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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Personne ne sait exactement quand et où tout a commencé. Sur le corps des individus contaminés apparaissent des tatouages mordorés qui s’embrasent, causant la mort par combustion. Boston, Detroit, Seattle ont déjà basculé dans le chaos. Il n’existe aucun antidote. Lorsque Harper, infirmière dévouée et bienveillante, découvre les premières marques sombres sur sa peau, elle vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Paniqué, son mari fuit.
Dans un monde en ruine, où de petites communautés se forment et des milices traquent les malades pour les exterminer, Harper est secourue par un homme capable de contrôler ce feu intérieur. Mais l’infirmière ne dispose que de peu de temps pour percer le secret de l’homme-feu, avant qu’elle et son enfant ne soient réduits en cendres...

 

Je suis un grand fan de Stephen King, et je suis également la carrière de son fils aîné, lui aussi auteur de romans fantastiques. Après Le Costume du Mort et Cornes, l'Homme-feu est son troisième roman en solo, un roman déjà remarquable par sa pagination : près de 1 000 pages en édition de poche...

 

Si l'on regarde le roman dans son ensemble, l'argument fantastique est assez ténu : dans un monde en pleine déliquescence, pour ne pas dire apocalypse, Harper croit trouver un refuge au sein d'une micro-société aux règles bienveillantes. Mais de la bienveillance à la dictature, la distance est courte, et elle sera vite franchie lorsque le patriarche de la communauté se retrouve dans l'impossibilité d'assumer ses prérogatives. Et l'infirmière va se retrouver au coeur des dissensions au sein du camp Wyndham. Seul John, un pompier un peu bravache, peut peut-être la sortir de là, lui qui semble être le seul -ou l'un des rares- à pouvoir maîtriser l'Ecaille, cette étrange maladie qui ronge puis consume -littéralement- celles et ceux qui en sont atteint(e)s...

 

Comme je l'ai déjà constaté dans ses romans précédents, Hill a un style d'écriture beaucoup plus conventionnel que son père, moins aguicheur. Mais il sait cependant faire preuve de pas mal d'imagination, lui permettant de mener à bien des pitchs intrigants. Par contre il semble avoir hérité de la fibre paternelle en ce qui concerne les longueurs, des longueurs qui au final me semblent ici justifiées. Il n'y a au final pas trop de scories, de bla-bla ou de passages inutiles. Le récit s'étire sur 9 à 10 mois, et il se passe beaucoup de choses. Hill m'a surpris : certains passages sont très bien écrits, plutôt émouvants. Ce fut une oeuvre de longue haleine ; 4 années pour réaliser ces 1000 pages. Il y fait preuve également d'une belle érudition : j'ai relevé, parmi beaucoup de références, Sur la route, de Cormac Mc Carthy, Le Seigneur des Anneaux, Harper Lee, Les Garennes de Watership Down ou encore La Servante écarlate.

 

Avec l'Homme-Feu, Joe Hill est devenu un grand écrivain.

 

Spooky

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Publié le par Spooky

 

Mélanie Fazi est, à un peu plus de 40 ans, une figure de la littérature de l'imaginaire française. Traductrice, essayiste et à ses moments perdus photographe, elle a aussi une belle carrière d'autrice (auteure ?) émargeant dans le domaine du fantastique, avec trois romans et deux recueils de nouvelles. Je n'ai pas tout lu, mais je dois dire que j'apprécie sa prose. Elle fait même partie du club très fermé des créateurs m'ayant fait rater ma station de métro.

 

Au-delà des ses qualités d'écriture, Mélanie est une personne réelle, que j'ai eu le plaisir de croiser à plusieurs reprises, et d'apprécier. J'ai fini par suivre son activité sur les réseaux sociaux, et par voir évoluer sa personne et suivre son actualité littéraire. Et en juin 2017, sans prévenir ou presque, Mélanie poste sur son blog, relayé sur son compte facebook, un billet introspectif où elle se livre comme jamais sur son intimité : elle n'a pas contrairement à l'immense majorité de ses semblables, eu envie de vivre en couple, n'a jamais ressenti ce besoin d'être avec quelqu'un. Un coming-out un peu particulier, qui lui coûta beaucoup à l'époque, mais qui est le fruit d'un long cheminement personnel émaillé par des séances de psychanalyse qui ont duré des années.

