéphane Krausz, producteur du Cyclope, c'est un ami personnel de l'auteur qui est en train de produire et réaliser un documentaire sur lui. Clin d'oeil sympathique en passant. De là à imaginer que Darius Wozniak, alias le Cyclope (surnommé ainsi à cause d'un accident de jeunesse l'ayant privé d'un oeil), n'est qu'un alter ego de Werber, il y a un pas que je ne franchirai pas. D'autant plus qu'un parallèle bien plus évident se fait au cours du roman : Isidore va devenir romancier, dans un genre assez large, le suspense à science, qui est justement celui de Werber. Lequel parle un peu de ses oeuvres précédentes : Les Fourmis bien sûr, les deux récits où Isidore et Lucrèce étaient présents, mais aussi L'Arbre des possibles, le site internet (dont le nom est inspiré par une nouvelle écrite en 2002) où l'auteur invite les internautes à livrer leur vision de l'avenir.

 

Dans l'ensemble, la lecture de ce livre fut assez agréable, Werber a bien progressé en termes de qualité d'écriture depuis les Fourmis (désolé, je n'ai pas lu Les Thanatonautes* par exemple), et il livre une étude intéressante sur le rire sous ses aspects historiques avec quelques exemples (dont certains très connus comme la blague du frigo), et permet de retrouver deux personages qui d'après mes recherches et les questionnements auprès de fans de l'auteur, sont très appréciés. Nul besoin cependant d'avoir lu Le Père de nos pères ou L'Ultime secret pour bien saisir le propos, ce qui est une belle qualité. J'ai aussi appris un certain nombre de choses sur l'histoire du rire, sa mécanique, et ses personnages les plus illustres. 

 

Spooky.

 

* Pour les amateurs de ce roman, il est à noter qu'une adaptation en bande dessinée est en cours. Adapatée par Eric Corbeyran, elle va être mise en images par le talentueux Pierre Taranzano. Plus d'informations sur le blog de ce dernier.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

Il s’est passé une chose étrange avec Gros temps. Je voulais écrire un «petit truc» sur le mythe du loup-garou.
Je laissais mon imagination construire un scénario (un peu faible, à mon goût ) et l’écrivis en une nuit, comme c’est souvent le cas.
Pour les personnages de Pierre et Raquette, je m’étais directement inspiré de mes grands-parents, qui reposent en paix. Ceux-ci, après la lecture de la nouvelle finie, me demandèrent qui m’avait raconté cette histoire.

Ma nouvelle raconte l’attaque d’un poulailler par un loup-garou. Quelques années avant l’écriture, le poulailler de mon grand-père avait été totalement dévasté par des rats et les détails étaient les mêmes. Je me souviens toujours de cet incident...


C’était un jour de pluie, de grande pluie. On aurait dit que les écluses du ciel s’étaient ouvertes d’un seul coup pour livrer le passage aux eaux des fleuves aériens accumulées depuis des siècles. La Gironde ne semblait avoir pour relief qu’un mur infranchissable et sans fin. Du fait de la tempête, toutes les activités quotidiennes avaient été suspendues, paralysées dans le département et chacun était resté chez soi en ce mardi d’août. Les anges et les saints avaient soulagé leurs vessies pendant toute la journée et la Lune, pleine, s’étaient levée sans qu’on puisse la distinguer à travers la pénombre blafarde et sinistre engendrée par l’afflux des nuages gonflés. Les Girondins, alarmés par les roulements incessants du tonnerre, n’osaient allumer le moindre appareil électrique. André se préparait à piquer un sprint pour rentrer chez lui. Il se maudit à haute voix d’avoir installé son atelier à l’écart de sa demeure ; à l’époque ou cela s’était réalisé, il lui semblait que l’isolement serait bénéfique pour son inspiration créatrice (André était dessinateur de Bandes Dessinées ). Son amertume fut en partie effacée par la pensée d’un repas chaud qui l’attendait, préparé par Dominique, sa femme, il s’élança donc sur les vingt mètres qui le séparaient de son foyer douillet. A ce moment précis la pluie s’arrêta à l’improviste et André, levant la tête, put voir la lune sortir des nuages sombres, brillante comme un doublon d’or. Mais sa contemplation fut tout de suite interrompue par une étrange sensation chatouilleuse sur tout son corps. Lui qui possédait un épiderme plutôt glabre, sa peau était à présent cachée par une impressionnante toison de poils bruns et drus. Il aurait pu éclater de rire si de sa gorge n’était sorti un grondement étouffé. Son groin monstrueux frissonna et éternua bruyamment, puis l’homme perdit conscience. L a bête hurla à la face de la lune et huma l’air en roulant follement des yeux. Avec un rire hystérique, elle bondit au-dessus de la clôture et disparut dans la nuit et la pluie s’était remise à marteler le sol.

********************

Pierre fut brutalement tiré de sa somnolence par sa femme Raoulette. Il rêvait qu’il était revenu au bon temps, celui de la guerre, quand il s’occupait des avions alliés en Angleterre. Mais ce temps était révolu et à sa retraite il s’était mis à élever des poulets dans la banlieue de Bordeaux. Sa femme, à l’énergie débordante, le secouait comme un cocotier tout en lui criant dans les oreilles : Perrotte ! J’entends les poules crier ! Va voir ce qui se passe ! Sa femme ayant la fâcheuse habitude de donner des ordres et de déranger tout le monde n’importe quand, il lui lança un regard noir accompagné d’une malédiction silencieuse. Il se leva finalement et enfila son imperméable tout en prenant sa lampe-torche :



- C’est encore ce renard qui essaie d’entrer dans le poulailler afin de compléter son menu. Dès qu’il verra le faisceau de la lampe, il déguerpira, maugréa-t-il.

Il sortit en bougonnant sous la pluie, suivi du regard inquisiteur de Raoulette. Sa lampe-torche balayant l’obscurité torrentielle, Pierre progressait avec circonspection sur le sol boueux de sa cour ; il était guidé par les cris de terreur de sa volaille, parfois couverts par le tonnerre, semblables au son du choc entre deux boules de billard répercuté et amplifié dans une énorme caisse de résonance.
Les poulets cessèrent de crier brusquement. Proférant un juron relatif au renard, Pierre accéléra le pas. Il manqua rentrer tête baissée dans le grillage du poulailler.
Braquant sa torche vers l’intérieur, il contempla avec horreur le contenu : des plumes rousses, collées par du sang poisseux, semblaient dessiner une étrange fresque sur les murs de bois, le sol en terre battue et le toit en tôle.
Des lambeaux de chair enrobant des éclats d’os gisaient ça et là dégageant un effluve chaud et métallique. Détournant son visage afin de réprimer un haut-le-cœur, Pierre entendit un grondement à quelques pas de lui.
Ses chiennes étant bouclées dans un appentis, il braqua sa torche sur sa gauche afin de voir l’animal responsable du carnage, remarquant au passage un grand trou dans le grillage. Il réprima un cri.

********************

Tandis que le ciel avait lâché un craquement épouvantable, il avait aperçu furtivement une forme ramassée de la taille d’un homme - d’un grand homme - et un long museau brun sur lequel clapotait la pluie.
Le temps d’un battement de cils, l’apparition s’était évaporée. Enervé et fatigué, Pierre décida de jouer la carte de l’intimidation et cria :
-Qui que tu sois, homme ou animal, il vaut mieux pour toi que tu déguerpisses en quatrième vitesse si tu ne veux pas garnir mon tableau de chasse !