 

Et comme souvent dans le cas d'un coming-out, celui-ci a été le début d"'une nouvelle phase de sa vie, caractérisée par une libération mentale et langagière ; ce qui était souvent tu, ou bien avoué à demi-mots accompagnés d'excuses bredouillées, est à présent affirmé sans honte, assumé sans être claironné. Mélanie est à présent mieux dans ses baskets, et la période qu'elle avait qualifiée pudiquement -et surtout pour éviter d'aborder franchement le sujet- de burn-out, mais qui était une sorte de dépression semble bel et bien derrière elle. La jeune femme retrace dans ce petit ouvrage l'historique de ce cheminement, l'analyse très lucide qu'elle est en mesure d'en faire à présent. Il contient ce billet dont je parlais, qui marque un point de passage essentiel dans son parcours personnel.

 

Grâce à son écriture fluide, sensible, Mélanie Fazi nous fait entrer dans son intimité, sans fard, à l'image, en quelque sorte, de ses récits de fiction, où se trouve d'ailleurs en filigrane son rapport tout particulier au romantisme. Encore une fois je me suis laissé emporter par sa plume, non sans être touché par le sujet. Quel calvaire a-t-elle pu vivre pendant ces décennies, où elle essayait de combattre ce sentiment tout particulier, où elle n'arrivait pas à mettre des mots sur celui-ci. Elle n'a d'ailleurs pas, à l'heure où elle a écrit son livre, trouvé de nom pour résumer, qualifier ou décrire cette situation. Qui n'est d'ailleurs pas si rare, Mélanie ayant reçu, suite à son blog, de nombreux témoignages d'affection, d'amitié, d'admiration, mais aussi de reconnaissance, pour avoir osé sortir de son silence et parler d'un sujet tabou. Elle n'est pas seule dans son cas. Et sa parole va peut-être permettre à d'autres de sortir de leur silence, de leur malaise et affirmer haut et fort leur condition. En leur nom, merci, Mélanie.

 

Spooky

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Publié le par Spooky

 

Stephen King est un grand auteur d'aujourd'hui, ne serait-ce que par le nombre de livres qu'il vend. Mais après plus de 40 ans de carrière, et au fil des discussions que votre serviteur a pu avoir avec des amis à son sujet, il en ressort que l'Horrorus Rex (il semblerait que j'aie inventé l'expression, mais je n'en revendique pas la paternité) a toujours une "sale" réputation : ses bouquins raconteraient des horreurs, parlent de sexe sans vergogne et inspireraient même des tueurs en série... Pourtant, et je ne prétends pas être le spécialiste ultime de King, je peux vous assurer qu'il est beaucoup plus que cela. Je vais donc tâcher de mettre à mal ces préjugés. Mais attention, à l'instar de la plupart des écrits du King, ça risque de durer. Vous êtes prêt(e)s ? On y va.

 