Seul le murmure de la pluie battante lui répondit. Au bout de plusieurs secondes qui coulaient comme des siècles partit de derrière lui un grognement étouffé allant crescendo ; en même temps, il entendit quelqu’un courir sur le sol mouillé dans sa direction.
Ne voyant rien d’autre que de l’eau en cataracte, Pierre ne put rien faire d’autre que lever ses bras en un geste dérisoire de défense et pousser un cri de détresse.
Au moment où le grondement allait l’engloutir, il lui sembla qu’une détonation claquait, mais le son lui parvint confusément ; dans la seconde qui suivit, le cri de la bête s’étrangla dans un «Outch ! » d’étonnement.
Pierre entendit une masse s’abattre lourdement avec un bruit mouillé. La partie de billard céleste devait être terminée car la pluie cessa presque instantanément de tomber.
Ouvrant les yeux, le retraité vit s’avancer vers lui une forme vermeille. Un autre battement de cils et il reconnut Raoulette étrangement fagotée dans son imperméable rouge.
Elle arborait son fusil de chasse, de la gueule duquel sortait une fumée serpentine.

-C’était un chien enragé ? demanda-t-elle en s’assurant que son mari n’était pas blessé.

-Je ne sais... commença Pierre en se retournant afin de voir le cadavre de la bête. Il eut un choc : un homme nu était couché dans la boue imprégné du sang dans lequel il baignait.
Raoulette s’approcha pour essayer de l’identifier ; ne le reconnaissant pas, elle fut interloquée par le sourire qui ornait son visage, comme s’il avait été libéré d’un grand poids.

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
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Alléché par les dithyrambes lues à droite et à gauche (et encore récemment chez l'ami GiZeus), il fallait que je voie ce film. Adapté du comic éponyme de l'écossais Mark Millar (qui a bossé sur Spider-Man, Superman, The Authority, Ultimate X-Men, Wolverine... pour ne citer que ses titres les plus connus) et John Romita Jr (lui aussi une légende vivante des comics de super-héros), ce film est arrivé précédé d'une réputation flatteuse sur les écrans au début de cette année.

Il nous raconte l'histoire de Dave Lizewski, un adolescent ordinaire, qui porte des lunettes, se masturbe en pensant à sa prof d'anglais et lit des comics. Et puis un jour, en discutant avec ses copains, il se pose cette question cruciale : pourquoi, dans la VRAIE vie, personne n'avait essayé d'être un super-héros ? De porter une combinaison en lycra, de botter le cul aux malfrats... Alors Dave essaye. Avec son costume vert, il ressemble à une grenouille, il se met à parcourir la ville, et se fait rosser rudement dès sa première sortie. Au point de se retrouver à l'hôpital avec des séquelles importantes (certaines terminaisons nerveuses qui ne fonctionnent plus, ce qui rend son rapport à la douleur plus fort). Kick-Ass (c'est le surnom qu'il s'est donné) décide de repartir, encore plus fort, de s'entraîner régulièrement. Sa seconde sortie est plus convaincante, et vu qu'il a été filmé par des témoins, il devient rapidement une star du web, son site internet commence à faire du buzz, etc. Malheureusement il a mis le pied dans un engrenage fatal, en provoquant l'ire de Frankie d'Amico, un parrain millionnaire.

Au cours de ses aventures, Kick-Ass va faire la connaissance de Hit Girl et Big Daddy, un père et sa fille avides de vengeance envers d'Amico, et qui disposent de moyens physiques et techniques autrement plus convaincants que ceux de ce pauvre Dave.

 

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Le film est vraiment réussi, grâce à des scènes d'action bien découpées, et même une ou deux scènes d'anthologie ; la bande-son est sympathique, à la fois actuelle et dynamique. Les effets spéciaux, surtout mécaniques, sont assez discrets pour ne pas perturber le suivi du film. J'avais un peu peur qu'on se retrouve avec des ralentis à outrance, des scènes "too much" à la Matrix (si ça se justifie dans les films des frères Wachowski, ce n'était pas le cas ici). Et puis surtout, dès la première scène, le spectateur est accroché.