Ok, King écrit souvent dans le registre du fantastique

Depuis la parution de Carrie en 1974, Stephen King a publié près de 60 romans. Je vous laisse faire le calcul... Oui, cela fait un roman tous les 9 mois. Et pas un machin de 150 pages, hein. Certains de ses opus, comme le Fléau, obligent les éditeurs à le couper en deux ou trois volumes. Trois GROS volumes (en édition poche). Laissons de côté les nouvelles, vous seriez encore plus frappé(e)s de vertige. L'immense majorité de ces romans nous propose des personnages effrayants : des poltergeists, des fantômes, des vampires, des croque-mitaines, des zombies, des chiens enragés... Et parfois, King est VRAIMENT flippant. Je mets au défi quiconque de lire Simetierre et de ne pas en ressortir avec une trouille bleue. Ça, au-delà de son gigantisme et de son intrigue qui se déroule sur deux époques séparées de 26 ans, est aussi un sacré morceau, avec des passages flippants. Et a fortement contribué à renforcer la peur des clowns dans l'imaginaire collectif. Le cycle de La Tour sombre, segment nodal de son univers, a aussi ses fans inconditionnels, dont je ne suis pas. Mais malgré ces personnages terrifiants, on ne peut pas s'empêcher de tourner les pages, de continuer à lire, quitte parfois à totalement oblitérer une nuit qui serait beaucoup plus réparatrice si elle était remplie de sommeil. Mais si on s'endort au milieu d'un bouquin de King, on fait des cauchemars. Parce que ce mec écrit super bien. Que ses personnages sont -souvent- bien décrits, terriblement crédibles. Si en plus c'est un adolescent ou un écrivain, c'est criant de vérité. y'a pas à dire, il s'y connaît en psychologie.



Et puis parfois, sans prévenir, l'auteur sort de sa zone de confort et nous propose quelque chose d'autre. Il écrit un roman avec un dragon pour sa fille Naomi (Les Yeux du dragon). Il nous met dans la peau d'un flic en bout de course (la trilogie Bill Hodges, avec un chouïa de fantastique). Il nous fait voyager dans le temps pour assister à un évènement majeur de l'histoire des Etats-Unis (22/11/63). Il nous raconte l'histoire d'un gardien de prison, en contact avec des condamnés à mort (La Ligne verte). Nous met à la place d'un écrivain qui à la suite d'un accident de voiture, se retrouve à la merci de sa plus grande fan (Misery). Je pourrais en citer d'autres, mais ces titres sont d'authentiques tueries, sans mauvais jeux de mots. Quoique. Ils nous décrivent, pour certains, avec une acuité diabolique, la société américaine des années 1960 à 2010. Dans toutes ses strates, ou presque. On se marre, aussi, parce que le gars sait glisser des petites piques et dédramatiser certaines situations. Il sait aussi vous faire chialer lorsqu'un enfant meurt. Parce que ça peut arriver dans la vraie vie. Faites gaffe si vous lisez du King dans les transports en commun. A cause de lui, j'ai raté plusieurs fois ma station de métro. Récemment cela m'est arrivé DEUX FOIS dans le même trajet.

Alors bien sûr, les sujets de ces romans "non-horrifiques" sont difficiles. Si vous avez une âme sensible, il vaut mieux les éviter. Mais si vous n'avez ne serait-ce qu'une once de curiosité, jetez un coup d'oeil à 22/11/63.

 

Si vous avez besoin d'un autre argument pour vous convaincre, sachez que ses romans et nouvelles ont reçu de nombreuses récompenses littéraires : le British fantasy award pour Cujo, Ça, Sac d'Os ; le prix Bram Stoker pour Misery, Minuit 2 et Minuit 4, la Ligne verte, Ecriture, Nuit noire, étoiles mortes, le prix Edgar Allan Poe pour Mr Mercedes... Et j'en passe des dizaines.

 

King devant et derrière la caméra

King est l'un des auteurs les plus adaptés sur petit et grand écran. Un simple coup d'oeil sur la page dédiée du Club Stephen King vous en donne une idée. Mais le bonhomme ne se contente pas de vendre ses droits (via son agent ou ses éditeurs), il est devenu lui-même acteur, au sens cinématographique du terme : il fait des caméos dans ses adaptations (qu'il a parfois lui-même scénarisées), apparaît dans des films, des séries (Sons of Anarchy, Frasier...) ou des publicités qui n'ont rien à voir avec son oeuvre. On passera rapidement sur sa seule incursion dans la réalisation, Maximum overdrive, qui s'avéra catastrophique. Parmi les adaptations les plus réussies du King, on notera Misery, Carrie (la version de 1976, par Brian de Palma), Les Evadés, Stand by me...

 

C'est aussi un fin observateur de son genre de prédilection, mais aussi de sa condition d'écrivain

Beaucoup des romans et recueils de nouvelles de King sont introduits par une préface de son cru, de longueurs variables. C'est souvent l'occasion pour lui de livrer des anecdotes sur sa méthode de travail, ses collaborations, sa vie quotidienne parfois. Il ne rechigne pas à écrire des avis ou autres avant-propos fort éclairés, comme pour une nouvelle édition de Sa Majesté des Mouches, le magnifique roman de William Golding. Ou d'en faire le sujet entier d'un ouvrage de non-fiction. J'en citerai ici trois :

- Anatomie de l'Horreur, qui constitue un panorama dantesque de la littérature et du cinéma d'horreur des années 1950-1980 (je vous renvoie ci-dessus vers ma chronique de la réédition française de 2018 sur vampirisme.com), une véritable bible pour qui veut étoffer sa culture du genre malgré un aspect un peu touffu.
- Ecriture, où King se livre de façon passionnante sur son métier, mais aussi les addictions qui ont émaillé sa carrière et sa vie.

- Guns, un court essai -une fois n'est pas coutume- en faveur d'un contrôle raisonné de la vente et de la circulation des armes aux Etats-Unis, un véritable fléau qui fait régulièrement -trop, bien sûr- les titres des faits divers. Ce qui m'amène à notre avant-dernière partie.

 

Il a aussi des idées politiques, et il le fait savoir.

Car oui, King n'est pas seulement un écrivain, c'est aussi un citoyen actif, activiste. Au-delà de ses tweets fustigeant -pour rester poli- la politique et l'attitude de Donald Trump, il milite depuis les années 1968-70 pour la paix après avoir été déçu par l'attitude de Nixon sur la guerre du Vietnam. L'auteur se bat depuis le milieu des années 1980 contre la censure, et pas seulement à l'encontre de son oeuvre, notamment dans l'Etat où il vit, le Maine. Il a affirmé publiquement être heureux de payer -beaucoup- d'impôts, et appelle à ce que la tranche de revenus à laquelle il appartient, la plus haute, soit taxée à hauteur de 50%, au lieu des 28 en vigueur.

King et son épouse Tabitha -également écrivain- reversent une partie non négligeable de leurs revenus, via une fondation, aux personnes déshéritées et malades du Maine.

 

Cette réussite cela ne serait pas possible sans le talent des traducteurs de King en français (j'avoue, j'ai lu 95% de ses bouquins en traduction), qui ont réussi à retranscrire tout son talent de conteur. Qu'il soit donc ici rendu hommage à elles toutes et eux tous, même si certain(e)s sont plus méritant(e)s que d'autres. Je ne les listerai pas, ils sont trop nombreux, près d'une quarantaine au total, pour les oeuvres en français...

 

Et en plus, il est drôle

Non content de brocarder régulièrement Trump pour l'ensemble de son oeuvre, King se moque régulièrement des Républicains, et des églises diverses et variées dans ses bouquins. Il est même capable de réaliser une série de tweets hilarants au sujet de Molly, sa petite Corgi (ok, les Corgis sont rigolos d'origine, mais quand même). Je ne saurais vous dire s'il sent bon, même si je l'ai rencontré.

 

Alors ?

Stephen King est-il toujours, pour vous, ce mec de deux mètres aux dents proéminentes, au regard d'acier, qui prend un malin plaisir à vous foutre les chocottes ? Oui, c'est lui. Mais il est tellement plus que tout, ça, j'espère vous en avoir convaincus...

 

Rayon auto-promo : si vous voulez en savoir plus, je vous renvoie vers ma page récapitulant toutes mes notes de blog au sujet de Tonton Steve. Et vous trouverez ici un récap de son oeuvre. Le Club Stephen King propose également de nombreuses ressources sur l'auteur.

 

Spooky

 

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