 

Rayon casting, le rôle principal est tenu par Aaron Johnson, un adolescent encore inconnu, mais j'espère qu'il va faire une belle carrière. A ses côtés, peu d'acteurs connus, mis à part Nicolas Cage dans le rôle de Big Daddy. J'avoue que ces derniers temps je trouvais qu'il s'était perdu dans des franchises sans grand intérêt ou des performances de seconde zone, alors qu'il promettait beaucoup au début de sa carrière. A tel point que je n'avais pas envie de voir sa trombine sur un écran. Et puis là, finalement, il joue de façon très sobre, et comme il passe la moitié de ses scènes derrière un masque, ça passe mieux. Une mention toute particulière pour le personnage de Hit Girl, tenu par la jeune Chloe Moretz, celui d'une adolescente rompue à toutes formes de combat. C'est une performance démentielle, et sans elle de nombreuses scènes n'atteindraient pas le niveau qu'elles ont. Je ne sais pas si Hit Girl réapparaîtra sur nos écrans (dans la suite ou dans un spin-off), mais elle vole carrément la vedette à Aaron Johnson. Le réalisateur Matthew Vaughn, qui s'était déjà fait remarquer avec Layer Cake en 2005, va faire parler de lui. Un Kick-Ass 2 est d'ailleurs déjà en pré-production sous sa direction, ainsi qu'un X-Men: first class...

 

Ce n'est pas un fait exprès, mais j'ai vu Kick-Ass peu après Mystery Men et après avoir lu Over-Bleed, deux oeuvres aux sujets proches, ceux d'anti-héros qui se transforment pour devenir des "super". Après la vague des Batman, Superman, X-Men, la tendance semble être à plus de sincérité, de modestie dans les histoires de super-héros. Et, malgré toute l'affection que je porte aux premiers cités, ça fait du bien. Et puis, en creux, le film recèle une réflexion intéressante sur la condition de héros, sur la psychologie adolescente, sur les responsabilités...

Kick-Ass est un excellent long-métrage, l'un des meilleurs de l'année, et il mérite vraiment son succès.

 

Spooky.

 

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Publié le par Spooky
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A Champion City, La Pelle, Furieux et le Fakir bleu sont des super-héros qui vivent au jour lendemain. Ils souffrent de la concurrence de Capitaine Formidable, plus efficace, et surtout bardé de sponsors. Mais ils sont surtout pathétiques. Furieux n'arrive qu'à se prendre des baffes avec sa pseudo-rage, la Pelle n'atteint que ses coéquipiers avec sa pelle, et le fakir bleu, en plus de ne rien porter de bleu, ne fait pas peur à grand monde avec ses lancers de fourchettes... Capitaine Formidable s'ennuie, et fait en sorte de faire remettre en liberté Casanova Frankenstein, son pire ennemi. Mais celui-ci réussit à maîtriser le justicier sponsorisé, et nos super-zéros vont tenter de le sauver, et par là même de sauver la ville, que le super vilain menace.

 

Difficile de classifier ce film dans un niveau de qualité distinct ; d'un côté, avec ses quelques acteurs bankables (Ben Stiller, Geoffrey Rush, Claire Forlani), on sent la série B bien délirante, avec des effets spéciaux relativement discrets mais efficaces, une parodie des films de super-héros comme il en fleurit depuis le début des années 2000 (par contre Mystery Men a en fait devancé cette mode puisqu'il est sorti en 1999) ; de l'autre on sent bien le nanar intergalactique avec ses répliques inoubliables ("let the fork be with us", "what the fork?", rappelons que fork=fourchette), ses personnages outrageusement ridicules (mention spéciale à William H. Macy, qui parvient à garder un sérieux olympien alors qu'il se balade en tenue d'égoûtier). A noter que le film est adapté d'un comics homonyme de Bob Burden (dont personnellement je n'ai jamais entendu parler).

 

Les acteurs semblent un peu livrés à eux-mêmes dans cette pochade, seul Ben Stiller me semble éviter la roue libre tant le personnage correspond à ce qu'on attend de lui. Je suis donc partagé pour vous dire ce que j'ai pensé de ce film ; autant la parodie est complètement assumée, autant l'ensemble me semble tout de même manquer de finesse (oui bon en même temps c'est une parodie...) et d'inventivité. La série des Scary Movie m'a nettement plus convaincu.

 

Spooky.

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Fictions

Le néant. Voilà où je me trouve à présent.

Je n’ai pas de meilleur nom pour désigner cet endroit. Comment appelleriez-vous ça ? Où que mon regard se porte, je ne vois rien. Attention, il ne fait pas tout noir, non, absolument pas. On dirait que je me trouve au cœur d’une sorte de brume immatérielle, percée d’une lumière diffuse. Mais cette lumière diffuse n’est pas celle du soleil. Ni celle de la Lune. Encore moins une sorte de lumière artificielle. Ne me demandez pas comment je le sais, je le sais, un point c’est tout.

Deuxième certitude, je ne sens aucun contact. Absolument aucun. Pas un souffle. Même pas sous mes pieds. Rien sur ma peau. Rien de rien. Comme si j’étais tout nu, flottant au milieu de nulle part. et je ne peux pas le vérifier, puisque lorsque j’essaie de baisser les yeux sur mon corps, je ne vois rien. Suis-je devenu aveugle, ou pire, tombé dans le coma ? Aucun moyen de le vérifier. Tous mes sens semblent annihilés, désintégrés. Pas d’odeur. La brume n’a pas de goût non plus. Mais dispose-je des organes et muscles permettant de le savoir ? Je n’en sais rien.
Pourtant je ne suis pas (ou je ne fus pas) un simple esprit vagabondant dans les limbes depuis la nuit des temps. Je me souviens de mon identité, de ma vie. Christian Robin. 34 ans, divorcé sans enfants. Comptable dans une société d’assurance. J’ai une Ford Escort qui tombe en ruine et une tante atteinte de la maladie d’Alzheimer. Voilà quelques éléments qui parsèment mon existence. Je me souviens de mes trois derniers repas, et de la taille de la jupe de ma chef. Il n’y a pas plus cartésien qu’un comptable, merde !
Mais là, je suis complètement largué. Comment suis-je arrivé là ? Si toutefois il y a un là. Essayons de nous souvenir. En sortant du boulot, je suis allé jouer au squash avec des copains. J’ai même pris un coup de raquette de ce con d’Alex. Dans les dents. Je suis resté sonné dix bonnes minutes. Après la douche, j’ai pris ma voiture pour rentrer chez moi et… je me suis retrouvé là. J’étais au volant, regardant les passants qui traversaient devant moi au feu rouge, et pfuiiiittt ! Dans les limbes le Cricri. A la Star Trek.
Bon, puisqu’on est là, essayons de visiter. Mais par quel côté ? Suis-je seulement capable de me déplacer ? On verra bien. Bon okay, on ne verra rien, puisqu’il n’y a aucun point de repère dans le Grand Rien. Essayons de nous concentrer… la lumière semble varier d’intensité, c’est bien un signe qu’on bouge, non ? Continuons. Je n’ai toujours aucun contact, pas d’odeur, je ne vois même pas d’ombre. Ca va durer longtemps ? Depuis combien de temps dure cette histoire ? Une minute, trois heures, cinquante ans ? Le temps ne semble pas avoir de prise ici, ni sur moi…

***



Eh, une minute. Il y a au moins un sens qui fonctionne, là. J’entends quelque chose. On dirait un murmure. Non, concentre-toi, Christian. Un cri ? C’est quelqu’un qui crie ! Mais le cri semble écrasé, distordu par la distance… Je ne suis pas seul dans ce merdier ! J’essaie de crier à mon tour, mais mes oreilles refusent de me confirmer ce que je hurle dans ma tête. Hé ho ! Vous m’entendez ? Do you speak english ? Si parla l’italiano ? Je suis là ! Ohé !

Arrête Christian, tu es ridicule. Tu ne sais pas où tu es, tu ne sais même pas quand tu es. Et puis du coup, la voix s’est tue. Si c’était une voix. Tu es bon pour essayer d’en trouver l’origine. Et d’ailleurs, ça venait de quelle direction ? De là, de là, ou là ? Pas facile, hein, quand on ne sait même pas si on a la tête à l’endroit. Bon, continuons le chemin, on finira bien par buter sur un arbre, une route, un éléphant. Cartésien, hein ?

***



Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, mais quand on arrive à répéter 20 fois ses tables de multiplication, à se chanter le répertoire de pascal Obispo (faut pas demander à un comptable d’avoir bon goût non plus, hein), et à anticiper sur le rapport financier, on doit avoir passé un certain temps à se tourner les pouces… Ah tiens, je sens un truc. Ca vient de ma bouche. Ca tire… Mais, qu’est-ce que ? Mes dents me font un mal de chien ! Ca c’est les suites du coup d’Alex. Sûr qu’il l’a fait exprès pour me faire chier. Il ne m’a pas raté… Mais, il y a quelqu’un, là, en face de moi ! On dirait… Non, ce n’est pas possible, on dirait que c’est moi ! Et j’ai l’air terrifié… Mon double met ses mains à sa bouche, qui a l’air de se déformer. Eh ! Y’a des trucs qui bougent sous les joues ! Enlève tes mains ! Ah merde, on dirait qu’il retire une dent et… Mais ça me tire ! C’est quoi cette dent ? Elle est toute rouge… C’est du sang ? Et elle fait au moins vingt centimètres de long ! Lâche ça ! Merde, y’en a d’autres qui tombent ! Jaunâtres, rouges et même noires… Bon dieu, qu’est-ce que je déguste… Je ne vais pas tarder à tourner de l’œil ! C’est n’importe quoi ces dents… On dirait des serpents maintenant. Elles se tordent dans tous les sens en tombant… Ah, la douleur a disparu ! Et mon double aussi, tiens. Vraiment bizarre, cette expérience. Je ne peux pas voir mon corps, mais c’est comme si j’avais pu voir mon reflet. J’ai déjà entendu des histoires de corps astral sortant pendant qu’on dort, et dans cette situation, on se voit soi-même, dormant dans le lit… Comment savoir ? Bon, j’ai plus de ratiches, mais je me sens tout nauséeux.

***



Le cri bizarre est revenu. Un peu plus fort cette fois-ci. Mais c’est quoi ce cri ? Un rire, une expression de souffrance ? Est-ce que c’est humain, au moins ? Difficile à dire. C’est un son modulé, un peu comme quand on passe à vélo sur des pavés disjoints, et qu’on essaie d’articuler. A-a-a-a-a-a-a-a… Une chose est sûre, la voix est grave. Ce n’est pas une fillette ni un petit oiseau. On progresse à pas de géant, dis-moi. La voix se rapproche est-ce moi qui bouge, ou elle :lui ? Ah merde, je n’entends plus rien. J’essaie d’appeler à mon tour, essayant tous les mots que je connaisse en plusieurs langues. Aucun son ne parvient à mes oreilles. Je commence à en avoir marre. Dire que j’avais l’intention de me faire un plateau-repas devant un bon DVD… c’est trop injuste Qu’est-ce que vous voulez de moi ? Prenez toute ma collection de BD, ça a fait fuir ma femme, ça doit valoir quelque chose, non ? J’ai pas envie de passer l’éternité à errer dans de la vapeur d’eau, avec autant de conscience qu’une pince à linge ! Et c’est quoi cette voix bizarre ? Un jeu de cache-cache ? J’ai jamais aimé ce genre de jeu, je perdais systématiquement… Bon, moi, je m’assois là et je ne bouge plus. Ah merde, c’est vrai, je ne peux pas m’asseoir.

Le cri revient. Il se déplace. Ca s’entend dans les inflexions de la voix. Ca monte, ça descend… Je commence à avoir sérieusement les chocottes. Qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est humain, pas humain… ? Je suis à présent persuadé que l’être –quel qu’il soit- qui émet ces cris étranges me veut du mal. Mais pourquoi ? Je n’ai rien fait de mal. Je suis arrivé là par hasard, moi. Et si je repars aussi sec que je suis arrivé, je serai le plus heureux du monde…

La voix est derrière moi à présent. Tout près. Je me retourne, mais bien sûr, je ne vois rien ou presque. La voix ne s’éteint pas, et semble tourner autour de moi. A peu de distance, mais impossible de déterminer où. Quand cette créature va-t-elle se décider à se montrer ? Je lui fais peur ? Il n’y a aucune raison pour cela. En plus, je suis totalement immatériel, je suis juste… un esprit. Elle ne me fait pas peur, oh ça non. Elle s’est tue, c’est le bouquet !

***



Je recommence à errer sans but ni fin dans cet entremonde. Au moins, quand il y avait la voix, ça me faisait de la distraction. Elle est même revenue à plusieurs reprises, semblant s’approcher de moi à me frôler, puis s’éloignant brusquement, se coupant sans prévenir, au milieu d’une inflexion, puis reprenant à distance, ou tout près, m’emplissant les oreilles de cette plainte lugubre que je n’oublierai pas. Là je n’ai rien d’autre à faire que réfléchir…Ah, j’entends un murmure lointain… Ca se rapproche… A toute vitesse, le son commence à devenir assez fort. Cette… chose doit avoir un drôle de larynx pour produire un son pareil. Ca devient assourdissant, comme si j’étais dans les boyaux d’un monstre préhistorique, antédiluvien. Et ça se rapproche encore, c’est tout près… mais, qu’est-ce que… Oh non !

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres
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1942. Pologne. Camp de Stutthof. Le chef suprême de la SS rencontre secrètement le scientifique en charge du plus important projet du 3ème Reich. De nos jours. États-Unis. Jay Novacek, jeune trader new-yorkais, dépressif et alcoolique, reçoit la visite de deux émissaires de l’armée. Son père, haut gradé de l’US Air Force, vient de mourir dans d’étranges circonstances. Aussitôt, la C.I.A. dépêche une pétillante recrue pour protéger le fils du défunt. 
 
Au même moment, près de la base de Langley en Virginie, un agent du Mossad abat un espion à l’issue d’un interrogatoire musclé. Muni de nouvelles informations, il se rend vers son prochain objectif : un certain Jay Novacek. Venue des heures les plus sombres de l’Histoire, une terrible machination se met en branle, menaçant l’humanité tout entière. N’est-il pas déjà trop tard pour l’arrêter ?
 
Après le très prometteur Vestiges de l’Aube, voici donc le second roman de David S. Khara, qui délaisse les terres du fantastique pour s’essayer au polar. Les Vestiges de l’Aube avaient été une bonne surprise à mes yeux. Sans pour autant être parfait, le roman tirait son épingle du jeu parmi la production de romans vampiriques, et mêlait déjà polar et fantastique d’assez belle manière. Bleiberg fait cependant monter le niveau de l’auteur d’un cran. Car les quelques faiblesses narratives (notamment les quelques chapitres nécessaires à la mise en place des personnages et de l’intrigue) ressenties dans Les Vestiges de l’Aube se sont évanouies, propulsant d’emblée le lecteur dans une intrigue qu’on perçoit de plus en plus tentaculaire à mesure que progresse le récit.
 
Tout comme son précédent roman, David S. Khara joue à nouveau avec les flashbacks, qui nous conduisent cette fois-ci à différents moments de la seconde guerre mondiale. Le récit ne souffre pas de temps mort, les deux temporalité décrites étant toutes les deux travaillées avec soin. Un travail qui semble avoir également porté sur la psychologie des personnages, aussi riche et variée que travaillée. Tout ne nous est pas livré de but en blanc, ce qui permet d’apprécier au fur et à mesure les décisions des différents protagonistes, quel que soit leur camp. Les recherches historiques et techniques effectuées par l'auteur, qui apporte une crédibilité certaine au récit, s'allient ici avec une plume vivante, tour à tour mâtinée de roman noir, de récit de guerre ou d'action endiablée.
 
Polar protéiforme, à la fois financier, médical et espionnage, ce premier tome du Projet Bleiberg se dévore d’une traite, et augure du meilleur pour les prochains romans de David S. Khara, qui après les très bons retours sur les Vestiges de l’Aube confirme son statut d’auteur français de genre avec qui il faut maintenant compter.

La presentation de l'editeur (et des liens vers la bande-annonce) : http://librairie.critic.over-blog.fr/article-le-projet-bleiberg-de-david-s-khara-57819148.html

Vladkergan

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